27 novembre 2007

Impact des grèves sur la qualité de l'air en Ile-de-France

Les grèves des semaines dernières, en perturbant fortement l'utilisation des modes de transport collectifs, ont augmenté l'usage de l'automobile et des deux roues au détriment à la fois de la qualité de l'air et de la santé des franciliens.

Pendant plus de 10 jours, du mercredi 14 novembre au jeudi 22 novembre, une partie des salariés de la RATP et de la SNCF ont fait grève pour protester notamment contre la remise en question des régimes spéciaux. Cette grève, largement suivie en Ile-de-France a eu des conséquences immédiates sur les 37 millions de déplacements quotidiens de la région.

La région Ile-de-France relativement bien pourvue en transports collectifs a donc été fortement affectée par la grève et le premier report s'est naturellement effectué vers l'automobile et les deux roues. Ainsi, le matin dès 8 h 30, le cumul kilométrique des embouteillages atteignait certains jours plus de 350 km contre 250 km en temps normal dans la région Ile-de-France. L'augmentation du nombre de véhicules motorisés sur les routes additionnée à une congestion nettement plus marquée a eu des conséquences directes sur la qualité de l'air même si l'impact général est difficile à évaluer comme l'indique Airparif puisque le facteur météo est également prépondérant dans la dispersion ou l'accumulation des polluants.

Les automobilistes et les cyclistes les plus touchés
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le recours systématique à la voiture et l'allongement des trajets dus à la circulation congestionnée ont surtout un effet néfaste pour les automobilistes. Ils respirent en effet des niveaux de pollution près de deux fois plus élevés que les piétons. Ces niveaux de pollution sont d'autant plus importants que les conditions de circulation sont mauvaises, car ce sont essentiellement les véhicules avoisinants qui influencent la qualité de l'air que l'on respire au volant. Ces résultats sont le fruit de récentes campagnes de mesure effectuées à bord d'un véhicule. Les conducteurs de deux roues motorisés sont également fortement touchés par la pollution avec laquelle ils sont en contact direct.

De plus, profitant de la mise en place récente du système de location de vélo Vélib', de nombreux parisiens se sont reportés avec plus ou moins de chance sur le vélo, redécouvrant un moyen de transport aux multiples vertus. Ainsi, selon des données fournies par JCDecaux, l'exploitant des Velib', les vélos ont été utilisés deux fois plus qu'en temps normal avec, par exemple, près de 175 000 utilisations le 16 novembre.

Cependant, évoluer en vélo au milieu d'une circulation dense émettant de la pollution reste préjudiciable pour la santé, d'autant plus que l'effort fourni à vélo provoque une augmentation de la ventilation pulmonaire nécessaire pour oxygéner les muscles. Cette ventilation supplémentaire se traduit inévitablement par une exposition accrue aux polluants atmosphériques...

Au delà de la qualité de l'air, les grèves ont entraîné une augmentation de 70% des accidents sur la voie publique a indiqué la Préfecture de Police qui note que pour les journées des 15 et 16, les deux-roues à moteur constituent plus des deux tiers des accidents avec plus de 68%, les piétons plus de 13%, les cyclistes 12,6% (au lieu de 6,7% en temps normal) et enfin les automobilistes seulement 5,4%.

Les grèves pourraient-elles initier le retour du vélo ?
Ces grèves pourraient être un levier supplémentaire pour un report modal de l'automobile vers les transports alternatifs, mais l'exemple des grèves de 1995 montre que l'effet est resté limité à la période des perturbations et que les "mauvaises habitudes" ont rapidement repris le dessus.

Toutefois, avec les excellents résultats de Vélib' sur Paris et le doublement prévu du nombre de vélos disponibles pour la fin de l'année, il est possible que les parisiens y voient une alternative intéressante, du moins si le temps s'y prête avec l'hiver qui ne devrait tarder.

Condition indispensable : la démocratisation du vélo à Paris doit s'accompagner de la mise en place de pistes cyclables sécurisées, non accessibles aux véhicules motorisés, voire abritées avec des haies végétales qui diminuent l'exposition aux polluants issus de la circulation routière.

Force est de constater le manque de cohérence entre d'un côté la mise à disposition louable de vélos pour le plus grand nombre et la faiblesse du dimensionnement du réseau cyclable, même si la ville de Paris compte 370 km de pistes cyclables.


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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