15 février 2007

Le ton se durcit entre les dirigeants du cyclisme mondial
et le groupe Amaury Sport Organisation

Christophe Lehousse

"Une guerre absolument folle" : c'est ainsi que Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI), résume la lutte au couteau que se livrent depuis des mois l'organisation qu'il dirige et le groupe Amaury Sport Organisation (ASO), propriétaire de quelques-unes des principales courses cyclistes, notamment le Tour de France. Cet affrontement, longtemps centré sur la question de la lutte antidopage et sur la gouvernance de ce sport, s'est déplacé sur une nouvelle ligne de front allant de Paris à Nice, selon le tracé de la "course au soleil", première grande compétition à étapes de la saison.

Les deux parties s'opposent sur la participation de l'équipe unibet.com à Paris-Nice (11 au 18 mars). La formation belgo-suédoise est détentrice d'une licence Pro-Tour, un sésame délivré par l'UCI qui assure à 20 équipes leur participation aux principales courses. A ce titre, unibet.com peut légitimement aligner ses coureurs au départ de Paris-Nice. Problème, le groupe ASO a confirmé, mardi 13 février, la non-sélection de l'équipe.

Selon le directeur sportif d'ASO, cette décision est "avant tout motivée par des critères sportifs" : "Nous avons préféré donner leur chance aux coureurs d'Agritubel qui avaient animé la course de fort belle manière l'année dernière, a précisé Christian Prudhomme. Le deuxième critère, à savoir être en conformité avec la législation française, ne rentre en ligne de compte que dans un deuxième temps."

L'organisateur s'expose, en effet, à une amende en laissant courir sur le sol français une équipe sponsorisée par une société de paris en ligne, en vertu de la loi de 1836 sur la "prohibition des loteries".

Mardi 6 février, les coureurs d'unibet.com ont disputé le Grand Prix de La Marseillaise avec un maillot orné d'un point d'interrogation en lieu et place du nom de leur sponsor. Au début du championnat de France de football, le même problème s'était posé pour l'AS Monaco (Ligue 1), qui affichait un sponsor maillot au nom d'une société de paris en ligne.

Pour Pat McQuaid, joint par téléphone mercredi 14 février, l'argument n'est pas recevable. "Expliquez-moi pourquoi cette équipe qu'on laissait courir sans peine dans 30 à 32 courses sur le sol français l'année dernière n'en aurait plus le droit cette année ?", s'interroge-t-il en apportant aussitôt sa réponse : "Parce qu'unibet.com est rentrée cette année dans le Pro-Tour et qu'ASO a donc un prétexte tout trouvé pour tuer le système du Pro-Tour, qui les empêche d'occuper la position dominante dans le sport qu'ils avaient avant la création de ce système."

Sponsor masqué
Mardi 13 février, le président d'ASO, Patrice Clerc, avait d'avance pris soin de se défendre de cette accusation, en la retournant à son auteur : "Nous refusons d'adhérer à un système fermé, replié sur lui-même, où le droit de participer s'achète, à l'image de ce qui se passe dans les ligues sportives américaines. Nous voulons au contraire que l'espoir de participer aux grandes courses existe pour tous les coureurs de toutes les équipes."

Les dirigeants d'unibet.com contestent cette version des choses. Le manageur général de la formation belgo-suédoise, Koen Terryn, également joint par téléphone mercredi 14 février, juge la position d'ASO "catastrophique non seulement pour (mon) équipe, mais aussi pour le futur du cyclisme en général". "En décidant de qui participe et de qui ne participe pas, ASO veut que les équipes du Pro-Tour lui mangent dans la main", a-t-il notamment déclaré, incriminant le système des invitations, les "wild cards", "autant de cash cards pour l'organisateur".

Employeur de coureurs à gros contrats, et donc redevable de résultats sur des courses prestigieuses, la formation s'est dite prête à s'aligner avec son sponsor masqué pourvu qu'elle puisse courir le prochain Paris-Nice, mais unibet réfléchit aussi à de possibles recours contre ASO en cas de refus. Au nom de "la gravité de la situation pour le Pro-Tour et pour le cyclisme en général", l'UCI devrait proposer aux représentants d'ASO une réunion de la dernière chance "dans le courant de la semaine prochaine" pour parvenir à un accord sur la participation de l'équipe unibet.com à Paris-Nice, mais aussi pour "discuter de la situation générale avant le prochain Tour de France".

"Nous devons mettre un terme à cette guerre absolument folle", a appelé de ses voeux Pat McQuaid, sans toutefois indiquer de quels arguments l'UCI userait pour inciter ASO à revenir sur sa décision. Le président de l'UCI a également précisé que, "si les organisateurs de Paris-Nice persistaient, l'UCI, en tant que promoteur du cyclisme à travers le monde, n'interdirait en aucun cas la course, mais prendrait des mesures en conformité avec ses règlements".


page mise en ligne par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive