Au premier trimestre 2007, l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a relevé 60 infractions à la réglementation antidopage et s'est un peu étonnée de recevoir de nombreuses demandes d'autorisation à usage thérapeutique (AUT).
"On a déjà reçu 400 demandes d'AUT, soit une dizaine par jour ouvrable. Le ministère avait annoncé 500 par an, ce sera beaucoup plus. C'est assez inquiétant au premier abord", a souligné mercredi Pierre Bordry, le président de l'AFLD, lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il a présenté les résultats de son agence pour le premier trimestre 2007.
Les sportifs bénéficiant d'une AUT sont autorisés à utiliser certains médicaments inscrits sur la liste des produits interdits de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Ils doivent justifier d'une pathologie comme l'asthme de l'effort, les allergies ou les tendinopathies.
"L'AUT peut devenir un passeport pour le dopage", relève Pierre Bordry, qui s'est étonné que des médecins d'équipes puissent monter des dossiers d'AUT pour leurs coureurs. L'Ordre des médecins, auquel il a demandé son avis, lui a apporté son soutien.
"Il ne nous paraît pas déontologique que l'avis sur le dossier émane d'un médecin qui exerce à la fois en qualité de médecin assurant le suivi médical de l'équipe à laquelle appartient le sportif concerné, et de médecin consultant qui réalise les examens confirmant le diagnostic clinique", lui a ainsi écrit le 11 mai dernier Jacques Roland, le président de l'Ordre.
Ces nombreuses demandes d'AUT ont leur bon côté. "Elles permettront à l'avenir d'avoir un indicateur sur les principales pathologies du sport", souligne M. Bordry.
L'AFLD a en tout cas choisi de faire la part belle aux contrôles inopinés, en augmentation de 78%. Cette politique sera renforcée à l'automne par la procédure de localisation des athlètes soumis à des contrôles individualisés via l'utilisation du logiciel ADAMS, développé par l'AMA. Ils seront ainsi "localisables" quotidiennement. "La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a donné un avis favorable à cette utilisation", a révélé Pierre Bordry.
Sur 2.082 contrôles diligentés au premier trimestre, plus 373 pour le compte de fédérations internationales, l'AFLD a décompté 60 cas positifs, soit 3,45% des contrôles.
Le handball arrive en tête des infractions constatées (16), mais uniquement parce qu'il a été particulièrement ciblé: il a subi 374 contrôles entre janvier et mars 2007, contre seulement 223 au titre de l'année 2006 dans son intégralité.
Suivent le cyclisme (7 cas positifs), le rugby (6) et l'athlétisme (3). D'autres cas positifs ont été relevés en boxe, full contact, culturisme, haltérophilie, basket, boxe française, hockey sur glace, ski, taekwondo, aviron, football, football américain, force athlétique, boxe thaï et voile.
"Cela montre que le dopage est extrêmement répandu dans toutes les disciplines", souligne Bordry.
Le cannabis arrive en tête du hit-parade des produits interdits utilisés, avec 34 des 60 infractions constatées. Suivent les anabolisants, les glucocorticoïdes, les bêta-2 agonistes, les diurétiques, les stimulants et l'EPO (un cas).
Pierre Bordry s'est étonné du relèvement des seuils de certains produits interdits, qui peut faire passer des athlètes à travers les mailles du filet. Depuis le 1er janvier, l'AMA a ainsi demandé aux directeurs de l'ensemble des laboratoires accrédités de monter à 500 nanogrammes par millilitre au lieu de 100 nanogrammes par millilitre, le seuil de détection du Salbutamol.
L'AFLD, qui réalisera les contrôles et les analyses du prochain Tour de France cycliste pour le compte de l'UCI et pour celui de l'IRB lors de la Coupe du monde de rugby, entend continuer de mener une politique ciblée des contrôles. Toutes les équipes du championnat de Ligue 1 de football ont eu ainsi six joueurs dépistés le 26 mai dernier, les résultats étant en attente.
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