24 avril 2007

Landis s'enlise

Floyd Landis est cuit.

À moins d'un revirement spectaculaire, le cycliste américain, vainqueur officieux du Tour de France 2006, sera suspendu deux ans pour usage de testostérone. 'Union cycliste internationale pourra du même coup le dépouiller de son maillot jaune gagné de haute lutte sur les routes françaises en juillet 2006. Ça prendra encore quelques mois, mais ça viendra.

La dernière rebuffade essuyée par Landis rend ses chances d'être blanchi encore plus improbables.

Dans une dépêche publiée hier sur le site internet de L'Équipe, le journaliste Damien Ressiot a révélé que sept autres échantillons d'urine de Landis prélevés lors du Tour 2006, d'abord classés négatifs, contenaient eux aussi de la testostérone de synthèse.

Ce nouvel élément, dont les détails seront divulgués ce matin dans la version papier du quotidien sportif français, conforte la thèse de la « poursuite », en l'occurrence l'Agence américaine antidopage (USADA), dont un panel doit entendre les arguments du camp Landis lors d'une audience le 14 mai en Californie.

De la même façon, ce scoop de neuf L'Équipe invalide l'un des principaux arguments que l'équipe juridique de Landis comptait sans doute invoquer.

Des huit échantillons prélevés sur Landis durant le Tour 2006, un seul, celui récupéré au terme de son spectaculaire raid de Morzine, était positif. Ce qui, d'après l'argumentaire du camp Landis, attesterait de l'incurie et de l'incompétence du laboratoire français de Châtenay-Malabry (LNDD), aussi à l'origine des derniers tests positifs.

De « négatifs » à positifs
Comment des tests « négatifs » peuvent-ils soudainement devenir positifs ? Pour répondre à cette question, un rappel des événements et du complexe système de tests s'impose.

Comme l'érythropoïétine (EPO) et l'hormone de croissance, la testostérone est une substance dopante interdite produite naturellement par le corps, ce qui rend sa détection beaucoup plus complexe que, disons, le Winstrol, dont la simple présence dans un échantillon équivaut à un test positif.

Par conséquent, afin de détecter une prise exogène - donc, non naturelle - de testostérone, les laboratoires antidopage se servent, dans un premier temps, d'un rapport entre deux substances naturelles, la testostérone et l'épitestostérone, qu'on appelle communément le rapport T/E. Dans la population en général, ce rapport est habituellement de 1/1, avec des variations pouvant aller jusqu'à 6/1. Un rapport dépassant 4/1 est cependant considéré anormal statistiquement et exige des analyses plus poussées.

En clair, c'est un signal d'alarme, pas un test positif.

Ce signal n'a été déclenché qu'une fois sur huit dans le cas de Landis. Comme le veut la pratique, un autre examen - sur un échantillon B, prélevé au même moment - a alors été mené pour déterminer si les paramètres anormaux étaient induits par une prise exogène de testostérone. Ce deuxième examen se fait selon une méthode dite de spectrométrie de masse ou IRMS. Dans le cas de Landis, l'IRMS s'est révélé positif.

Dans le cadre d'une audience arbitrale préliminaire devant le panel de l'USADA, les avocats de Landis n'ont cessé de casser du sucre sur le dos du laboratoire français LNDD, critiquant ses méthodes.

De son côté, l'USADA a, de façon inédite, obtenu la permission que la version B des sept autres échantillons de Landis, dont le T/E n'avait rien de suspect au départ, soit réexaminée sous la loupe du IRMS, avec supervision de représentants de l'USADA et de Landis.

Or ce sont ces échantillons qui « laisseraient clairement apparaître, à plusieurs reprises, des traces de testostérone synthétique », selon L'Équipe.

Deux questions
Pourquoi ne pas pratiquer l'IRMS de façon systématique ?

Parce que ça coûte cher - un labo peut exiger de 800 $ à 1000 $ pour un seul test -, que ça prend du temps - une journée et demie de travail en moyenne - et que la machine utilisée, malgré son efficacité, est capricieuse, sensible et fragile. Celle du laboratoire américain de UCLA, où Landis exigeait que les nouveaux tests soient menés, est d'ailleurs brisée.

Comment Landis pouvait-il, à une exception près, voguer sous les 4/1 tout en consommant de la testostérone ?

Les scientifiques soupçonnent certains athlètes d'utiliser, depuis deux ans, des gels ou des timbres de testostérone très difficiles à détecter. Ainsi, un timbre appliqué quelques heures en soirée permettrait de maintenir un rapport T/E jugé normal dès le lendemain après-midi.

Crédibilité
Devant ces nouvelles révélations, Landis a continué de plaider son innocence et à tirer à boulets rouges sur le labo français.

« J'ai gagné le Tour proprement et je suis déçu mais non surpris de voir ces fuites... dans L'Équipe. C'est juste un autre exemple de l'ignorance des moindres droits d'un athlète par les autorités antidopage. Nous envisageons une possible falsification délibérée des résultats et une destruction volontaire de preuves », a réagi le cycliste de 31 ans dans un communiqué lu en conférence téléphonique.

Si les faits tendent de plus en plus vers la culpabilité de Landis, les derniers développements lui donnent raison sur au moins un point : la confidentialité dont il devrait bénéficier en attendant son jugement a été bafouée. Les derniers examens ne représentent pas des tests positifs classiques - un seul échantillon a été analysé - mais plutôt des éléments supplémentaires qui pourront servir à l'argumentaire de l'USADA ou même à celui du clan Landis.

Chapeau bas au journaliste, mais cette fuite ou ce coulage volontaire dans un dossier aussi sensible que celui de Landis s'ajoute au cas récent du nageur australien Jan Thorpe, dont la culpabilité semble de plus en plus improbable. De toute évidence, les canaux de communication devront être resserrés. I1 en va de la confiance de tous - athlètes, scientifiques, dirigeants, médias - envers la lutte antidopage.


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
vélo ski de fond plongeon
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive