29 janvier 2007

Jean-Marie Leblanc tourne la page

Gilles Le Roc'h

DOHA - L'avion Doha-Paris a décollé de l'aéroport international du Qatar à 7h00 lundi matin. L'ancien directeur du Tour de France Jean-Marie Leblanc vivait ses premières heures de jeune retraité après toute une carrière, toute une vie, consacrées au cyclisme. Il disait ne ressentir ni tristesse, ni soulagement.

Sa dernière action officielle pour la société ASO aura consisté à remettre un trophée aux huit coureurs de l'équipe Quick Step, victorieuse dimanche de la première étape du Tour du Qatar.

"Ce départ à la retraite a été mûri et préparé. J'ai consacré toute ma vie au cyclisme qui m'a beaucoup donné", a dit Leblanc dans un entretien accordé à Reuters.

"Je pars néanmoins sans tristesse. Depuis dix ans, les affaires de dopage m'ont accablé mais je pars sans morosité. Ce départ ici à Doha est anecdotique.

"J'ai ressenti une plus grande émotion en juillet dernier sur les Champs-Elysées où tout le personnel d'ASO m'avait offert une magnifique sortie.

"Cette année 2006 a été marquée par de nouvelles affaires, Puerto en Espagne, Landis dans le Tour de France mais la victoire de Frédéric Guesdon dans Paris-Tours a permis de vivre une très jolie fin de saison", a-t-il précisé.

"C'est un coureur auquel le public ne pensait peut-être plus beaucoup mais avec cet homme discret, sérieux et gentil, on a bien fini. Il y eut aussi la victoire de Paolo Bettini au Tour de Lombardie, dédiée à son frère mort quelques jours plus tôt mais je n'y étais pas."

Une fin gâchée ?
Patron du Tour de France depuis 1989, Jean-Marie Leblanc aura été l'homme de sa modernisation, de son ouverture sur le monde et il est heureux de quitter sa fonction et de laisser son successeur Christian Prudhomme s'affranchir.

"Je pourrais me dire que tous les tricheurs ont gâché ma fin de carrière, que Landis a donné le coup pied de l'âne au vieux dont il n'avait rien à faire", a-t-il expliqué.

"Cela m'a traversé l'esprit à la fin du dernier été mais je ne le ressens plus comme ça. Vous savez, j'aime le cyclisme mais la relation ne fut jamais passionnée.

"Avec les années, je me suis attaché beaucoup à la dimension sociale du Tour de France et en lisant la liste des participants de ce Tour du Qatar, je constate que je connais 20% des coureurs, je saurais mettre un nom sur 10% d'entre eux. Voilà, c'est bien d'arrêter."

Jean-Marie Leblanc se promet de ne venir sur aucune course en 2007, sinon au départ du Tour de France à Londres. Il se promet également de n'avoir aucun investissement politique.

"En étant patron du Tour de France, j'ai été forcément oecuménique et j'ai de bons copains à gauche comme à droite. Je me vois mal choisir un jour une étiquette, j'aurais l'impression de faire un bras d'honneur à mes amis du camp adverse", dit-il.

"En revanche, je vais m'impliquer davantage dans mon village de Fontaine au Bois dans le Nord, dans la communauté des communes, dans le Parc Régional.

Saligauds
"J'aspire à une vie tranquille mais je ne me vois pas non plus ne plus rien faire. D'ailleurs jeudi, pour mon premier jour de retraite, je serais à Dax pour parrainer le club de cyclisme de Dominique Arnaud."

L'avenir du cyclisme, il en est évidemment beaucoup question au moment du départ de Leblanc. C'est un sujet sensible et si les temps sont durs pour ce qu'il considère encore comme le plus beau sport, il se veut optimiste.

"Le dopage nuit beaucoup au cyclisme. J'étais récemment au Pays-Basque espagnol, reçu par son président Jose-Luis Ibarrexe", raconte Leblanc.

"Il a évoqué une école de cyclisme d'une petite ville qui comptait 300 gamins il y a dix ans. Il y en a zéro aujourd'hui ! Pour s'en sortir, il va falloir un consensus politique. Si j'avais été président de l'UCI, j'aurais dit 'Il faut arrêter les querelles et s'atteler à la seule priorité: la lutte contre le dopage. Le reste est futile'.

"J'ai participé à la création du Pro-Tour mais j'ai vu aussi l'empressement de Hein Verbruggen pour l'installer. Autrefois, il a été un grand Président de l'UCI mais depuis quelques années, sa préoccupation est seulement commerciale et financière.

"Son successeur Pat McQuaid ne parvient pas à s'émanciper de lui et quand j'entends par exemple, que la priorité récemment était de ne pas perdre le sponsor Astana, je sais que ce sport est sur la mauvaise voie.

"Toutefois je pense qu'il va s'en sortir. Beaucoup de gens ont envie qu'il s'en sorte. Des coureurs dont beaucoup sont irréprochables, des patrons d'équipe, des sponsors, des organisateurs."

Le seul moyen d'en sortir, bien sûr, serait de rompre avec les pratiques du dopage.

"J'ai assisté à son évolution. Coureur, j'ai connu les deux petites pastilles d'amphétamine que l'on prenait dans les courses très longues puis en 1968 cela a été interdit", conclut-il.

"Puis j'ai vu arriver la cortisone, puis les piqûres intramusculaires, puis les piqûres intraveineuses, puis les perfusions.

"Maintenant les transfusions. Cette escalade est inadmissible, c'est philosophiquement impossible et il est temps de bannir tous les saligauds qui incitent à de telles pratiques. J'ai le sentiment que l'on en prend enfin conscience."


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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