7 février 2007
Guillaume Prébois
Huit heures. Tyler Hamilton commande un café noir, avale un yaourt, croque une pomme et promène son regard bleu clair sur les reflets de la Méditerranée. A 35 ans, le coureur américain a préparé son retour dans le peloton professionnel en s'installant sur la côte nord de la Toscane.
L'ex-équipier de Lance Armstrong chez US Postal a été le premier coureur de l'histoire à être suspendu deux ans pour transfusion sanguine hétérologue lors d'un contrôle antidopage au terme de la 11e étape de la Vuelta, en septembre 2004. Pour son retour à la compétition, mardi 6 février, il est arrivé hors délai avec le peloton au Grand Prix de la Marseillaise, remporté par le Britannique Jeremy Hunt (Unibet. com)
Un vice de procédure (la contre-analyse n'avait pu avoir lieu en raison d'une mauvaise conservation de l'échantillon B) avait permis à Tyler Hamilton de conserver son titre de champion olympique du contre-la-montre obtenu à Athènes, en dépit d'une première positivité pour transfusion sanguine.
"Je veux écrire un livre sur ce qui m'est arrivé, explique-t-il, le visage bronzé comme celui d'un moniteur de ski. Les gens ne connaissent qu'un dixième de l'affaire. La presse m'a enfoncé. On m'a jeté sous le bus. Sans mon épouse Haven, je n'aurais jamais eu la force de recommencer."
Haven Hamilton : selon les enquêteurs espagnols de l'Operacion Puerto, son nom apparaîtrait sur un fax envoyé par le docteur Eufemiano Fuentes avec le total des paiements demandés pour des traitements dopants. "C'est totalement faux !, assure Tyler Hamilton. Mes avocats ont demandé une copie des pièces qui ne sont d'ailleurs jamais arrivées, il doit s'agir d'une grossière falsification de documents."
Un milliardaire russe, Oleg Tinkoff, dont les affaires éclectiques vont de la bière aux établissements de crédit, lui a redonné une chance en l'engageant dans la nouvelle équipe qui porte son nom. "Je voudrais courir Liège-Bastogne-Liège et le Giro", confie l'Américain, qui sait que sa petite formation, sans licence ProTour, a besoin d'une invitation.
« Je me tenais prêt »
Une envie de revanche ? "Non. La vengeance est l'apanage des idiots. J'utiliserai la rage emmagasinée pour écraser les pédales plus fort, c'est tout. Le cyclisme est ma passion, et je peux à nouveau en vivre. Mon compte en banque n'est plus celui qu'il était. J'ai dépensé plus de 500 000 dollars chez mes avocats pour me défendre. Vous croyez que je l'aurais fait si je n'étais pas innocent ?"
Il n'a jamais cessé de s'entraîner dans les montagnes du Colorado, avec cet optimisme viscéral qui le caractérise. "J'ai toujours eu l'espoir de recommencer à courir. Je me tenais prêt. Parallèlement, j'ai passé quelques-uns des examens qui me manquaient pour décrocher ma maîtrise en économie à l'université de Boulder." Des regrets ? "Un seul : ne pas avoir accepté que les audiences de mon procès soient publiques, beaucoup de gens auraient changé d'avis à mon sujet. J'ai conseillé à Floyd Landis de ne pas faire la même erreur."
Chaque matin, Tyler Hamilton s'entraîne avec une cinquantaine de coureurs amateurs, un peloton bigarré où l'on retrouve son préparateur, Luigi Cecchini, auquel Jan Ullrich accordait également sa confiance. "Cecchini est mon meilleur ami avant d'être mon coach. Il ne m'a jamais abandonné, même dans les heures sombres. Cette expérience m'a endurci. Si je reviens à 35 ans, c'est parce que je sais que je peux encore gagner."
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