23 mars 2007
Les organisateurs d'épreuves, ASO en tête, contestent la formule du système fermé mis en place par l'Union cycliste internationale.
Alain Echegut
L'équipe Unibet.com devrait participer demain à Milan-San Remo, la première des grandes course classiques de la saison cycliste 2007. La formation belgo-suédoise avait été écartée par Amaury Sport Organisation (ASO), organisateur de Paris-Nice, la première grande course à étape, qui a évoqué l'interdiction de toute forme de publicité sur le sol français pour les sociétés de paris en ligne telles Unibet.
Cette affaire illustre les difficultés rencontrées par l'Union cycliste internationale pour mettre en place son circuit professionnel. « Je ne peux occulter le fait que le cyclisme traverse une période difficile liée aux affaires de dopage et à la mise en place perturbée du «Pro Tour» », reconnaît le président de l'UCI, Pat McQuaid (« Le Figaro » du 5 mars). L'organisation « Pro Tour », mise en place en 2005 par l'UCI, consistait à inscrire 20 équipes pour quatre ans dans un circuit fermé de 27 épreuves, moyennant le paiement d'une licence annuelle de 100.000 euros. Mais la contrainte de posséder une trentaine de coureurs (soit dix de plus qu'auparavant), la diversité géographique de la compétition avec la création de 5 circuits continentaux (Africa Tour, America Tour, Asia Tour, Europe Tour, Oceania Tour) également ouverts aux autres équipes continentales se sont traduites par une explosion des budgets. Globalement, les 20 équipes « Pro Tour » pèsent aujourd'hui près de 160 millions d'euros. Un investissement que les sponsors souhaitent rentabiliser au mieux. Or, le nouveau schéma a heurté dès le départ les principaux organisateurs de courses que sont ASO (Paris-Nice, Paris-Roubaix, Tour de France...), RCS (Tour d'Italie), Unipublic (Tour d'Espagne) qui voient dans ce système fermé un risque d'assèchement de leurs ressources avec la mutualisation des droits marketing et télévisuels. « L'UCI a pris modèle sur les franchises à l'américaine, un système qui est contraire aux règles qui régissent le sport européen. C'est inacceptable », avertissait il y a un an Patrice Clerc, président d'ASO (« Les Echos » des 3 et 4 mars 2006). Sa position n'a pas varié et le conflit s'est exacerbé récemment lors de Paris-Nice, l'UCI interdisant aux équipes de participer à la course, alors qu'ASO menaçait les formations qui ne seraient pas au départ de ne pas participer au Tour de France.
Un accord a minima
Réunis à Bruxelles à l'initiative de l'Association des équipes cyclistes du « Pro Tour » (IPCT), lassés des tensions, la veille du départ de la célèbre « Course au Soleil », l'UCI et les organisateurs des grandes épreuves sont parvenus à un accord a minima. Selon le communiqué lu en fin de réunion, les différentes parties s'engagent à trouver « une solution à long terme pour le 21 septembre 2007 au plus tard ». A cette fin, les différentes parties s'engagent à « se rencontrer mensuellement dans un esprit constructif ». Pour le court terme, toutes les équipes « Pro Tour » à l'exception d'Astana et d'Unibet.com (les deux formations les plus récentes) se voient confirmé le droit de participation aux épreuves organisées par ASO, RCS et Unipublic. Si Astana a bénéficié d'une « wild-card » (invitation) pour Paris-Nice, en revanche, Unibet.com pose un problème dans l'Hexagone au regard de la loi française « dès lors qu'elle est hors-la-loi, cela nous interdit de considérer sa candidature », souligne Patrice Clerc. « C'est inacceptable ! Nous allons maintenant entamer des actions en justice contre les organisateurs et contre l'UCI pour faire valoir nos droits », avertissait le manager de la formation belgo-suédoise, Jacques Hanegraaf. Unibet.com a introduit une action en référé auprès du tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) afin de contraindre la société ASO de l'accepter au départ de Paris-Nice ; elle a été déboutée par la justice française. « Il faut accepter une décision judiciaire », a commenté le président de l'UCI. Quant à savoir si l'Union cycliste internationale n'aurait pas dû anticiper ce type de problème, il a répondu : « Il faut aussi poser la question à Unibet. » Quoi qu'il en soit, cette équipe sera présente demain sur la ligne de départ de la grande classique italienne. « Unibet bénéficie depuis le 1er mars d'une concession auprès du ministère du Trésor, qui lui permet donc de travailler en Italie », a expliqué Angelo Zomegnan, le patron de RCS, organisateur de Milan-San Remo.
ASO doit de son côté se renseigner auprès des autorités belges sur la loi concernant les sites de paris sportifs. Une « wild-card » pourrait ainsi être envisagée pour Unibet.com sur deux autres grandes classiques, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège que la société française organise dans ce pays. Dans l'hypothèse où cette formation serait privée d'un trop grand nombre d'épreuves, ses dirigeants pourraient alors se retourner contre l'UCI. « Nous avons investi 32 millions d'euros pour intégrer le «Pro Tour» et donc pour avoir la garantie de participer à toutes les courses de son calendrier et maintenant, on nous refuse ce droit. C'est inacceptable », a averti le manager de l'équipe, Jacques Hanegraaf. Affaire à suivre.
page mise en ligne par SVP

Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive