28 décembre 2007
C'est un voyage qui ne se terminera jamais puisque chaque fois qu'ils en parlent, c'est comme s'ils reprenaient place aux guidons de leur bicyclette et qu'ils roulaient vers Vancouver à nouveau.
Mario Goupil
Pour Céline St-Pierre et Réal Rouleau, l'année 2007 aura été celle du dépassement. De l'émerveillement aussi.
Le couple rêvait de quitter la région de Montréal, une fois à la retraite, pour aller s'établir sur un lopin de terre à la campagne, dans un décor enchanteur. Ce coin de paradis, ils l'ont trouvé à Martinville. Mais à 62 ans, Céline caressait également un autre rêve depuis fort longtemps : rouler à vélo jusqu'à Vancouver en plantant sa tente là où la vie la conduirait.
Réal a embarqué dans le rêve de son épouse et, le 13 mai dernier, le dimanche de la Fête des Mères, le couple a embrassé ses quatre garçons, leurs conjointes et leurs enfants, ils ont enfourché leur vélo et ils se sont mis à rouler en direction de Vancouver.
Des anges
Il leur a fallu pédaler pendant 117 jours, sur une distance de 6080 kilomètres, avant d'atteindre les Rocheuses et de refroidir les pneus de leurs bécanes dans l'eau du Pacifique.
Ce ne sont pas des images autant que de l'amour que le couple a rapporté avec lui à Martinville, où il profite de la bonté et de la beauté de Dame Nature.
"Ce que j'ai trouvé de plus beau dans ce voyage ? Ce sont toutes ces personnes que nous avons rencontrées partout où nous nous sommes arrêtés. Je les appelle nos anges. Ils nous ont parfois récupérés dans des moments moins faciles", confie Céline St-Pierre, une ex-infirmière.
"On a tellement rencontré du beau monde, du bon monde, que si on voulait écrire un livre juste là-dessus, les gens diraient que l'on exagère. Un vrai roman !", renchérit Réal Rouleau.
Des anecdotes, le couple en a plein sa boîte à souvenirs. Comme ce deuxième matin consécutif où les pneus des bicyclettes ont été éprouvés par des crevaisons.
"Notre pompe faisant défaut, on a dû se rendre au premier garage qui se trouvait à quatre ou cinq kilomètres de là, raconte le couple. Mais la pompe à air du garagiste faisait aussi défaut et le prochain garage se trouvait à 40 kilomètres plus loin. Nous étions pas mal découragés. Un homme qui passait par là au volant de sa camionnette a vu à quel point nous étions malheureux. Il nous a offert d'embarquer avec nos vélos et nous a conduits chez un de ses copains qui possédait une pompe. Non seulement l'ami en question nous a dépannés, mais il a fallu goûter au vin qu'il fabriquait. Du très bon vin !"
Finalement, le bon Samaritain a offert au couple de planter sa tente près d'un magnifique ruisseau qui coulait sur ses terres. C'était à Kamloops, en Colombie-Britannique. Vers minuit, il y a toutefois eu du brasse-camarade autour de la tente.
"C'est sûrement un ours!" a hurlé Céline.
Réal s'est bien sûr emparé de la bombonne contenant du poivre de Cayenne qu'il gardait à portée de main, mais celle-ci s'est vidée accidentellement de son contenu à l'intérieur même de la tente. Le couple s'est tout de suite précipité à l'extérieur de son abri, réalisant du même coup que c'était plutôt les chevaux de leur hôte qui s'amusaient avec les effets personnels qu'ils avaient laissés autour de la tente pour la nuit. Le couple en a eu pour une partie de la nuit à rire de bon coeur.
"Le lendemain matin, avant de quitter, notre hôte nous remettait une bouteille de vin et du saumon qu'il fumait lui-même", rappelle Céline.
Vive les cheveux blancs
Tous ces gestes de bonté à leur endroit ne s'effaceront jamais de leurs mémoires.
"Les gens nous arrêtaient sur la route pour nous inviter à coucher chez eux le soir. Je crois que nos cheveux blancs et nos 62 ans nous ont bien servis", renchérit Réal.
"Il y a du bon monde à la grandeur du pays, même si chaque province est unique et a sa propre mentalité", mentionne Céline.
Le couple dit être resté bouche bée en arrivant à destination.
"Tu as hâte d'arriver, mais en même temps tu ne veux pas que ça finisse. Mais c'est difficile ''d'atterrir'' après un tel voyage", confie Céline.
"Tu vis pendant quatre mois sans toit, sans contrainte, sans comptes à payer, sans soucis, alors ça ne peut pas faire autrement que d'être bien. Aussi, quand tu reviens à la réalité, ce n'est pas évident. Moi, je voulais encore coucher dans ma tente. Ça me prenait de l'air. Ça sentait le renfermé à l'intérieur..." poursuit-elle.
Le retour à la réalité a été beaucoup plus facile pour son conjoint. "Le lendemain de notre retour, tout était revenu à la normale dans mon cas", explique Réal.
"Moi, j'ai dû sortir prendre l'air à tous les jours..." renchérit Céline.
Et c'est encore ce que le couple fait quotidiennement dans son rang de campagne.
D'autres projets ?
"Peut-être Compostelle, répond Céline. Mais pas avant deux ans. On a entrepris des rénovations dans la maison, alors il faudrait bien les compléter avant de penser à repartir."
C'est quand même dans l'air.
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