Les travaux pour l’implantation des Veli’b - des vélos en libre service - ont débuté cette semaine à Paris. À Lyon, un dispositif similaire, les Velo’v, est installé depuis bientôt deux ans. L’occasion d’établir un bilan de cette formule, à quelques mois de son arrivée dans la capitale
Sylvain Chazot
Commençons par les chiffres. À Lyon, Velo’v, ce sont 12 millions de kilomètres parcourus à vélo en 2006, 5000 km par véhicule. L’an dernier, JCDecaux enregistrait 5,5 millions de locations, soit une moyenne de 15 000 par jour avec des pics pour certains événements comme la Fête de la musique. Fin 2007, la capitale des Gaules sera équipée de 4000 vélos répartis sur 340 stations. Le succès, au moins comptable, est incontestable.
90 % des lyonnais satisfaits des Velo’v
Pour JCDecaux, gestionnaire du parc, "les Lyonnais ont fait la démonstration que les citoyens intègrent désormais dans leur pratique quotidienne les enjeux des nouvelles mobilités et du développement durable".
Entre Saône et Rhône, les Velo’v font désormais partie du paysage. Selon une étude BVA réalisée en mai 2006, plus de 9 personnes sur 10 interrogées à Lyon et Villeurbanne estiment que Velov’ est une très bonne initiative.
Une bonne image de Lyon
L’un des grands atouts du concept est sa quasi-gratuité. Un euro par semaine pour profiter des vélos disponibles: rien d’étonnant à ce que Velo’v soit très apprécié des jeunes et des étudiants. Avec une station tous les 300 mètres, les vélos mis à disposition permettent de traverser la ville à moindres frais.
"Mais cette gratuité a un coût, relève Marlène Fesquet, coordinatrice de l’association Pignon sur rue. Le système est financé par la publicité et cela a accru la pollution visuelle". Les espaces publicitaires se sont effet multipliés dans le centre-ville lyonnais depuis deux ans, un mauvais point pour une ville classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Pour les cyclistes, l’initiative est une chance : "Ca a rendu le vélo visible, précise Monique Giroud, vice-présidente de la Fédération des usagers de la bicyclette. On a vu qu'il pouvait très bien s'adapter à la ville." Le nombre de pratiquants n'a cessé d'augmenter: aujourd’hui, 3 vélos sur 4 à Lyon ne sont pas des Vélo’v.
Enfin, les vélos de JCDecaux ont aussi eu un impact sur l’image de la ville. "Lyon est apparue plus attractive, précise Marlène Fesquet. Des nombreuses délégations internationales sont venues observer le système pour l’importer chez elles."
"Souvent difficile de trouver un vélo libre"
Bien sûr, le bilan n’est pas tout rose et plusieurs défauts entachent encore les fameuses bicyclettes rouges.
Premièrement, les Vélo’v ne sont pas adaptés à tous les déplacements: "C’est surtout efficace dans les zones mixtes qui combinent à la fois travail et domicile, soutient Marlène Fesquet. Ailleurs, c’est souvent difficile de trouver un vélo libre." Même si Paris devrait à terme compter 14 000 cycles répartis en 1000 stations, il est probable qu’elle connaisse les mêmes difficultés.
En outre, la multiplication des vélos sur la voirie a entraîné des problèmes de circulation. 90% des utilisateurs sont de nouveaux cyclistes et n’ont pas forcément connaissance des règles routières. Dans un premier temps, les accidents se sont multipliés, notamment avec les piétons. "Mais on a voulu faire de nous des boucs émissaires. Le vrai problème, c’est que Lyon manque d’aménagement pour les vélos, tels que des pistes cyclables" conclut la coordinatrice.
Enfin, les utilisateurs ne sont tous soigneux et les vélos sont souvent dégradés. Entre les pneus crevés et les selles démontées, les réparateurs de JCDecaux ne chôment pas. D’après Pignon sur rue, 10 % du parc est chaque jour immobilisé pour réparation.
Paris saura-t-elle palier à tous ces défauts ? La réponse en juillet.
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