25 avril 2007


Monument du cyclisme français, Jean-René Bernaudeau, qui fut le coéquipier de l’unique Bernard Hinault,
ne cessera pas sa croisade contre le dopage malgré les regards, la médisance et la peur.
photo : Erick Labbé

Défenseur du cyclisme propre

Fidèle coéquipier de Bernard Hinault, Jean-René Bernaudeau est aujourd’hui à la tête de l’équipe cycliste française Bouygues Telecom. De passage à Québec afin d’y rencontrer Louis Garneau, le directeur général est un ardent défenseur du sport à l’état pur et un grand pourfendeur du fléau qui ternit l’image du cyclisme.

Depuis deux ans, le fabricant de Saint-Augustin est son fournisseur de casques de route et de contre-la-montre. Et ce n’est pas un hasard, puisque les deux hommes partagent la même vision de la vie. « J’ai une philosophie et je n’ai pas le goût de voler, mais de travailler. Ma mission sociale me donne le droit de parler. Le dopage n’est pas une fatalité. On a l’impression d’être un dopé dès qu’on s’habille en cycliste, c’est incroyable et il y a une limite », s’insurge-t-il.

Les exemples sont nombreux. Il y a eu la chasse aux sorcières envers Lance Armstrong, l’abandon de Jan Ullrich avant même le début du dernier Tour de France, la possible destitution du vainqueur de la Grande Boucle Floyd Landis, etc.

« La chance des tricheurs, c’est qu’aucune loi ne les oblige à rembourser ce qu’ils ont volé. Lorsqu’on parle de ne plus les revoir dans le monde du cyclisme, c’est énorme comme sanction. Il y a des règles dans le sport comme dans la vie, il faut les respecter. Vous savez, j’ai un peu de peine pour eux (les tricheurs), ils ne peuvent pas être heureux, car leur vie est basée sur le mensonge. »

Un monument
En France, Jean-René Bernaudeau est un monument. Il a été le coéquipier de Hinault, le cycliste le plus décoré de l’Hexagone avec ses cinq titres au célèbre tour. Il a remporté quatre fois le Grand Prix du Midi Libre, une étape du Tour d’Italie, une troisième place au Championnat du monde sur route en 1979 et une cinquième position au classement général du Tour de France, où il revendique 11 deuxièmes places.

« Hinault, c’est un monstre, un immense champion », ajoute Bernaudeau. Mon équipe n’a toutefois pas le même esprit qu’à l’époque où je roulais avec lui. Une victoire, c’est la fête ; mais ce n’est pas une défaite que de ne pas gagner. Le classement, ça donne quoi présentement ? J’aime mieux être dans ma position que d’avoir la tête dans l’étau. »

Il ne cessera pas sa croisade pour autant, malgré les regards, la médisance, la peur. « Il ne faut pas lâcher, même si la bataille ne sera pas facile. J’ai l’avantage d’être le patron de ma boîte et si ça va mal, je paie les dettes, mais je pilote l’esprit et la conduite », souligne celui qui ne se dit pas à l’abri d’un scandale venu d’un athlète habile à camoufler la vérité. En 2004, un an après la mort suspecte d’un de ses coureurs (alors avec La Brioche Boulangère), il en avait suspendu un autre qui traînait des produits dopants.

L’homme de 50 ans est convaincu que le fléau sera vaincu. Son partenaire québécois, lui, rêve d’un Tour de France plus lent, mais plus pur. N’empêche, tout passe par cette épreuve mythique. « S’il n’ y a pas de Tour, il n’y a plus de cyclisme. Le hic, c’est que le Tour rime avec l’argent et le dopage, c’est l’argent », admet le natif de Saint-Maurice-Le-Girard, en Vendée.

Ce qui l’a déçu en débarquant chez nous, ce fut de lire les nouvelles de son sport. On n’y parlait que de dopage : Landis, Ivan Basso. Rien sur la Flèche Wallone, une étape de la Coupe du monde. En lisant ces lignes, il sera heureux d’apprendre la victoire de l’Italien Davide Rebellin, hier matin. Le cyclisme ne s’arrête pas qu’au dopage, après tout.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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