13 janvier 2007

L.A. Officiel

Lance Armstrong démasqué

Louis Cornellier

L. A. Confidentiel Les secrets de Lance Armstrong (Points, 2006), la brillante enquête sportive des journalistes Pierre Ballester et David Walsh, a fait mal au champion cycliste américain. Rares étaient ceux qui, après avoir lu cette savante et méticuleuse démonstration du comportement plus que douteux d'Armstrong en matière d'éthique sportive, pouvaient encore croire en l'honnêteté, même relative, de l'athlète.

Ce dernier, évidemment, a continué de tout nier et a même intenté un procès aux auteurs du livre, poursuites auxquelles il a toutefois fini par renoncer. Dans L. A. Officiel, la suite de leur enquête, Ballaster et Walsh s'en désolent presque : « La grande explication publique n'aura donc jamais lieu. » SCA Promotions, une compagnie d'assurances américaine spécialisée en gestion de risques, a néanmoins pris prétexte de la publication de L. A. Confidentiel pour refuser de verser à Armstrong une prime de cinq millions de dollars liée à sa victoire au Tour de France en 2004. II faut savoir que Tailwind Sports, les propriétaires de l'US Postal, équipe d'Armstrong, avaient contracté une assurance avec SCA Promotions selon les termes suivants : en échange d'une prime unique (environ 420 000 $), SCA s'engageait à verser 9,5 millions de dollars au cycliste s'il s'imposait sur le Tour jusqu'en 2004. Ses victoires de 2001, de 2002 et de 2003 rapporteront donc 4,5 millions de dollars à Armstrong. En 2004, SCA refuse toutefois de payer en appuyant sa décision sur les informations contenues dans L. A. Confidentiel : « Si le dopage était aussi répandu dans le cyclisme professionnel que le laissait entendre le livre, et si Armstrong et son équipe étaient impliqués dans ces pratiques illicites, la question était posée de savoir s'il méritait ou non les primes. »

La somme en cause étant importante, Armstrong lancera donc une procédure d'arbitrage contre SCA pour l'obliger à lui verser sa prime. Dans ce contexte, des témoins rencontrés par Ballaster et Walsh seront entendus. « Sous serment, constatent les deux journalistes satisfaits, ils ont répété les accusations qu'ils avaient d'abord faites dans L A. Confidentiel. Ils ne se sont rétractés sur aucun point. » L. A. Officiel, qui se veut un compte rendu de toute l'affaire Lance Armstrong contre SCA, enfonce donc le clou : le champion a triché.

Deux épisodes sont particulièrement mis en lumière dans cette seconde partie de l'enquête. Il s'agit, d'abord, de celui de «l'aveu» du 28 octobre 1996. Armstrong est alors traité pour son cancer à l'hôpital universitaire de l'Indiana. Avec quelques amis, il écoute un match de football dans une salle de conférence. Des médecins entrent dans cette salle pour lui poser quelques questions sur son état de santé. Les amis offrent de se retirer, mais Armstrong leur dit de rester. Soudain, les médecins lui demandent : « Est-ce que vous avez déjà pris des produits dopants ? » Réponse : « Oui. » Lesquels ? « De l'EPO, de l'hormone de croissance, de la cortisone, des stéroïdes et de la testostérone. »

Betsy Andreu, qui allait devenir la femme du cycliste et coéquipier d'Armstrong Frankie Andreu, est formelle : ce fut la réponse de son ami d'alors. Stephanie McIlvain, amie et représentante du coureur auprès des lunettes de soleil Oakley, est aussi présente et rapporte, plus tard, les propos du malade à l'ex-champion Greg LeMond. Devant le jury d'arbitrage, elle niera tout.

Le scoop de L'Équipe
Le deuxième épisode çoncerne le scoop du quotidien L'Equipe en août 2005. Armstrong, apprend-on alors sous la plume du journaliste Damien Ressiot, a utilisé de l'EP0 lors de sa première victoire sur le Tour en 1999. À l'origine, l'analyse des échantillons qui a permis cette révélation se voulait expérimentale et anonyme. C'est grâce à l'acharnement journalistique de Ressiot, qui a mis la main sur les procès-verbaux de contrôle d'Armstrong conservés par l'Union cycliste internationale, que les recoupements permettant d'établir la culpabilité du champion ont pu être menés à bien.

Armstrong a toujours prétendu que ses performances étaient attribuables à « sa métamorphose physiologique » post-cancéreuse. Il aurait, ainsi, amélioré son débit d'oxygène, perdu du poids, etc. Selon Michael Ashenden, un scientifique australien de renommée internationale spécialiste du dopage sanguin et interviewé par Ballaster et Walsh, cette explication ne tient pas la route. Le V02 d'Armstrong, comparé à celui de ses compétiteurs, n'impressionne en rien, son bas niveau d'acide lactique, selon les recherches les plus récentes, n'explique rien, son coeur n'aurait pas une taille extraordinaire et sa perte de poids serait une légende. Mike Anderson, ancien assistant personnel du coureur, ajoute au dossier en affirmant avoir découvert des stéroïdes dans la salle de bains de l'appartement du coureur et avoir entendu Armstrong déclarer : « Tout le monde le fait » en réponse à une de ses questions sur un scandale de dopage.

Les exploits d'Armstrong m'ont impressionné parce que j'aime profondément le sport, ses grandeurs et ses beautés. J'aime encore mieux, toutefois, la vérité. Celle que Ballaster et Walsh mettent au jour fait mal mais doit être dite. Pour nous éviter de succomber à la beauté du diable.

L. A. OFFICIEL
Pierre Ballaster et David Walsh
La Martinière
Paris, 2006, 240 pages


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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