22 mai 2007

Deux sans-grade de Telekom brisent la loi du silence

Après des années de silence, Bert Dietz et Christian Henn ont avoué s'être dopés dans les années 1990 chez Telekom et ouvert les vannes d'une opération vérité qui pourrait emporter sur son passage l'équipe T-Mobile et secouer le cyclisme, voire tout le sport allemand.

Sa rocambolesque victoire d'étape dans le Tour d'Espagne 1995 après une échappée de 200 km et un geste de grand seigneur de Laurent Jalabert ne l'avait pas empêché de tomber dans l'oubli: mais Dietz, 38 ans, en est ressorti lundi soir en se confessant devant l'une des papesses de la télévision allemande.Le champion d'Allemagne 1993 amateur a raconté comment lors d'un stage à Majorque fin 1994 les médecins de Telekom lui ont vanté les mérites de l'EPO.

"Jamais on ne nous a dit « Il faut se doper », mais c'était évoqué de telle façon qu'on savait qu'on jouait notre avenir. Je voulais faire le Tour de France, j'étais déjà marié", s'est-il justifié.

S'il s'est refusé à incriminer ses coéquipiers de l'époque, parmi lesquels figuraient Bjarne Riis et Jan Ullrich, vainqueurs respectivement du Tour de France 1996 et 1997, Dietz a ouvert la voie à ce que, selon lui, beaucoup d'anciens et d'actuels pros attendaient.

Mardi, c'est Henn qui est passé aux aveux: "Je peux juste dire que j'ai utilisé de l'EPO. C'était comme ça à l'époque", a admis le médaillé de bronze de l'épreuve sur route des jeux Olympiques de Séoul, en 1988.

Des révélations qui font l'effet d'un coup de tonnerre mais qui ne surprennent pas: Henn avait pris sa retraite en 1999 après un contrôle positif (testostérone) et le mythe de la toute-puissante équipe Telekom de la fin des années 1990 avait déjà été écorné par des enquêtes de journaux allemands.

Ces aveux pourraient en entraîner d'autres: comme Henn, directeur sportif depuis 2001 chez Gerolsteiner, d'autres anciens de Telekom sont toujours présents dans le peloton, comme coureurs (Erik Zabel), simples directeurs (Udo Bölts, Mario Kummer), voire patrons d'équipe (Riis).

C'est le cas de Rolf Aldag, équipier modèle chez Telekom puis T-Mobile jusqu'en 2005, nommé grand patron de T-Mobile pour incarner un cyclisme propre après l'affaire Ullrich.

Du coup, T-Mobile a demandé des explications à Aldag sur son passé de coureur: "Un décision sera prise dans les jours à venir", a assuré mardi un porte-parole.

Le géant de la téléphonie mobile qui avait failli quitter le cyclisme en 2006 après l'implication d'Ullrich dans l'opération Puerto, a également admis s'interroger sur son avenir dans le cyclisme professionnel.

Car après l'ancien soigneur Jef d'Hont en avril, Dietz et Henn ont mis en cause Andreas Schmid et Lothar Heinrich, présents depuis les années 1990 et pourtant présentés en septembre, après le traumatisme Ullrich, comme les garants d'un cyclisme propre.

A croire les repentis de Telekom, les deux médecins ont été les initiateurs du dopage à l'EPO, les agents ("Ils procédaient eux-mêmes aux injections", Dietz) et les fournisseurs ("J'ai pris livraison d'EPO à Fribourg", d'Hont).

Ils ont été suspendus mardi par l'hôpital universitaire de Fribourg (sud-ouest), leur employeur, le temps qu'une commission d'enquête rende ses conclusions.

Mais l'Uniklinik, passage obligé de tous les sportifs de haut-niveau allemands, pourrait aussi se retrouver dans le collimateur des pouvoirs publics qui financent son fonctionnement et ses travaux de recherches, certains dénoncés depuis longtemps par des experts de la lutte antidopage.

L'opération vérité ne fait sans doute que commencer.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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