26 février 2007
Gilles Le Roc'h
À 33 ans, Jan Ullrich, le prodige de Rostock, a mis un terme à une carrière lancée en 1995 et qui n'a pas tenu toutes ses promesses.
Il restera comme l'un des plus jeunes vainqueurs du Tour de France, en 1997. Son combat toujours perdu ensuite contre Lance Armstrong a témoigné du manque de sérieux d'un coureur qui n'a jamais pu confirmer des débuts professionnels étourdissants.
Bien des coureurs se contenteraient du palmarès de cet Allemand, champion du monde amateurs à 20 ans en 1993, vainqueur du Tour de France à 23 ans, six fois sur le podium et jamais plus mal classé que quatrième (2004), avec sept victoires d'étapes à la clé.
Son manque de discipline récurrent ne l'a pas empêché de gagner la médaille d'or olympique de la course en ligne en 2000 à Sydney, de se parer du maillot de champion du monde du contre-la-montre à deux reprises (1999 et 2001) et de gagner le Tour d'Espagne (1999) et le Tour de Suisse (2004 et 2006).
Ce palmarès enviable ne serait pas synonyme de gâchis s'il ne s'était agi de lui, coureur fascinant de puissance, dont personne ne doute qu'il a été le "plus gros moteur" de sa génération.
Enfant élevé seul par sa mère, cet Allemand de l'Est ne s'est jamais totalement remis de son brutal changement de statut.
N'ayant jamais vécu dans l'aisance, il a découvert l'opulence après son succès dans le Tour de France.
En 1997, surclassant Richard Virenque ou Marco Pantani, il a réussi là où ses compatriotes Dietrich Thurau ou Rudy Altig, les deux autres grandes stars du cyclisme allemand, avaient échoué.
Vitrine magique
Sa marge de manoeuvre semblait si grande que les plus illustres des vainqueurs du Tour de France, Eddy Merckx ou Bernard Hinault, pronostiquaient alors qu'il serait le premier à gagner six Tours de France.
En quelques semaines, Jan Ullrich était devenu un phénomène, la vitrine magique d'un sport devenu populaire dans son pays grâce à lui, celui parvenant à convaincre la télévision allemande à devenir le deuxième plus gros diffuseur du Tour de France après France Télévision, l'icône de la société T-Mobile, le sponsor de (presque) toute sa carrière.
Dès 1998, le jeune Allemand s'est perdu dans les fastes de sa renommée, cédant à toutes les sollicitations, ne respectant pas une hygiène de vie compatible avec celle d'un champion de son rang.
Au printemps, il était apparu bouffi, plus gros de 14 kilos et dès lors son parcours s'est résumé en deux parties immuables chaque année: pendant la première, il luttait contre une surcharge pondérale, gommée miraculeusement à quelques jours du départ du Tour de France. Durant le mois de juillet, bien que faisant illusion, il n'est plus jamais parvenu à l'emporter.
Ses cinq deuxièmes places lui assuraient toutefois une image et un salaire identiques.
Tout le temps du règne de Lance Armstrong, son antithèse, Jan Ullrich est resté son principal adversaire, parvenant à le faire douter dans le seul Tour de France 2003, sans réussir à le dominer. Quand l'Américain avait la science du détail et de la perfection, lui n'a jamais accepté de combattre ses points faibles, par exemple travailler sa cadence de pédalage notamment dans les cols.
Sans doute l'Allemand a-t-il commis l'erreur de ne jamais se remettre en cause, de rester fidèle à des hommes qui n'avaient aucune prise sur lui, son entraîneur Peter Becker ou son directeur sportif Rudy Pevenage.
Dernier dossard
Il fallait aussi tenir compte de son appréciation de son métier: "Le cyclisme est ma passion mais je ne peux y sacrifier toute ma vie", a-t-il dit un jour.
Version quelque peu corrigée lundi matin pendant sa conférence de presse: "Le cyclisme est toute ma vie et je ne vais pas le quitter."
Il a accepté des fonctions de consultant auprès de la modeste formation autrichienne Volksbank mais n'agrafera plus jamais un dossard à son maillot.
Son dernier dossard date donc du mois de juin, de sa victoire dans le Tour de Suisse qui promettait un match sensationnel avec Ivan Basso pour le succès dans le Tour de France 2006.
La sensation est intervenue la veille du prologue quand ces deux coureurs, impliqués dans la ténébreuse affaire Puerto, ont été priés de rentrer chez eux.
Licencié par son équipe T-Mobile, lourd d'un passé douteux, d'un contrôle positif aux amphétamines en 2002 et d'un manque de sérieux devenu chronique, Jan Ullrich n'a pas trouvé un nouvel employeur et a été contraint de mettre un terme à sa carrière.
Poursuivi par la fédération Allemande pour "escroquerie", il avait accepté de donner son ADN à la justice allemande durant l'hiver afin de vérifier si les poches de sang saisies en mai dernier dans le cabinet du docteur Fuentes sont bien les siennes.
Les résultats à venir relèveront de l'anecdote.
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