28 juin 2007
Victime d'un accident sur une piste de Bogota à l'entraînement qui l'a laissé paraplégique, Patrice Sulpice évoque son combat.
Le 22 septembre 2005, la vie de Patrice Sulpice a basculé. À 21 ans, le grand espoir du sprint français aux côtés de Florian Rousseau percute un coéquipier, chute et reste paralysé. Il a alors engagé une procédure pour obtenir réparation de son préjudice. Condamnée pour défaut d'information lié à la garantie complémentaire d'assurance, la FFC doit verser au coureur 1,35 M€ et 0,6 M€ à la CPAM. Si la FFC a fait appel, le tribunal de Chambéry a demandé le versement provisoire de la moitié de la somme. Mercredi, la justice a refusé le report réclamé par la FFC qui craint la faillite.
- Patrice Sulpice, comment réagissez-vous au cri d'alarme de son président sur le risque de faillite de la FFC ?
- Je ne cherche pas à couler la fédération. Je ne veux pas mettre la pagaille mais avoir réparation de mon préjudice. Aujourd'hui, la fédération s'étonne mais, pendant très longtemps, personne ne s'est posé la question. Ils ont laissé la chose s'étouffer, en espérant qu'elle s'arrête d'elle-même. Depuis douze ans, il y a des procès et ils savaient qu'une procédure allait arriver à son terme. Ce n'est pas aujourd'hui qu'ils doivent savoir comment ils vont payer. Un arrêt de justice me donne raison et une provision doit m'être versée mais il y a un appel et rien n'est encore totalement acquis pour moi. Je souhaite que l'on respecte les décisions de justice.
- La justice vous a attribué 1,35 M€ plus 600.000 euros à la CPAM est importante. Comprenez-vous que la somme pose problème à la FFC ?
- Il ne faut pas seulement regarder la somme. Ma jeunesse a été pétée. Je n'ai pas de vie sexuelle, ni de vie affective. Il faut donc remettre les choses dans le contexte. J'ai eu cet accident à 21 ans. C'est désolant d'en arriver là surtout quand on voit comment a été traité très correctement le cas de Sandra Laoura, la médaillée de bronze en ski de bosse (freestyle) paraplégique depuis son accident à l'entraînement au Canada. Moi, j'ai été abandonné dans la nature.
« J'essaie de vivre au mieux »
- Que cherchez-vous dans cette longue procédure ?
- Je veux la réparation de mon préjudice. J'ai des projets. Je veux pouvoir avancer dans la vie. Du jour au lendemain, on m'a oublié. Depuis l'accident, je suis passé par des moments de souffrance énormes. J'ai eu besoin de 9 à 10 ans pour accepter de vivre avec mon handicap, de me promener avec mon fauteuil. Aujourd'hui, j'essaie de vivre au mieux.
- Êtes-vous surpris que la FFC n'ait pas provisionné la somme ?
- Les faits sont là ! Surpris n'est pas le bon mot... Trois présidents se sont succédé à la tête de la fédération... De ne rien n'avoir vu venir pendant si longtemps m'a agacé. C'est aussi la raison de ma bataille pour avoir une réparation de mon préjudice.
- La FFC vous propose un versement échelonné, adapté selon elle à ses finances. Qu'en pensez-vous ?
- Il faut voir exactement les conditions proposées. Je ne suis opposé à rien mais il ne faut pas non plus me prendre pour une andouille. Or parfois, j'ai été pris pour un imbécile. Ils ont eu tendance à oublier d'où je viens, ce que je vis, où j'en étais au moment de l'accident et les perspectives que j'avais.
- Comment s'organise votre vie aujourd'hui ?
- Je suis magasinier dans un commerce de vélos à mi-temps à côté de Chambéry. Le reste du temps, j'essaie de m'occuper. Ce n'est pas évident avec un fauteuil. Mes seuls moments de liberté et de bonheur sont le quad et le ski. On a beau dire que l'on oublie, ce n'est pas possible. Il y a de l'amertume en moi lorsque je vois une course de vélo, notamment les Six jours de Grenoble. Depuis mon accident, c'est trop dur de suivre l'information. J'en étais acteur et j'en suis devenu spectateur, indépendamment de ma volonté.
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