8 février 2007
Même en disant gagner leur vie honnêtement, les coureurs québécois n'échappent pas au spectre du dopage qui suit le cyclisme professionnel partout.

« Je suis 100 % derrière tous les moyens employés. Si ça peut nettoyer mon sport... », souhaite Charles Dionne, joint en Californie au camp d'entraînement de sa nouvelle équipe, Colavita-Sutter Home.
« On ne devine rien »
Les scandales à répétition n'épargnent plus le vélo depuis la célèbre affaire Festina, en 1998. L'opération Puerto, menée et dévoilée par la police espagnole en mai 2006, a entaché encore plus le sport lorsqu'un médecin - Eufemiano Fuentes - a été arrêté, soupçonné d'être l'organisateur d'un réseau qui administrait des produits dopants. Sur sa liste de présumés clients se trouvaient les noms de quelque 200 athlètes, dont une cinquantaine de cyclistes professionnels.
Parmi les cyclistes évoqués dans cette enquête, deux pédalaient dans la même équipe espagnole que Charles Dionne (Saunier Duval-Prodir), l'an dernier: Koldo Gil et Carlos Zarate.
« On ne devine rien (sur les agissements des coureurs), témoigne le Québécois. Par contre, tu peux toujours présumer de quelque chose quand tu roules dans un peloton. Un gars qui ne marche pas, mais qui, soudainement, casse tout trois semaines plus tard... »
Des effets en Amérique
Émanant toujours de la fournaise européenne, ces crises éclaboussent jusqu'à l'industrie nord-américaine, qui abrite un réseau de courses moins relevé qu'en Europe, certes, mais de haut niveau malgré tout.
François Parisien a exprimé haut et fort, récemment, son bonheur d'avoir joint l'équipe Slipstream Sports-Chipotle, dont l'initiative récente annoncée dans la lutte antidopage pourrait créer un précédent. Le cycliste de Repentigny figure parmi les 22 membres de cette équipe américaine qui devront se prêter à 1400 prises d'échantillons sanguins et urinaires, durant la prochaine saison.
« C'est bon pour le cyclisme parce que nous essayons de trouver une nouvelle façon de combattre le dopage. Nous sommes des pionniers pour l'instauration de ce test qui pourrait s'appliquer à d'autres sports », a commenté le champion canadien sur route en 2005 à l'agence Sportcom.
Pratiqués en entraînement comme en période de repos, ces tests, confiés à un laboratoire indépendant, permettront de déterminer les moyennes personnelles de chaque athlète dans différentes catégories (taux de globules rouges, hormones de croissance, testostérone, etc.). Des fluctuations jugées anormales, durant la saison, obligeront l'équipe à imposer sur-le-champ un arrêt de travail au coureur soupçonné, à défaut de quoi le laboratoire indépendant soumettra les échantillons à l'agence américaine antidopage (USADA).
Subséquemment, le coureur devra se plier à cinq tests en une heure et, deux semaines plus tard, à d'autres examens pour s'assurer d'un retour à la normale de ses paramètres.
Un message à l'Europe ?
Autant d'efforts déployés en Amérique encouragent les athlètes à croire, un jour, à un concours à armes égales. De plus en plus de commanditaires s'impliquent en retour de l'assurance qu'aucun cas de dopage ne viendra ternir leur investissement. À leur arrivée au camp, Dionne et ses coéquipiers ont tous reçu un bracelet sur lequel était inscrit: «Support Drug Free Sport».
Comment seraient accueillies de telles actions en Europe ? « Il serait difficile d'appliquer les mêmes procédures (que celles employées par l'équipe de François Parisien), croit Dionne. Ça ne passerait pas. Si un coureur passe une semaine ou deux à la maison durant la saison, qui va lui faire sa prise de sang ? Je ne pense pas que le gars va se la faire lui-même... »
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