8 février 2007

Paris à vélo : un bâton dans les roues de J-C Decaux

Saisie par son concurrent Clear Channel, la justice suspend l'appel d'offres.

Renaud Lecadre

Le tribunal administratif de Paris vient de renvoyer la mairie de Paris dans les cordes, en lui ordonnant, hier, de différer la signature du contrat «panneaux contre vélos». Le marché public lancé par Bertrand Delanoë concerne la concession de 1 628 panneaux publicitaires contre la mise à disposition quasi gratuite de bicyclettes aux usagers parisiens. Il y a dix jours, le français Jean-Claude Decaux avait été désigné mieux-disant par la Commission d'appel d'offres (CAO). En dépit des réserves de son challenger, l'américain Clear Channel, qui avait pointé un «certain nombre d'irrégularités», la Ville de Paris entendait passer en force et signer le contrat coûte que coûte lors du conseil municipal du 13 février.

Absurde surenchère
Bertrand Delanoë, peut-être jaloux de son homologue socialiste de Lyon, Gérard Colomb, qui surfe depuis un an sur le succès populaire de ses 3 000 vélos en libre accès, tient mordicus à mettre en place son réseau d'ici à l'été, à l'occasion de Paris Plages. C'est mal parti : le recours initié par Clear Channel risque de reporter la signature Decaux de plusieurs semaines, voire de plusieurs mois si sa procédure en référé se transforme en procédure au fond.

C'est une réponse du berger à la bergère. En novembre, Decaux avait fait annuler, devant le tribunal administratif, un premier appel d'offres, à l'issue duquel Clear Channel était largement mieux-disant, quels que soient les critères retenus. Une fois remis en selle, Decaux s'est livré à une absurde surenchère, triplant son offre et promettant la mise à disposition, d'ici à la fin 2007, de 20 600 deux-roues sur 1 451 emplacements. Soit un garage à vélos tous les 400 mètres, selon un savant calcul aimablement fourni par un lecteur de Libération... « Une proposition de Gascon totalement irréaliste », estime un élu parisien, pourtant adoptée à l'unanimité par la CAO (toutes tendances politiques confondues), laquelle s'est retranchée derrière l'avis des services techniques.

Devançant les critiques, un communiqué de Decaux, autoproclamé un peu vite «numéro 1 mondial du vélo en libre-service», affirmait la semaine dernière que son « échéancier correspond à des critères réalistes au regard de ses expériences réussies ». Qui se résument pour l'instant à Lyon. EDF avait pourtant prévenu les candidats au marché parisien que l'électricien ne pourrait équiper (en guidage satellite et cartes magnétiques) plus de 270 stations d'ici à l'été. Pour respecter la promesse de Decaux, il faudrait tripler la cadence. Des villes comme Strasbourg et Toulouse sont engluées depuis des années dans des procédures opposant JCDecaux et Clear Channel, repoussant sans cesse la mise en place des vélos en libre accès.

Succès facile
Seule Marseille vient d'obtenir un rapide, mais trop facile succès : Decaux était seul candidat, Clear Channel s'étant retiré, jugeant la compétition inéquitable. A Paris, Delanoë risque de devoir se passer de vélos comme argument électoral avant la fin de son mandat. Mardi encore, la municipalité faisait comme si de rien n'était, laissant la signature du contrat au menu du prochain Conseil de Paris. « Ça sent le deux poids, deux mesures », suggère Clear Channel. La guérilla procédurale n'en est peut-être qu'à ses débuts.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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