17 mars 2007
Gérard Dreyfus
Oui, il y a bien eu dopage. Oui, il y a bien eu tricherie. Mais je ne peux rien faire, a dit le juge Antonio Serrano en charge du dossier Fuentes. A l’époque des faits, aucune loi espagnole ne sanctionnait les pratiques dopantes. Et comme les lois ne sont pas rétroactives, impossible juridiquement d’inculper qui que ce soit pour des faits simplement avérés, mais pas réprimandables une fois la loi promulguée au mois de novembre.
Trop tôt les faits, trop tard la loi. Il y a un peu plus d’un an, la garde civile avait mis sous surveillance un laboratoire clandestin de prélèvements sanguins. Au mois de mai, cinq personnes, dont le docteur Eufemanio Fuentes, ancien médecin de plusieurs équipes espagnoles, et Manolo Saiz, manageur d’une formation espagnole, étaient arrêtées. Plusieurs centaines de poches de sang congelé et de plasma sanguin étaient saisies ainsi que des centrifugeuses, des anabolisants, des stéroïdes. Toute la panoplie des dopeurs et des dopés.
Une soixantaine de coureurs aurait eu recours aux services du docteur Fuentes. Fin juin, le nom des principaux coureurs mis en cause est révélé par la presse. Un certain nombre d’entre eux sont écartés du Tour de France, notamment l’Allemand Jan Ulrich, l’Italien Ivan Basso, et les Espagnols Francisco Mancebo et Oscar Sevilla, pour ne citer que les plus en vue.
Le parquet de Madrid, au milieu de la semaine, pas satisfait du non-lieu, a demandé au juge de reprendre ses investigations. Travail insuffisant, copie à revoir. L’affaire est trop grave pour déboucher sur un constat collectif d’impuissance. Question : si la justice civile se déclare incapable de prendre des sanctions, la justice sportive peut-elle la suppléer ? Pas évident. D’autant moins que les documents les plus compromettant sont entre les mains du juge Serrano et qu’il n’est pas tenu de les communiquer, ni à l’Union cycliste internationale, ni à l’Agence mondiale anti-dopage qui les lui réclament. Inadéquation de juridictions.
Attention le cyclisme n’était pas seul à être mis en cause. D’autres sportifs, d’autres disciplines auraient également eu recours aux bons services du docteur Fuentes. Leurs fédérations ont choisi de rester silencieuses. Le cyclisme a pris les devants. Parce que constamment accusé. Parce que sans doute le plus menacé. On ne sait toujours pas qui a gagné le Tour de France 2006. Et comme le confiait cette semaine Eddy Merckx, l’ancien immense champion, peut-être le plus grand de toute l’histoire du vélo, si une autre affaire Floyd Landis, le vainqueur déclassé du Tour, se produisait, alors ce serait peut-être la fin du cyclisme. Pour le vélo, depuis dix ans, la roue continue de tourner dans le mauvais sens.
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