16 mars 2007
2006 aura été une année vraiment pourrie pour le cyclisme. Pourrie par le cancer du dopage, qui a vu plusieurs têtes d'affiche du peloton impliquées dans une sale affaire, puis le "vainqueur" du Tour de France contrôlé positif. Vous savez quoi ? Il ne faut pas attendre d'embellie pour 2007…
En ces premiers jours de Pro Tour, on devrait se réjouir. Le peloton a repris le chemin de la route, en Australie ou au Qatar. C'est l'époque où on découvre de nouveaux visages sous de nouvelles tuniques, les équipes se dévoilent, les ambitions s'affichent. Bref, tout cela sent bon. On se voit déjà du côté de San Remo, de Grammont, d'Arenberg ou de Huy. Et pourtant. Pourtant, le coeur n'y est pas vraiment. Vraiment pas, même. Autant le dire, on s'avance dans cette nouvelle saison comme on met un pied au-dessus du précipice.
Pourquoi si peu d'envie ? Parce que tout indique que le cyclisme va poursuivre son chemin sur le sillon dangereux qu'il emprunte année après année. Parce que quelques chose nous dit qu'on parlera autant de notre sport dans les pages faits divers que dans les gazettes sportives. Parce que, demain comme hier, les vainqueurs d'un jour ont vite fait de devenir les tricheurs du lendemain.
Ce manque d'enthousiasme porte un nom : dopage. Alors, quoi de neuf sur ce front-là ? Pas grand-chose, a priori. Merci pour lui, il se porte bien. Il n'a même jamais été si florissant si l'on se réfère à l'année écoulée. En 2006, le cyclisme a touché le fond, particulièrement au cours d'un été meurtrier, que même les plus catastrophistes n'avaient vu venir. L'opération Puerto a révélé au grand jour une vaste organisation de dopage sanguin, où le sordide l'a disputé au grotesque. Une vilaine affaire, du genre qui tâche. Et les éclaboussures ont fait mal, atteignant quelques grosses pointures du peloton.
Pas de taille
L'invraisemblable coup de torchon opéré la veille du départ du Tour, qui vit Ullrich, Basso, Mancebo et quelques autres rentrer à la maison sans passer par la case départ, n'a pas été salutaire, au-delà de sa pitoyable issue judiciaire, avec ce non-lieu général tombé en début de semaine. Pourquoi ? Parce qu'il faudrait bien plus qu'un scandale de plus pour libérer le cyclisme de ses chaînes. Elles le tiennent trop fermement, et depuis trop longtemps. Christian Prudhomme a beau jeu de clamer que dans cet incessant combat, le dopage recule. Pas question de mettre en doute sa sincérité. Le nouveau patron du Tour se bat avec ses armes. Mais il n'est pas de taille. Car si la lutte antidopage progresse, le dopage se propage plus vite encore, conservant en permanence une bonne roue d'avance.
On nous a d'ailleurs déjà fait le coup du "plus jamais ça" après l'affaire Festina. Les vierges effarouchées découvraient l'EPO. Promis, on allait retenir la leçon. Tu parles, Charles. Depuis l'été 1998, nous sommes passées par les années Armstrong, on a vu Pantani mourir, et quelques coureurs fameux se sont fourvoyés, de Tyler Hamilton à David Millar en passant par Jan Ullrich, Frank Vandenbroucke et, dernièrement, Johan Museeuw, qui vient de passer aux aveux, tardivement. Et encore ne cite-t-on là que quelques exemples parmi d'autres. On le voit, les leçons du scandale Festina ont donc été allègrement oubliées. C'est bien cette incapacité à profiter de ces sombres affaires qui désespère, plus encore que les affaires elles-mêmes.
La peur du Big One
Il n'y pas 36 solutions pour éradiquer le dopage. Il faut changer les mentalités. Ce n'est pas le cas aujourd'hui. La mise au pas de ceux qui, moins malins ou moins chanceux que d'autres, se font prendre la main dans le sac, ne sert à rien. Vu la complexité du problème, les affaires Festina, Cofidis, Puerto et consorts ne constituent que des petites secousses. Pour sortir d'un tel système, il faudrait un "Big One", si dévastateur qu'il rendrait inévitable, indispensable, de changer les comportements. Difficile aujourd'hui de savoir sous quelle forme pareil tremblement de terre pourrait se manifester. Peut-être faudra-t-il attendre que la moitié du peloton se trouve décimé en pleine course. Une centaine de coureurs à la morgue d'un seul coup, victime de la cupidité des apprentis sorciers et leur propre assentiment à ce système, voilà qui inciterait peut-être à la réflexion. Et encore.
Dans cet océan d'hypocrisie, où les victimes ont tôt fait de se muer en accusés, tout le monde est coupable. Dans le désordre : les sponsors, les coureurs, les managers, les organisateurs, le public, les médias. Chacun, dans son coin, concourt à cette vaste supercherie. Et en plus, on en redemande. Franchement, on n'était pas fâché se tourner le dos à 2006. Mais les premières secousses de la nouvelle année n'augurent rien de bon. Le tremblement de terre couve toujours. La saison n'avait pas redémarré qu'on ne parlait déjà que de dopage. Décidément, il y a bien quelque chose de pourri au royaume du cyclisme.
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