26 février 2007

Il enseigne l'art du cirque
Il y a quatre ans, l'avenir de l'école primaire Saint-Eugène, secteur Cap-de-la-Madeleine, était menacé et sa fermeture était même envisagée. «Il y avait la baisse de natalité qui avait fait qu'on avait des classes multi-programmes. Ces classes ont moins d'attrait pour les élèves et des parents avaient décidé de changer leurs enfants d'école.
Roger Levasseur
C'est alors que l'on a mis en place le programme Québec en forme pour donner plus de temps à l'activité physique et l'équipe-école a choisi d'orienter ces périodes sur le cirque», a rappelé M. Pierre Loiselle, enseignant à Saint-Eugène.
En prenant ce virage, la direction de Saint-Eugène s'est sans doute inspirée de la façon d'enseigner du professeur Loiselle. «Depuis que j'enseigne, j'ai toujours inséré une partie des jeux du cirque, que ce soit des notions de jonglerie, monocycle ou autres. C'est évident que les jeunes prennent un grand plaisir à performer dans des arts du cirque. L'orientation prise à Sainte-Eugène a changé la vie à l'école. D'une part les élèves sont plus motivés et d'autre part le climat de morosité face à une fermeture éventuelle a disparu chez les membres du personnel», a estimé M. Loiselle.
Il explique qu'on retrouve aujourd'hui 200 élèves, incluant quatre classes de pré-maternelles et une maternelle. «120 élèves de 1ère à 6ième année participent donc au programme des arts du cirque. Les plus jeunes font une heure d'arts du cirque et une heure d'art dramatique et les autres, deux heures d'arts du cirque, une heure d'éducation physique artistique, une heure d'éducation physique traditionnelle et 30 minutes d'art dramatique.
Les élèves ont retrouvé le goût de l'école car ils savent que dans le programme de la journée, ils auront souvent une heure de pur bonheur. La formule fonctionne tellement bien qu'on compte cette année 22 ou 23% des élèves qui viennent de quartiers autres que Saint-Eugène. De plus, on a été en mesure de supprimer les classes à multi-programmes. Le vandalisme a été enrayé. L'école fonctionne actuellement à 95% de sa capacité», a décrit l'heureux titulaire.
Les matières enseignées aux arts du cirque sont multiples : Jonglerie, fil de fer, rouleau-boule, rola-bola, échasses, monocycle et autres. « Il y en a qui sont des exercices de manipulation alors que d'autres font appel à la motricité du corps. Les élèves touchent à tout et développent des centres d'intérêt. Nous les accompagnons en suivant les talents de chacun », a expliqué l'enseignant.
Les élèves de Saint-Eugène font la fierté de leurs parents. « Il faut voir leurs yeux briller quand les parents démontrent leur admiration pour ce qu'ils accomplissent », a ajouté M. Loiselle.
Le matériel et accessoires employés pour les jeux de cirque sont dispendieux. Qu'à cela ne tienne, on a pensé à fabriquer sur place plusieurs équipements, à un coût plus abordable. « Saint-Eugène est un quartier moins favorisé. Un set de quilles à jongler coûte facilement 100$. Avec notre atelier où on fabrique des accessoires à partir de matière recyclée, on parvient à faire ces quilles pour 25$. C'est plus accessible pour le parent qui voit que son enfant prend un vrai plaisir à cette pratique des arts du cirque. Également, on compte sur la générosité extérieure, comme le club Rotary de Cap-de-la-Madeleine qui nous donne un bon coup de pouce pour l'achat d'équipements », a témoigné le responsable.
Les spectacles sont devenus l'ultime récompense pour les jeunes de Saint-Eugène. « Et ils en présentent beaucoup. On a été invité au Gala des aînés, à Sports Hommage Desjardins, il y a quelques jours. Ils ont présenté un spectacle au Musée des arts populaires. Il y a des élèves qui sont montés sur la scène de Thompson, quatre ou cinq fois dans l'année. On les présente quand ils sont techniquement prêts. Ainsi, les plus vieux présentent des spectacles complets et les plus jeunes font des petits numéros dans des centres pour personnes âgées, par exemple. Notre spectacle annuel sera présenté le 26 avril, à la salle Anaïs-Rousseau, dans le cadre de la Semaine des découvertes culturelles. Durant la Semaine des amuseurs publics, ils ont un laissez-passer où est écrit le statut de vedette. Il faut voir toute la fierté qu'ils en ressentent », a continué M. Loiselle.
L'enseignant est particulièrement reconnaissant envers le personnel de l'école qui lui accorde un support soutenu. « Il faut aussi apprécier l'apport du programme Québec en forme qui fournit l'animateur qui me seconde, soit Constantin Bordeleau. Il est formidable et tous les élèves l'aiment. Lui-même jongleur, il détient le record pour la jonglerie à cinq balles, soit 18 minutes sans échapper », a fait ressortir M. Loiselle.
Véritable culture familiale
Né à Montréal, en 1957, Pierre Loiselle a toujours cru aux bienfaits des arts du cirque. « À 17, 18 et 19 ans, je faisais partie du groupe informel L'enfant fort. Le dimanche après-midi, on partait en parade et on allait donner un spectacle de cirque au parc Lafontaine. Par la suite, je suis devenu moniteur de ski de fond et de cyclotourisme, dans les Laurentides. J'ai vite compris que si on voulait que des gens en vacances suivent avec intérêt des cours de ski de fond ou cyclotourisme, il fallait que la notion de plaisir soit présente », a-t-il raconté.
Ayant toujours eu conscience qu'il est bien difficile pour un amuseur public de vivre de son art, M. Loiselle est venue à Trois-Rivières, il y a une vingtaine d'années. «J'ai terminé un baccalauréat en enseignement à l'UQTR et j'ai eu un poste à temps plein dès ma sortie. Après avoir enseigné à différents endroits, je me suis retrouvé à l'école Saint-Eugène», a-t-il mentionné.
Cette culture pour le cirque est toujours omniprésente chez les Loiselle. « Mes filles, Marjolaine et Marie-Christine ont gagné leurs études universitaires avec des spectacles d'amuseurs publics. Elles sont échassières et portent les noms de Trompette et Chou-fleur. Les deux plus jeunes, Mathilde et François-Xavier, semblent développer la même passion. Ils sont les clowns Fridoline et Bong-Bong. Il ne faut donc pas se surprendre si au lieu de les accompagner à l'aréna, on est avec eux lors des différents festivals d'amuseurs publics. Mon épouse, Anne-Marie Davidson et moi, embarquons parfois dans le spectacle. Mon nom de clown est Pépé », a témoigné le père.
En 2006, suite à un concours à l'émission Samedi et rien d'autre, à la radio de Radio-Canada, Pierre Loiselle a remporté la palme et un court-métrage a été tourné sur ses activités à Saint-Eugène. « La réalisatrice, Yannick B. Gélinas, m'a dit qu'elle avait un projet pour faire un moyen métrage d'environ 50 minutes, mais pour le moment, il n'y a rien de concret, du moins pas pour ma part », a conclu M. Pierre Loiselle.
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