
L'assassin ne sourit plus
Son faciès étrangement souriant lorsqu'il grimpait les cols les plus pentus lui a valu un temps le surnom de «L'Assassin avec un sourire».

Hier, le cycliste Ivan Basso tremblait lorsqu'il a commencé à répondre aux questions d'un procureur antidopage du Comité olympique italien qui cherchait à faire la lumière sur son implication présumée dans l'affaire Puerto. Devant la preuve qui ne cessait de s'étoffer, Basso a admis sa culpabilité.
« Le moment est venu pour moi d'assumer mes responsabilités. J'espère seulement que je vais être compris », a déclaré Basso par l'entremise de son avocat.
Comme un criminel qui se met à table, le champion du Tour d'Italie 2006 a également offert sa « collaboration maximale pour éclaircir les faits concernant son implication ». D'autres têtes rouleront-elles ?
Pas de gaspillage
En mars, quand un juge espagnol a rendu un non-lieu dans l'affaire Puerto, ce réseau de dopage sanguin dirigé par le Dr Eufemiano Fuentes et mis au jour il y a un an, tout le monde s'est exclamé : « Tout ça pour ça ».
Si les lois criminelles espagnoles ne permettaient pas de porter d'accusations, les autorités sportives n'ont, pour une fois, pas gaspillé les informations découlant de cette vaste enquête impliquant des médecins, un directeur sportif de renom et une cinquantaine - peut-être une centaine - de coureurs professionnels.
L'Allemand Jan Ullrich, gagnant du Tour de France en 1997, a été le premier à tomber, annonçant sa retraite en février avant que le parquet de Bonn ne lie son ADN à des poches de sang saisies par la justice espagnole.
L'Américain Tyler Hamilton, qui revenait d'une suspension de deux ans pour dopage sanguin, et son coéquipier allemand Jorg Jaksche viennent d'être exclus par l'équipe Tinkoff après que leurs noms eurent été mêlés à l'affaire Puerto.
D'abord classé en octobre, le dossier Basso a été rouvert le mois dernier par le Comité olympique italien (CONI) après que l'Union cycliste internationale lui eut relayé le dossier Puerto. Le CONI menaçait le champion italien, qui niait tout depuis le début, de comparer son ADN à des poches de sang saisies chez le Dr Fuentes.
Quelle collaboration ?
Les aveux de Basso, une semaine après sa séparation de l'équipe américaine Discovery Channel, sont une chose. Sa «collaboration maximale», annoncée par le CONI, en est une autre.
Avant même la nouvelle d'hier, des informations filtraient en Italie à l'effet que Basso, 29 ans seulement, aurait négocié une entente qui lui permettrait de participer au Giro 2008. Une sanction rétroactive, chuchote-t-on, lui offrirait cette possibilité.
Si tel était le cas, à quel point Basso a-t-il «collaboré» ? Difficile de répondre à cette question devant l'absence de déclarations publiques de la part du principal intéressé.
Chose certaine, on l'imagine mal balancer des collègues coureurs, ce qui rendrait plutôt délicat son retour dans le peloton.
Une description détaillée de la mécanique et des différentes étapes du dopage sanguin - ainsi que la mise au ban de quelques-uns des «fournisseurs de services» - est plus probable.
Ce sont donc les médecins comme le Dr Fuentes, véritables roues d'entraînement du système, qui risquent d'être éclaboussés davantage. Si le CONI tient à juguler le problème à la source, les sulfureux médecins «préparateurs», auxquels ont recours les principaux ténors du peloton et qui pullulent en Italie, devraient être parmi les premiers visés.
Le président de l'UCI, Pat McQuaid, a cependant prévenu hier que si la législation italienne permet le genre d'arrangement qu'aurait obtenu Basso, ce n'est pas le cas du Code mondial antidopage.
« Je tiens à dire encore que Basso, comme tous les autres coureurs, ne seront pas abandonnés par notre monde. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas respecter les règles. Ils devront payer les conséquences de leurs actes. Je confirme que suivant le code de l'AMA (Agence mondiale antidopage), aucune réduction de peine n'est prévue », a affirmé McQuaid à l'AFP, ce qui aura de quoi refroidir d'éventuels délateurs.
Entretemps, les dirigeants des trois Grand Tours (Italie, France et Espagne), l'UCI et le regroupement des équipes du ProTour se sont ligués vendredi dans ce qu'ils ont appelé une «union sacrée» contre le dopage.
Ils promettent une multiplication des contrôles avant les grandes courses et l'exclusion de tous les coureurs cités dans l'affaire Puerto, et ce, sans égard aux poursuites que pourraient intenter des coureurs qui, dans les faits, ne sont l'objet que de soupçons.
Du sérieux ou du pipeau tout ça ?
En tout cas, samedi, aucun des 47 coureurs cités d'une façon ou de l'autre dans l'affaire Puerto ne prendra le départ du 90e Giro. Incluant Basso, le champion en titre. « L'Assassin avec un sourire » sera-t-il, malgré lui, le précurseur d'une nouvelle ère pour le cyclisme ?
Simon Drouin
Ivan Basso n'est pas le premier cycliste à admettre l'usage de produits dopants. Pendant que Tyler Hamilton, Floyd Landis et autres Jan Ullrich continuent de nier, voici quelques aveux enregistrés récemment :
Filip Meirhaeghe
Champion du monde de vélo de montagne en 2003, le Belge a rendu un test positif à l'érythropoïétine (EPO) lors de la Coupe du monde du mont Sainte-Anne de 2004. Le lendemain de l'annonce, il a tout bonnement reconnu sa culpabilité en conférence de presse. « J'ai fait une erreur, mais comme tout le monde, je suis humain », avait déclaré Meirhaeghe, qui a repris l'an dernier la compétition sur route et en vélo de montagne.
David Millar
Devant la justice française et dans une entrevue au quotidien The Guardian, l'Écossais a reconnu s'être dopé à l'EPO en 2001 et en 2003, année où il a remporté le contre-la-montre des Championnats du monde de Hamilton, titre dont il a été dépouillé par la suite. Pour ne jamais oublier, il avait conservé, sur une étagère, les fioles d'EPO vides dont le contenu avait servi avant sa victoire au Canada. La brigade des stupéfiants française les avait découvertes dans le cadre d'une enquête sur l'équipe Cofidis. « J'aurais pu continuer. J'avais un bon avocat à Paris. Mais je me suis dit : « Merde, je ne peux plus vivre avec ça ». J'aurais pu lutter, lutter, lutter, mais je ne suis pas fondamentalement un bon menteur », avait déclaré Millar, revenu au vélo lors du Tour de France 2006.
Johann Museeuw
Légende du cyclisme belge, le Lion des Flandres a admis l'usage de produits dopants après avoir été dans le collimateur de la justice de son pays pendant deux ans. « Je voulais terminer ma carrière en beauté, et j'ai fait des choses que je n'aurais pas dû », a déclaré le triple vainqueur de Paris-Roubaix et du Tour des Flandres lors d'une conférence de presse en janvier.
Chris Sheppard
Peu après avoir perdu sa cause en arbitrage, Sheppard, un coureur canadien de vélo de montagne au niveau international, a avoué s'être dopé à l'EPO dans un long courriel adressé à sa famille, ses amis, ses commanditaires et ses partisans. « En bout de ligne, je suis un tricheur, mais je ne suis pas celui qui dit "Je ne l'ai pas fait" jusqu'à dans sa tombe. Je l'ai fait et ça m'a détruit plus que mon accident subi l'an dernier », avait écrit l'athlète de 32 ans tout en s'excusant de son geste.
Richard Virenque
Après avoir nié pendant deux ans, le grimpeur français est passé à table lors du procès Festins, en octobre 2000. « Je n'avais plus le choix » s'était défendu celui dont l'expression « à l'insu de mon plein gré », prononcée en 1998, a fait école.
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