28 novembre 2007
Stéphane Mandard
C'est un nouveau coup dur pour le cyclisme : T-Mobile, la filiale du groupe de télécommunication allemand Deutsche Telekom, a annoncé, mardi 27 novembre, qu'elle ne parrainerait plus d'équipe dans le peloton professionnel. "Nous sommes arrivés à la décision de détacher notre marque d'une exposition supplémentaire au dopage dans le sport et le cyclisme en particulier", a expliqué Hamid Akhavan, le directeur général de T-Mobile, dans un communiqué.
Depuis plusieurs semaines, l'entreprise avait laissé entendre qu'elle pourrait se désengager du cyclisme à la suite de la multiplication des affaires de dopage. Ce sont les révélations de Patrik Sinkewitz qui ont précipité la décision de l'opérateur de téléphonie.
Au début du mois de novembre, le coureur allemand a raconté dans l'hebdomadaire Der Spiegel qu'il avait eu recours au dopage sanguin pendant le Tour de France 2006, avec la complicité des médecins de l'équipe T-Mobile.
La révélation du contrôle positif à la testostérone du même Sinkewitz en plein Tour 2007 avait plongé la Grande Boucle dans la tourmente et entraîné la suspension de la retransmission de l'épreuve par les chaînes publiques allemandes ARD et ZDF.
Le retrait de T-Mobile est "un coup extrêmement dur pour le cyclisme professionnel", a déclaré le président de la fédération allemande et ancien ministre de la défense, Rudolf Scharping. L'opérateur de téléphonie était l'un des sponsors les plus anciens et les plus importants du peloton. Fondée en 1991, dotée d'un budget annuel de 12 millions d'euros ces dernières années, l'équipe a remporté deux Tours de France, en 1996 avec Bjarne Riis, puis l'année suivante avec Jan Ullrich.
Les ennuis de l'équipe et les interrogations du sponsor ont débuté juste avant le Tour de France 2006, lorsque ce dernier, ex-enfant chéri du cyclisme allemand, a été identifié comme l'un des clients du docteur Eufemiano Fuentes, soupçonné par la police espagnole d'être à l'origine d'un vaste réseau de dopage sanguin.
Ils se sont accentués au printemps 2007 avec le témoignage d'un ancien soigneur de l'équipe, Jeff d'Hont, qui a révélé dans ses mémoires que les victoires de 1996 et 1997 étaient le résultat d'un dopage institutionnalisé à base d'érythropoïétine (EPO).
Série de confessions
Une cascade d'aveux a suivi. Plusieurs anciens coureurs de l'équipe, dont Udo Bölts, Rolf Aldag et Erik Zabel ont reconnu les faits. Lothar Heinrich et Andreas Schmid, les deux médecins accusés par Jeff d'Hont d'avoir administré les produits dopants aux coureurs, ont également avoué. Fin mai, c'est le Danois Bjarne Riis, vainqueur du Tour 1996, qui a convoqué une conférence de presse pour expliquer, lui aussi, qu'il a "pris des [substances] prohibées".
Cette série de confessions a fait prendre conscience à l'opinion publique allemande que le dopage n'a pas disparu avec la chute du mur de Berlin. Quant à l'équipe T-Mobile, elle s'est mise en tête d'essayer de se refaire une image. Elle a fait appel à un nouveau manager, le millionnaire américain Bill Stapleton et a décidé de jouer la transparence en renforçant les contrôles antidopage internes à l'orée du Tour de France.
Elle a licencié ainsi l'Ukrainien Sergueï Honchar et l'Italien Lorenzo Bernucci pour soupçon de dopage. L'annonce du contrôle positif de Patrik Sinkewitz en pleine Grande Boucle, puis ses aveux, ont anéanti son opération de communication.
L'équipe, dont le recrutement pour 2008 était déjà finalisé, sera toutefois dans le peloton la saison prochaine, mais avec un nouveau nom, High Road, a promis Bob Stapleton après l'annonce du retrait de T-Mobile, avec qui il était en contrat jusqu'en 2010. "Nous voulons continuer ce que nous avons commencé en incarnant le succès par un cyclisme juste et propre", a déclaré l'Américain, qui vient de recruter son compatriote George Hincapie, ancien lieutenant du septuple vainqueur du Tour, Lance Armstrong, au sein de feu la formation Discovery Channel.
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