21 novembre 2007
Les primes aux médailles, c'est très bien, mais il ne faudrait qu'elles nous fassent oublier l'essentiel: le scandaleux sous-financement des sports d'été au Canada.
Je ne dis pas ça pour critiquer le Comité olympique canadien. Le COC a pris une décision heureuse en créant le Fonds d'excellence des athlètes, qui servira notamment à distribuer des primes de 10 000$ à 20 000$ aux médaillés olympiques, à compter des Jeux de Pékin.
Bien sûr, Alexandre Despatie, Adam van Koeverden ou Marie-Hélène Prémont n'ont pas besoin de la promesse d'un chèque pour se botter le derrière. Ils vont aux JO parce qu'ils souhaitent repousser leurs limites, parce qu'ils veulent être les meilleurs. Pas pour arrondir leur fin de mois.
Il faut voir ces primes pour ce qu'elles sont: non pas des mesures incitant à la performance, mais une manière pour le Canada d'exprimer sa reconnaissance envers les sportifs qui auront fait vibrer le pays pendant la quinzaine olympique.
C'est très bien ainsi. En autant qu'elles n'aient pas pour conséquence de priver financièrement d'autres athlètes - et il ne semble pas que ce soit le cas - ces primes, qui coûteront 1,3 million par année au COC, sont les bienvenues. Leur seul défaut est de ne pas avoir été instituées plus tôt.
Que fait Ottawa ?
Si le COC fait bien son travail, le gouvernement fédéral, lui, ne mérite pas de médaille. Il se traîne lamentablement les pieds. À l'été 2006, le COC avait dévoilé le plan d'affaires Vers l'excellence, pendant estival du programme À nous le podium, dont l'objectif est de permettre au Canada de terminer premier au tableau des médailles lors des Jeux d'hiver de 2010, à Vancouver.
Vers l'excellence, dont la mise en oeuvre a été confiée au double médaillé d'or olympique Alex Baumann, vise à conduire le Canada au 16e rang lors des Jeux de Pékin et à la 12e place en 2012, à Londres.
Le hic, c'est que ce programme nécessite un investissement important de la part du gouvernement fédéral, de l'ordre d'au moins 30 millions par année pendant cinq ans. (À nous le podium coûte 11 millions par an, mais pour 13 sports, contre 28 pour Vers l'excellence.) Les gouvernements provinciaux et le privé seraient aussi mis à contribution, mais la clé de voûte de l'édifice se trouve à Ottawa.
Or, le gouvernement Harper, dans son budget du printemps, a complètement ignoré l'idée, au grand dam du COC, qui croyait avoir trouvé une oreille attentive chez les conservateurs. Depuis, le dossier n'a pas progressé d'un pouce.
« C'est extrêmement décevant », m'a dit le président du COC, Michael Chambers, lors du lancement du Fonds d'excellence, lundi, à Ottawa. « Vers l'excellence était un programme vraiment bien conçu, avec un plan d'affaires et de l'imputabilité - tout ce que le gouvernement recherche habituellement de la part de ceux qui lui réclament de l'argent.
« On ne nous a pas accordé la moindre reconnaissance, même pas une somme symbolique, dans le dernier budget. Nous avons demandé à comparaître devant le comité des Finances de la Chambre des communes pour plaider notre cause de nouveau et nous espérons que le prochain budget sera plus favorable. »
Ce serait la moindre des choses de la part d'un gouvernement qui nage dans les surplus : pas moins de 8,7 milliards au cours des cinq premiers mois de l'exercice financier actuel ! Si Ottawa peut se priver de plus de cinq milliards de revenus par année en diminuant la TPS, il est sûrement capable de dénicher quelques dizaines de millions dans un fond de tiroir afin d'aider les athlètes de pointe en aviron, en canoë-kayak ou en plongeon.
Par son inaction, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper et de l'invisible secrétaire d'État au Sport, Helena Guergis, accrédite l'idée que le système sportif canadien est devenu un système à deux vitesses. Un système où les skieurs, les patineurs et autres athlètes de sports d'hiver sont traités aux petits oignons, pendant que les athlètes de sports d'été doivent se contenter des miettes qui restent.
Comme l'écrivait le printemps dernier le PDG du Comité olympique canadien, Chris Rudge, « nous nous retrouvons dans la même situation qu'un parent qui dirait à l'un de ses enfants : "Je suis prêt à appuyer tes rêves et ton dur labeur" et qui dirait à l'autre : "Je suis désolé, mais tu n'auras rien." »
Cette iniquité doit cesser. Un athlète est un athlète est un athlète. Qu'il patine ou qu'il coure, qu'il skie ou qu'il rame.
Que pensez-vous des primes à la performance de 10 000$ à 20 000$ qui seront accordées aux médaillés canadiens ?
Le Canada aime se draper dans l'unifolié quand arrive le temps des Jeux olympiques, et il se pète allègrement les bretelles quand les enfants du pays parviennent à monter sur le podium. Les primes aux médailles sont une façon d'exprimer enfin un peu de reconnaissance envers des athlètes qui contribuent à notre bonheur collectif. Le seul défaut de ce programme est de ne pas avoir été créé plus tôt.
- Jean-François Bégin
Va pour la reconnaissance des efforts des acteurs principaux du plus grand show télévisuel quadriennal. Les athlètes n'en retirent bien souvent que des pinottes. Cela dit, le sprinter qui se classerait sixième au 100 mètres ou le cycliste qui finirait dans le groupe de tête au huitième rang serait-il moins méritoire ? Non. La médaille est souvent un bien piètre étalon de mesure de la performance.
- Simon Drouin
C'est une bonne nouvelle pour les athlètes qui, même s'ils ne carburent pas à l'argent, ne peuvent que se réjouir de cette reconnaissance. Le Canada souhaite une plus grande récolte de médailles. Est-ce le meilleur moyen d'y parvenir ? Tant qu'on n'oublie pas d'investir à la base, ça ne peut pas nuire...
- Sophie Allard
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