16 décembre 2007

Tous des drogués !

Les joueurs de baseball en prennent. Ah bon ? Êtes-vous aussi étonné que moi ? Il suffisait de regarder les bras de Barry Bonds pour le savoir. C’est pas en mangeant toutes ses céréales qu’on se fait des bras comme ça. Éric Gagné en a pris. Ah ben ? Coudonc. C’est poche. Un petit gars de chez nous. Et moi qui pensais que c’était grâce à la poutine.

Et les autres ? Il y en d’autres. Mais me semble qu’il n’y en a pas assez. Ce qui m’étonne vraiment, c’est que la liste de coupables ne soit pas plus longue. Ce qui me renverse, aux Jeux olympiques, c’est quand ils ne disqualifient qu’une douzaine de médaillés. Pis les champions ? Ils sont propres, bien sûr. Ben Johnson est un drogué. Mais Carl Lewis est blanc comme neige. Oh yeah ?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais maintenant, quand je regarde une compétition d’élite, je tiens pour acquis qu’ils en sont tous. Des drogués. En tout cas, tous ceux qui sont trop bons. Tous ceux qui font des performances extraordinaires. Au Tour de France, aux Jeux olympiques, à la boxe, au baseball, au football, au hockey. Oui, peut-être même au hockey.

Pour moi, les sportifs sont comme les musiciens du bon vieux temps. Janis, Jimi Hendrix, les Stones, on ne les testait pas pour savoir s’ils étaient à jeun durant leurs spectacles. Tout ce qu’on voulait, c’est qu’ils soient bons. Qu’ils se soient piqués au patchouli avant le show nous importait peu.

J’en suis rendu là avec les sportifs. C’est plate, mais c’est comme ça. C’est sûr que ce serait le fun qu’il n’y ait que des traces d’Évian dans leur pipi. Mais c’est pas ça. Il y en a plein qui prennent plein d’affaires pour les aider. Pour courir plus vite, sauter plus haut, frapper plus fort.

Et la justice, là-dedans ? Le sport, c’est comme la vie, c’est pas juste. Il y a des chanceux et des pas chanceux. Les chanceux sont ceux qui ne se font pas prendre. Parce que leur médecin est plus rusé que les autres. J’ai pas envie de glorifier l’athlète qui a su comment en prendre pour ne pas être pris et de couvrir de honte l’athlète qui s’est fait prendre.

Alors que fait-on ? On attend. C’est la seule justice ici-bas, le temps. Mick Jagger a troqué le LSD pour de la crème Budwig. Pourquoi ? Pour durer. Il s’est rendu compte que, en poursuivant sa vie de Jumping Jack Flash, il allait frapper le mur. Comme Janis et Hendrix. Les athlètes vont s’en apercevoir aussi. Les records surhumains qu’ils établissent, ils les paient de leur santé. Les blessures se multiplient dans tous les sports. Les carrières se terminent rapidement.

De plus en plus d’athlètes meurent quelques années après leur retraite. Beaucoup trop jeunes. On ne prend pas des cocktails de pilules impunément. On ne se pique pas sans se crever. Ça va finir par leur faire peur. Une nouvelle génération plus propre devrait émerger tôt ou tard. Une génération qui ne jurera que par l’alimentation et l’entraînement. Bien sûr, il restera toujours des rockers pour vouloir prendre des raccourcis. Des athlètes no future qui transgresseront les lois. Mais ça devrait diminuer. C’est l’élimination naturelle.

Mais j’ai peut-être tout faux aussi. Peut-être que c’est la science qui va gagner plutôt que le temps. Que les savants vont perfectionner leurs drogues. Qu’ils vont créer une substance qui rend fort, qui ne se dépiste pas et qui ne fait pas mal. La drogue idéale. Le Viagra olympique. Alors là, comment ferons-nous pour nous scandaliser ? Qui en veut à Astérix de prendre de la potion magique ? Est-ce qu’on préfère les Romains parce qu’ils ont le courage de se battre à jeun ? Non, on prend pour Astérix. Parce que c’est lui le gagnant.

De toute façon, le jour où, en allant acheter sa caisse de potion magique chez Jean Coutu, on sera tous capable de courir le 100 mètres en cinq secondes, de faire le Tour de France en 24 heures et de lancer une balle de baseball à 200 km/h, qu’adviendra-t-il du sport-spectacle ? Il survivra. Parce qu’il y aura toujours des buveurs de potion magique plus doués que d’autres, qui réussiront à courir le 100 mètres en quatre secondes, à faire le Tour de France en 23 heures, à lancer la balle de baseball à 220 km/h. Et les buveurs de potion magique moins doués s’assoiront devant leur télé pour les regarder. Et les encourager. En trinquant à leur santé.

La drogue dans le sport, c’est comme le téléchargement sur l’internet. À défaut de l’enrayer, il faut le contrôler. L’industrie de la musique est appelée à changer. L’industrie du sport aussi.

Le Tour de France ne sera jamais plus ce qu’il était. Les Jeux olympiques non plus. L’innocence est perdue. Le charme est rompu. Tous les athlètes qui fracassent des records deviennent suspects. Ce ne sont plus des héros, ce sont des phénomènes. On les regarde comme on regarde des bêtes de cirque. Par curiosité. Sans aucune admiration.

La chimie est entrée dans le sport, et ce n’est pas en pissant qu’elle va en sortir. Il va falloir manger son pain noir. Aller au bout de la désillusion. Et attendre l’arrivée de nouveaux héros. Qui auront de nouveaux exploits à nous offrir. Des exploits sans tricherie et sans magouille.

D’ici là, on peut toujours se consoler en étant fan du Canadien. À les voir jouer, c’est certain que nos joueurs ne prennent rien. Go, Habs, Go ! Une petite bière, avec ça ?


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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