20 mars 2007

Près de Tours, randonneurs et cyclistes se disputent le GR3

Christophe de Chenay

Les randonneurs de Tours et d'Indre-et-Loire ne s'en remettent toujours pas. Le GR3, leur plus beau sentier de grande randonnée, a été "défiguré" sur plusieurs kilomètres. Ils ont découvert les dégâts il y a trois ans et cherchent maintenant à "éviter que cela ne se reproduise". En attendant de reprendre au printemps, avec la rage au coeur, un chemin qui ne sentira plus jamais la noisette.

En cause, une "voie verte" - réservée aux cyclistes et, par conséquent, recouverte d'une couche de béton et de bitume - installée sur cet itinéraire par le conseil général d'Indre-et-Loire. Entre les cyclistes et les rollers, les randonneurs ont l'impression de ne plus avoir droit de cité.

Le chantier, mené en toute discrétion et sans aucune concertation, a oublié de laisser un accotement en terre pour les marcheurs. "Notre GR est devenu un véritable trottoir, se lamente Pierre Dupont, le secrétaire général du Comité départemental de la randonnée pédestre (CDRP) d'Indre-et-Loire. Les pieds des marcheurs s'échauffent très vite sur du goudron ou du ciment."

Le CDRP d'Indre-et-Loire, malgré ses 48 clubs, ses 3 200 licenciés, ses 70 baliseurs et ses 5 000 kilomètres de sentiers, s'est fait déposséder d'un chemin ouvert à coups de serpe et entretenu avec amour depuis six décennies.

Car ce n'est pas n'importe quel GR qui a été ainsi livré aux cantonniers du conseil général. Le GR3 est le plus ancien chemin de randonnée balisé de France. Son premier tronçon, entre Orléans et Beaugency, a même été inauguré en grande pompe, le 31 août 1947. C'était quelques jours après la création du Comité national des sentiers de grande randonnée, l'ancêtre de la Fédération française de randonnée pédestre, qui fête cette année ses 60 ans.

Le changement de revêtement n'est pas la seule surprise qui attend les randonneurs sur les berges du Cher. Désormais, ils doivent non seulement se méfier des cyclistes qui arrivent à vive allure, mais aussi composer avec les agriculteurs, et leurs engins, qui apprécient cette desserte commode de leurs champs. Voire avec les automobiles des pêcheurs venus taquiner le sandre et le brochet.

A un carrefour avec une petite route de campagne, un panneau témoigne du fâcheux oubli des aménageurs. En face des balises rouge et blanc du GR, un panneau de signalisation affiche le slogan "Partageons la route". Il est illustré par deux symboles : une voiture et un cycliste. On cherchera en vain un piéton.

Les randonneurs d'Indre-et-Loire estiment avoir été dépossédés d'une de leurs plus belles promenades, sous les ombrages au bord de l'eau, entre Tours et Savonnières. L'explication a plusieurs noms : voie verte, véloroute, Loire à vélo, EuroVelo 6. La première, très en vogue dans toute la France, est un cheminement en site propre destiné aux circulations douces, c'est-à-dire celles des piétons, des cyclistes, des rollers et des handicapés (Le Monde du 2 juin 2006). La véloroute s'adresse plus spécialement aux cyclistes sur de longues distances.

La Loire à vélo est un projet interrégional d'aménagement le long du fleuve. Et l'EuroVelo 6, également appelée "Euro véloroute des fleuves", devrait relier la mer Noire à l'océan Atlantique, à Nantes, en longeant le Danube, le Rhin et la Loire.

Autant de concepts qui ont suscité un enthousiasme - sans doute un peu précipité des élus d'Indre-et-Loire. "L'engouement pour le vélo est un phénomène récent qu'il faut savoir prendre en compte", plaide Serge Barbary, vice-président (UMP) du conseil général, chargé du tourisme. "L'erreur, reconnaît-il, c'est que nous avons un comité de pilotage pour les aménagements cyclables mais aucune instance, jusqu'à récemment, pour discuter avec les randonneurs..." M. Barbary justifie l'aménagement du GR3 par la volonté de ne pas consommer trop d'espace : "On nous aurait reproché de faire deux voies parallèles. Il faut que chacun, marcheurs et autres, fasse preuve de bonne volonté."

Les bénéficiaires directs de ce réaménagement sont eux-mêmes critiques sur la méthode utilisée et déplorent l'absence d'un comité de suivi. La Fédération française de cyclotourisme (FFCT) regrette elle aussi le manque de concertation. "Cela aurait évité ce tracé de la Loire à vélo qui ne correspond pas au cahier des charges du projet", explique Yves-Marie Marchais, président de la ligue orléanaise de la FFCT.

Devant une telle levée de boucliers, le conseil général fait son mea culpa. Il promet que l'aménagement du GR3 en amont de Tours se fera en parfaite concertation avec les randonneurs. Et annonce la valorisation de vingt sentiers "labélisés" dans le département.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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