24 mars 2007
Martinez
La course devait être le plus long événement sportif international afin de protester contre les violations des droits de l'homme, les checkpoints israéliens, et les restrictions à la libre circulation.
Ashrav et moi sommes arrivés sur la ligne de départ à Al Bireh vers 8h45 pour voir 350 cyclistes prêts à mettre de la gaité dans leurs jambes et à pédaler les quelques 50 km jusqu'à Jéricho, près de la Mer Morte.
C'était un début d'après-midi magnifique ici à Ramallah. Etant un passionné de vélo à la maison à Pittsburgh et à San Francisco, et ayant fait du vélo contre la guerre pour le pétrole, mes yeux ont scintillé comme ceux d'un enfant dans un magasin de sucreries quand j'ai lu l'annonce suivante :
"Initiative pour les Jeunes de YMCA-Jérusalem-Est organise une Course de Vélos internationale en Palestine, destinée à promouvoir la paix et la tolérance parmi les groupes ethniques, religieux et nationaux dans la région. L'idée émane de la nécessité croissante à mettre fin au viol des droits de l'homme et à la levée des restrictions et des obstructions aux déplacements qui empêchent les Palestiniens de bouger librement. Des participants venant des Territoires Palestiniens, d'Israel et différentes nationalités internationales se joindront à l'événement."
Ash et moi nous nous sommes enregistrés, avons reçu nos numéros (respectivement 191 et 192), mis les T-shirts de l'YMCA, et nous avons choisi nos vélos parmi les centaines de vélos avant de prendre notre position sur la ligne de départ.
De nombreuses nationalités étaient représentées. Des centaines de Palestiniens, environ trente Israéliens, Danois, Américains, Espagnols, Canadiens, étaient venus dans le centre intellectuel de la Palestine pour faire du vélo en solidarité contre le système actuel d'Apartheid israélien.
Mon coeur battait très fort et j'arborais un léger sourire quand j'ai pris le virage pour rejoindre les 30 cyclistes de la première ligne.
La police palestinienne faisait de son mieux pour faire passer le trafic sur le côté. Elle ne pouvait rien faire pour le fait que le chemin sur lequel nous allions courir était jonché de fossés. (Je m'abstiens d'employer le mot "nids de poule" qui, bien qu'ils soient nombreux à Pittsburgh, ne sont rien en comparaison avec les trous sur cette route).
Peut-être vous demandez-vous : "Pourquoi cette route est-elle autant défoncée ?"
La route est dans un mauvais état parce que le gouvernement israélien ne permet pas aux ouvriers du bâtiment palestiniens d'entretenir cette route. Bien que cette route soit à Ramallah (en Cisjordanie), le gouvernement israélien la considère comme faisant partie de la municipalité de Jérusalem et, donc, d'Israel.
Donc, en esquivant les nids de poule, je suis passé devant le checkpoint atroce de Qalandya.
Ce checkpoint est l'un des plus grands de Cisjordanie. Construit par l'armée israélienne, le Machsom (en hébreu), ressemble plutôt à une forteresse dans le genre terminal, dotée d'un mur de 8 mètres de haut, des tours de snipers, et est géré par des soldats israéliens, 24 heures sur 24, sept jours par semaine.
Le Machsom sépare les villes palestiniennes des villages palestiniens, et empêche l'accès à Jérusalem, le centre économique, social, et spirituel des Palestiniens qui est à 10 minutes de la forteresse contrôlée par les Israéliens.
Afin de contourner le checkpoint, les Palestiniens doivent prendre un long itinéraire sur un terrain accidenté pour accéder aux hôpitaux, aux écoles, et aller voir leurs familles qui étaient autrefois accessibles en quelques minutes.
En faisant un léger tour sur la route de Jéricho, j'étais rempli de joie et d'un sentiment de liberté grâce à la course de vélo contre l'Apartheid, le Tour de la Liberté. La fraicheur du printemps frappant mon visage, les falaises rocheuses et l'herbe vert clair de chaque côté, des Palestiniens aux carrefours nous encourageaient.

Ces roues de la justice ont dû s'arrêter en bas de la route
L'armée israélienne arrêtait les coureurs de la liberté en bas du chemin. Des drapeaux israéliens flottaient au-dessus des jeeps de l'armée et des véhicules de la police. Les soldats israéliens refusaient le passage au trafic palestinien et aux cyclistes.
Alors que le reste des 330 cyclistes arrivaient au checkpoint, tout comme le reste du trafic, il semblait que la file d'attente faisait des kilomètres. Mais l'armée ne bougeait pas.
Apparemment, un groupe de cyclistes palestiniens, israéliens, et internationaux était trop une menace pour l'armée. Des vélos contre des bombes. Et le match avait lieu bien là sur la route menant à Jéricho.
On pouvait voir au loin une colonie israélienne. Et on pouvait voir sur la gauche le Mur d'Apartheid d'Israel qui donnait un sentiment de présence nauséabonde qui ne partira pas (pourtant).
Les soldats israéliens ont appelé des renforts. Ils appuyaient sur l'accélérateur des moteurs des véhicules de l'armée. Nous sommes descendus de vélos.
Les soldats ont sorti de leurs coffres une bande de protection et ils nous ont enfermés dans une porcherie de fortune, comme des porcs sur des vélos. Puis, il y a eu des négociations entre les Palestiniens et l'armée. Mais l'armée ne bougeait pas. Alors les cyclistes israéliens ont tenté de négocier. Mais les Forces d'Occupation n'ont pas bougé.
Pendant plus d'une heure, les révolutionnaires en vélo, avec à l'esprit la vision de Jéricho, ont été forcés de rester sur le côté de la route. Les soldats ont ouvert la route au trafic, mais pas pour les deux-roues.

L'énergie commençait à bouillonner. Une Hollandaise en a eu assez d'attendre. Elle a franchi la ligne et a commencé à se diriger vers Jéricho. Les soldats l'ont rattrapée et ils ont commencé à la pousser. Majd, un journaliste palestinien de "Cette Semaine en Palestine", a pris son vélo pour rejoindre la femme et la protéger. Mais l'armée a décidé de le tabasser et de le détenir.
Un porte-parole du YMCA est arrivé. L'armée lui a remis un haut-parleur et la course a été déclarée officiellement terminée. Aucune cérémonie de trophée, comme cela était prévu à notre arrivée à Jéricho.
Aucun discours à la presse palestinienne et internationale sur la façon dont des dizaines de nationalités en étaient arrivées à faire du vélo vers la liberté.
Au lieu de cela, les lieux étaient remplis de colère, de désespoir, et des centaines de vélos vides étaient couchés sur le côté de la route.

L'adrénaline qui avait débordé pendant 2 heures s'était maintenant évaporée. Tout ce qui restait était la puanteur de l'Apartheid.
Plusieurs cyclistes ont essayé de rassembler un contingent pour pédaler autour du barrage routier.
Mais comme de plus en plus de soldats arrivaient, nous avons eu peur des représailles des Forces de l'Occupation.
Et ainsi, tristement, après que des amoureux du vélo du monde entier se soient rencontrés ici ce jour-là en Palestine pour pédaler en solidarité avec les Palestiniens contre le système de la discrimination raciale israélien, contre leurs murs et leurs snipers, leurs tanks et leurs jeeps, la journée "Des Vélos contre les Bombes" s'est terminée brusquement.
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