30 décembre 2007La personnalité de la semaine

Dick Pound
Il a mené des batailles olympiques : organisation des Jeux de Montréal, négociation des droits de diffusion, enquête sur la corruption, lutte contre le dopage. Fonceur et sûr de lui, Richard Pound a accompli beaucoup de choses, et pas seulement dans le sport. Il quitte la présidence de l'Agence mondiale antidopage, mais rien n'est terminé pour lui.

Demain soir à minuit, au moment où 2008 évincera 2007 du calendrier, l'Agence mondiale antidopage changera de visage. Le Montréalais Dick Pound, premier président de l'Agence, passera la main à l'Australien John Fahey. Il laissera derrière lui de solides institutions antidopage et le siège social à Montréal.
Le départ de l'homme de 65 ans de la tête de l'AMA ne saurait en aucun cas signifier la retraite. Membre du Comité international olympique (CIO) et du Comité olympique canadien (COC), chancelier de l'Université McGill, avocat, auteur, père et grand-père, Dick Pound a toujours soif de défis.
Reste que la fin de son mandat à l'AMA donne l'occasion de faire le point sur les réalisations de la Personnalité de la semaine La Presse/Radio-Canada.
Homme de batailles
Dick Pound est un homme de batailles. Celui qui préfère résolument l'action et l'attaque à la passivité a fait sa marque au CIO.
Peu après son entrée dans le grand cercle olympique, en 1978, la première grande bataille de Dick Pound a été la négociation des droits de télédiffusion des Jeux olympiques. En 1976, Montréal a reçu des droits de 35 millions de dollars. Le comité des Jeux de Pékin en reçoit deux milliards.
Quand on lui apprend que l'encyclopédie libre Wikipédia dit qu'il est « le principal artisan du passage du CIO à une entreprise multimilliardaire », il sourit. Il sait bien que certains reprochent aux Jeux d'être devenus une immense machine commerciale.
« Les revenus aident les organisateurs, souligne-t-il. Et les villes hôtesses font de l'argent. » Il ajoute que la moitié des revenus retournent au CIO, aux comités nationaux et aux fédérations sportives.
Après les Jeux de Salt Lake City, c'est Dick Pound qui a fait enquête sur la corruption qui régnait au CIO. « Le scandale, c'était notre faute. C'était mieux pour le CIO qu'on règle ça à l'interne. »
Candidat malheureux à la présidence du CIO en 2001, Dick Pound aurait pu se retirer. Mais il a poursuivi son engagement amorcé en 1999 à la tête de l'AMA.
« L'Agence n'était pas facile à gérer au début parce que des États et des athlètes en font partie, explique-t-il. La voix d'une skieuse de fond équivaut à celle de la France. Il a fallu quelques mois avant d'établir une confiance mutuelle. »
Deux grandes réussites ont marqué le passage du Montréalais à l'AMA : le code mondial antidopage et la convention internationale contre le dopage dans le sport, qui inscrit le code dans le droit international.
Pour Dick Pound, la prochaine étape consiste à approfondir la collaboration entre les États et le mouvement sportif.
La marque de commerce de Dick Pound est son franc-parler, et ce n'est sûrement pas étranger à son tempérament de fonceur. Certaines personnes trouvent qu'il parle trop et il s'est fait plusieurs ennemis, notamment dans les ligues professionnelles ou dans le milieu du cyclisme.
« Je suis content des ennemis que j'ai. » Il ne regrette pas ses sorties parfois fracassantes : « Il faut attaquer les tricheurs. »
Homme à tout faire
Toute sa vie, Dick Pound a baigné dans la soupe olympique. À 18 ans, aux épreuves de natation des Jeux olympiques de Rome, il s'est classé sixième au 100 mètres nage libre. Il a abandonné le sport d'élite pour les études, mais il n'est pas resté bien loin de sa discipline. En 1968, sportif et bientôt avocat, il se fait remarquer par les bonzes du COC ou ce qu'il appelle « la mafia du COC ».
Par la suite, les événements se bousculent. Il devient à 26 ans secrétaire du COC. Montréal obtient peu après les Jeux olympiques. Dick Pound est entraîné dans l'organisation des Jeux de Montréal. L'année suivante, il devient président du COC, puis il entre au CIO en 1978.
Bien connu pour son engagement dans le mouvement sportif, Dick Pound n'a jamais laissé la pratique du droit fiscal.
Et il trouve le temps d'écrire. Il a près d'une dizaine de livres à son actif, de la biographie à l'histoire en passant, bien sûr, par l'olympisme et le dopage. « Comme passe-temps, c'est bien plaisant, lance-t-il. Il faut exercer son cerveau. »
Dick Pound met à profit chacune de ses journées. « Je commence mes journées tôt et je finis tard. Je trouve stimulant de conjuguer toutes ces activités. »
À 65 ans, M. Pound pourrait donc se retirer, satisfait du travail accompli, et profiter sereinement de sa vie de famille avec ses cinq enfants et ses neuf petits-enfants.
Mais voilà qu'il lorgne la présidence du Tribunal arbitral du sport. « Pour une fois, on me donnerait un travail que je connais », dit l'avocat.
Et même s'il n'obtient pas le poste, il ne s'ennuiera pas. « Je crois que je suis membre du CIO jusqu'en 2022 », note-t-il.
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