Le voile s'est déchiré un peu plus sur le cyclisme maudit des années 1990, pourri par le dopage sanguin, après les aveux de Bjarne Riis et de plusieurs de ses équipiers de l'équipe Telekom.
A lui seul, le Tour de France 1996 symbolise l'apogée de ce système. Dès le début de l'année suivante, l'Union cycliste internationale (UCI) allait instaurer les premiers tests sanguins... à la demande des coureurs effrayés par l'escalade.Le Tour 1996, c'est celui de Bjarne Riis, le vainqueur danois qui accomplit un numéro inouï sur les pentes de Hautacam ("une image à chasser de la mémoire", dit l'actuel directeur du Tour Christian Prudhomme), d'Erik Zabel, l'Allemand habillé du maillot vert du classement par points, de Richard Virenque, le Français qui ramène le maillot de la montagne. Tous trois ont fini par avouer avoir eu recours au dopage.
Des premiers du classement, seul l'Allemand Jan Ullrich (2e), pourtant confondu par la récente affaire Puerto, s'obstine à nier avoir utilisé des produits interdits, l'EPO surtout dont l'usage s'était généralisé dans le peloton.
"A l'époque, le cyclisme était comme cela et j'ai fait ce qui se faisait alors", a déclaré Riis, longtemps simple équipier avant de devenir un leader d'équipe qui mit en danger l'Espagnol Miguel Indurain -l'un des quintuples vainqueurs du Tour- dès 1995 avant de le renverser l'année suivante.
Début 1997, la course en avant -Riis aurait atteint jusqu'à 64 pour cent pour l'hématocrite selon son ancien soigneur- incite à la mise en place d'un plafond (50 %).
Cette mesure, toujours d'actualité même si elle a été enrichie ensuite d'autres paramètres, allait être contestée plus tard. Ses opposants la qualifièrent de légalisation du dopage. Au moins fut-elle un pis-aller en attendant que la prise d'EPO puisse être détectée (partiellement) dans les contrôles antidopage, en 2001.
Durant cette période opaque, le cyclisme a multiplié les scandales, enduré mille morts. Avec, pour temps forts, l'affaire Festina dans le Tour 1998, qui exclut de la compétition la plus forte équipe de l'époque, et l'exclusion du Giro 1999 de l'Italien Marco Pantani, onze mois après sa victoire dans le Tour.
Le procès Festina à l'automne 2000 a révélé les dessous du dopage et la nécessité, pour qui veut un sport propre, de changer de cap. Traumatisé, le cyclisme français a procédé au nettoyage, quitte à le payer par une longue traversée du désert dans les résultats obtenus.
L'affaire Puerto, qui a éclaté voici un an en Espagne grâce à l'intervention de la police, a eu pour conséquence d'inciter l'Allemagne à faire de même. Ullrich déboulonné de son statut d'icône, c'est l'un des nouveaux pays forts du cyclisme qui veut maintenant repartir sur d'autres bases.
"A un moment donné, il y a eu un changement et certains n'ont pas changé", soulignait au printemps dernier Laurent Jalabert. "Moi là-dedans j'étais comme tout le monde. Je faisais du vélo, j'en ai fait pendant quinze ans et j'ai connu sa transformation".
"En 1998, ajoutait l'ancien champion français, tout a éclaté au grand jour et les gens intelligents ont compris qu'il fallait changer. D'autres - et apparemment ils sont nombreux - ne l'ont pas fait".
Deux mois plus tard, l'Américain Floyd Landis, qui pensait avoir gagné le Tour 2006, tombait à son tour.
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