9 février 2007
De la nécessité d’ouvrir Le Monde et d’en lire toutes les pages, y compris les pleines pages pub.
Elise Mark-Walter
Dans l’édition de ce jeudi, une publicité m’interpelle. Son slogan: «on roule sur la tête», avec en photo une équipe cycliste roulant effectivement sur la tête dans une forêt brumeuse. La pub fait mouche. Je lis. Et découvre une équipe inconnue la veille. La formation belgo-suédoise Unibet.

Et que lis-je exactement ? Une pub commerciale pour le sponsor Unibet, société de paris en ligne ? Point du tout. Un éditorial à la Zola, un j’accuse, l’ASO.
Je vous livre le texte avant de vous l’expliquer. Il tient en dix lignes, signé par toute l’équipe de Unibet.
« Nous sommes l’équipe cycliste Unibet et on nous interdit de porter notre nom : c’est absurde, non ? Nous avons participé à 31 courses en France au cours de la saison 2006. Nous avons une licence à l’Union Cycliste Internationale. L’année dernière, nous avons remporté la course "La Marseillaise", grand prix d’ouverture de la saison. Mais, hier, à cette même épreuve, on nous a empêchés de porter nos maillots habituels pour des raisons qui n’ont rien avoir avec le sport.
Nos sponsors ont investi plus de 40 millions d’euros pour soutenir notre équipe. Plus de 50 familles dépendent de ce soutien. Pourtant, en France, cet effort est brutalement mis à mal. Pour tous ceux qui aiment vraiment le vélo, c’est une absurdité.
Les 26 coureurs et toute l’équipe cycliste UNIBET»
L’agence publicitaire qui a réalisé cette annonce, (et qui n’est pas citée) a bien travaillé. L’impression de lire une authentique lettre ouverte aux français signée par les coureurs cyclistes de UNIBET (qui non, non, n’ont pas de petite bicyclette dans la tête), est crédible. Le langage y est affectif, la stratégie de victimisation, manifeste.
L’explication, je la trouve sur sportifs.fr et vous la livre telle quelle. Cette brève est signée du 7 février dans la soirée :
« Tunique non grata la veille sur le Grand Prix "La Marseillaise", le maillot de la formation belgo-suédoise Unibet.com colorait le peloton de la première étape de l’Etoile de Bessèges ce mercredi. Un flou artistique né d’un conflit ouvert entre l’Union cycliste internationale (UCI) et ASO, groupe en charge des principaux événements cyclistes en France, pays où la société de paris sportifs en ligne est désormais proscrite. Pour l’anecdote, le coureur du Crédit Agricole Angelo Furlan s’est adjugé l’étape du jour au sprint après avoir bravé la pluie et la grêle. »
Fin de citation.
Ce n’est pas l’UCI qui est en cause. L’UCI est souple. Trop souple ? Dans son communiqué du 24 janvier, rendant compte d’une réunion du Conseil de l’UCI Pro Tour, l’UCI désapprouvait la non-sélection d’Unibet pour Paris-Nice, rappelant que "[les] conditions de participation aux épreuves du calendrier UCI Pro Tour étaient de son ressort exclusif et non de la compétence des organisateurs. Le CUPT [Conseil de l’UCI Pro Tour] ne pourra tolérer une infraction au règlement."
Car en réalité, c’est la nature du sponsor, interdit par la loi française, qui est en cause. Une loi française de 1983 qui interdit toute publicité pour des paris, jugés eux-mêmes illégaux "outre-Quiévrain".
La Française des Jeux, le PMU et les casinos restent en effet les seules sociétés de paris à être autorisées sur le territoire français.
Afin de pouvoir s’aligner au GP "La Marseillaise", les coureurs d’Unibet durent donc masquer le nom de leur sponsor, auquel ils substituèrent un point d’interrogation.
Après les affaires de dopage, le sport cycliste connaît un nouveau mystère sensiblement moins impénétrable.
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