Paris-Nice. Le ProTour, l’utilisation de l’ADN pour démasquer les tricheurs : le Blaireau passe tout au crible.
Patrick Testuz
Il serre des mains. Il signe des autographes à tour… de bras. Il pose avec complaisance pour des photos souvenirs. Sur la place de l'Hôtel de Ville de Sorgue, Bernard Hinault prend un bain de soleil et de foule. À 53 ans, le quintuple vainqueur du Tour de France reste le cycliste français le plus populaire de l'Hexagone. « À égalité avec Poulidor », précise-t-il, l'air chafouin. PR pour la Société du Tour depuis 21 ans, il appuie sur les mots comme autrefois il martelait sur les pédales quand il partait flamberge au vent vers la victoire.
« Le cyclisme n'a pas changé en ce sens que si tu n'oses pas, tu n'as rien. Et là, je vois davantage de coureurs soucieux de négocier des contrats juteux plutôt que de penser à gagner des courses. Ils préparent toujours l'épreuve suivante. Ils promettent de marcher le lendemain. Ils sont contents de suivre, contents d'avoir montré le maillot. Montrer le maillot, cette réflexion me fout les boules. Les gars devraient être payés en fonction de leurs résultats. Par les temps qui courent, je gagnerais autant en une année que ce que j'ai amassé pendant toute ma carrière ! Heureusement, il y a encore des champions comme Boonen et Bettini. Ceux-là me plaisent. Ils sont présents toute l'année. »
Bernard Hinault rembraye et stigmatise le Pro Tour « parce qu'il s'agit d'un circuit fermé. Vingt équipes ont acheté le droit de courir, sans encourir le risque d'une relégation. Pas besoin de réaliser des performances, seulement de participer. C'est pourquoi je trouve préférable de distribuer des wild cards et d'engager des «guerriers» des formations continentales pros de préférence aux «touristes» du Pro Tour, obligés de prendre part à une épreuve à l'étranger mais pas vraiment motivés. Ainsi, sur Paris-Nice, les représentants d'Agritubel remplissent totalement leur rôle. »
« Le coureur est devenu impersonnel »
À l'écoute de Bernard Hinault, l'habillement confine davantage encore le cycliste pro dans l'anonymat. « Le coureur est devenu impersonnel. Avec son casque, ses lunettes et ses oreillettes, il apparaît comme un bloc. Le casque, d'accord c'est bien pour la sécurité. Mais pourquoi ne pas le personnaliser ? D'autres sportifs ne se gênent pas. J'ai l'impression que les coureurs se cachent derrière leurs lunettes. On ne les reconnaît pas, on ne les connaît plus. Le cycliste ne sait pas communiquer, soigner son image. »
Impossible d'évoquer le cyclisme actuel sans parler de l'affaire Puerto… Le Breton est remonté : « Eh bien je dis bravo au gouvernement espagnol. Qu'on continue comme ça ! Le CIO pourrait faire pression et s'interroger par exemple sur la nécessité de convier tout le monde aux Jeux. » On rappellera que Richard Virenque, l'année d'après le scandale Festina, n'avait pas été le bienvenu sur le Tour, selon l'expression de Jean-Marie Leblanc. À propos de l'utilisation de l'ADN pour démasquer les tricheurs en matière de dopage, Hinault demeure ferme dans son discours. « Les coureurs cyclistes ne sont pas des criminels mais si c'est un bon moyen de lutter pourquoi pas. Après tout, si on n'a rien à cacher, il n'y a pas de raison d'avoir la trouille .»
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