14 décembre 2007
Note du webmestre :
Si vous êtes pressé, je vous avertis d'emblée que l'article qui suit ne contient ni les mots vélo, cycliste ou bicyclette.
Mais si vous vous rappelez de certaines chroniques de Pierre Foglia,
dont C'est pas de sa faute ou encore de son échange du 4 octobre dernier à l'émission Desautels au sujet de Geneviève Jeanson
vous y verrez peut-être des similitudes intéressantes.
Martin Leclerc
Il y a des papiers plus difficiles que d'autres à rédiger.
Je connais Éric Gagné depuis près de 14 ans. Quand je l'ai rencontré pour la première fois, c'était au printemps de 1994 et il portait les couleurs de l'Académie de Baseball Canada. À mes yeux, il était doté d'un extraordinaire talent qu'il gaspillait parce qu'il était un adolescent rebelle, frondeur et pas toujours porté sur l'effort.
Et je me servais des pages du Journal de Montréal pour le lui rappeler le plus souvent possible.
Malgré ses 17 ans, il avait eu le courage de m'accoster et de me parler les yeux dans les yeux pour vider la question.
« Ce n'est pas toujours gentil, ce que tu écris à mon sujet, mais c'est la vérité. Alors, je respecte ça », avait-il dit.
Nous avons toujours gardé le contact par la suite. J'étais sur le terrain avec lui à Miami le jour de son premier départ dans les ligues majeures. J'ai assisté à son mariage à Mascouche et je séjournais à sa maison de Los Angeles le matin où on lui a appris qu'il venait de remporter leCy Young. Nous avons fêté le dernier jour de l'An chez lui, en Arizona.
Honnêtement, j'ai senti mes genoux fléchir en lisant le rapport Mitchell hier après-midi.
Nous avions abordé le sujet du dopage à quelques reprises dans le passé et il avait toujours affirmé qu'il ne touchait pas - et ne toucherait pas - à cela parce que c'était la pire chose à faire pour un lanceur dont la réussite et la carrière tiennent à des ligaments et des tendons.
Comme un con, je l'ai cru.
De la Cutlass à la Ferrari
Mes fils de neuf et dix ans, qui lui ont serré la main à Dodgertown et ont usé leurs casquettes des Dodgers jusqu'à la corde, ont appris la nouvelle à la radio pendant que je les conduisais à leur entraînement de hockey. Ils ont traité le lecteur de nouvelles de menteur. Je n'ai pas su quoi leur dire.
Cet après-midi à leur retour de l'école, je vais tenter de leur expliquer qu'Éric est arrivé à son premier camp des Dodgers au volant d'un vieux Cutlass et qu'il voulait jouer au baseball.
Je vais leur dire qu'Éric s'est probablement rendu compte que pour jouer au baseball avec les gars qui avaient garé leurs Ferrari, leurs Mercedes et leurs Porsche à côté de son vieux Cutlass, il fallait faire comme eux.
Ils vont sans doute me demander si je suis déçu. Je vais répondre que oui. Déçu d'être un con idéaliste.
Déçu qu'un homme de cette qualité ait dû mettre sa santé en péril pour s'assurer de pouvoir combattre avec les autres. Déçu que sa réputation soit ternie.
Déçu d'avoir écrit mille fois que l'organisation des Dodgers était prestigieuse alors qu'elle était pourrie jusqu'à l'os (les noms de 15 anciens joueurs de cette équipe figuraient dans le rapport Mitchell).
Et comme tous les parents, je vais dire à mes p'tits gars qu'Éric Gagné a commis une grave erreur.
La conversation s'arrêtera là.
Le dilemme de la seringue
Je ne leur dirai jamais qu'à sa place, j'aurais peut-être fait la même chose.
J'imagine mon ami devant son miroir, la première fois, une seringue à la main. Je l'imagine en train de se dire: Ils le font tous. Je pense à son statut de rock star, au Cy Young, aux 50 millions de dollars qu'il a empochés depuis le début de sa carrière...
Et je suis déçu de me rendre compte que cette foutue seringue, je l'aurais sans doute utilisée.
Attendons un peu avant de juger. Laissons-lui au moins la chance de raconter son histoire.

14 décembre 2007
J'ai vraiment de la peine pour les gens de Mascouche. Éric Gagné était la grande idole de la municipalité. Une raison de grande fierté.

J'ai aussi de la peine pour mon confrère Martin Leclerc qui, encore mercredi soir à Radio-Canada, assurait avec calme que jamais Éric Gagné n'avait touché au dopage. Réaliser qu'on s'est fait mentir en pleine face par quelqu'un qu'on estimait et en qui on avait confiance est toujours frustrant.
Mais la peine s'arrête là. Éric Gagné a triché dans un monde de tricheurs. Quand on veut retirer des frappeurs dopés, il a dû se dire qu'il valait sans doute mieux être dopé soi-même. Ça ne l'excuse pas mais ça rend son comportement compréhensible.
Pendant des années, le baseball a été infesté par la dope. Stéroïdes et hormones de croissance. Les propriétaires ont laissé faire parce que c'était rentable. Et Éric Gagné s'est laissé tenter parce que ça lui permettrait de rester dans les majeures, d'y briller même et de rafler des millions au passage. Tout le monde le fait, fais-le donc.
Personnellement, je ne suis pas surpris. Pas du tout. J'ai eu l'occasion dans cette chronique de faire comprendre aux lecteurs ce que je pensais de la « propreté « d'Éric Gagné. Le changement physique d'Éric était trop marqué pour être le résultat d'une nouvelle recette de soupe aux pois. De plus, les blessures dont il a souffert sont généralement causées par l'abus de produits dopants. Les tendons et les ligaments ne tiennent pas le coup.
Je n'excuse pas Éric Gagné. Pas du tout. Mais je tente de l'expliquer, je tente de le comprendre. Rien ne dit que dans des circonstances similaires que je n'aurais pas fait comme lui. Marcher vers le monticule en entendant la clameur de 50 000 fans, se sentir fort comme un taureau, lancer des pois, être la plus grosse star de Los Angeles et gagner des millions, c'est une formidable tentation.
Doit-on suspendre Gagné ? En théorie, oui. Doit-on lui enlever son Cy Young ? Dans ce cas, il faudra l'enlever à Roger Clemens et s'assurer que ni Clemens, ni Barry Bonds, ni Dave Justice ne seront admis au Temple de la renommée. Sans parler des autres tricheurs comme Mark McGwire.
Chose certaine, le baseball doit maintenant faire le grand ménage. Même si les propriétaires se foutent éperdument que leurs mercenaires soient dopés jusqu'aux os. Le baseball doit se donner une virginité pour faire plaisir aux patrons des grands réseaux de télévision et aux madames du Midwest qui veulent que leurs petits gars soient bien nets.
Pour faire le grand ménage, il faudra que propriétaires et syndicat des joueurs se mettent d'accord. Il faudra également que les amateurs acceptent que les cogneurs ne pourront que très rarement passer le cap des 40 circuits dans une saison et que les lanceurs capables de franchir la limite des 95 milles à l'heure redeviendront une denrée extrêmement rare.
Et tant qu'à faire le ménage, pourquoi ne pas donner quelques conseils à Gary Bettman, qui tente de faire accroire que les joueurs de hockey lavent plus blanc que blanc ?
Quant à Éric Gagné, que celui qui est sans péché lui lance la première pierre.
C'est quand même dommage.
Note du webmestre :
À lire dans La Presse du 15 décembre :
Éclaboussé !, la chronique de Pierre Foglia.
15 décembre 2007

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