17 novembre 2007

Paris-Pékin à vélo : l'étudiant qui voulait être Marco Polo

À 24 ans, fraîchement diplômé de l'école supérieure de commerce de Rouen, Alexandre Lelièvre vient d'avaler en 10 mois sur la selle de son vélo, les 15 700 km qui séparent Paris de Pékin, en suivant la mythique "Route de la soie".

Alexandre Lelièvre a hérité des deux qualités cardinales de Marco Polo : l'esprit d'aventure et la bosse du commerce.

"15 726 km exactement au compteur de mon vélo, de la place de l'église de Ville d'Avray (Hauts-de-Seine) d'où je suis parti le 7 janvier, à la place Tiananmen où j'ai posé le pied le 10 octobre dernier", tient-il à préciser.

Et de souligner : "À une seule et courte exception, le passage du Bosphore entre l'Europe et l'Asie à Istanbul où j'ai dû emprunter un bac, j'ai couvert entièrement le parcours en pédalant".

Le jeune homme a un visage d'adolescent au regard qui pétille derrière ses lunettes à fines montures dorées. Le cheveu est sagement taillé et la mise impeccable, style "Sup de Co" et pas du tout baroudeur ou beatnik.

"J'avais décidé depuis mon enfance de m'accorder une année de rupture et de voyage à la fin de mes études. Voilà, c'est fait. Dans quelques jours, je travaillerai dans un cabinet d'audit financier parisien", raconte-t-il.

Alexandre a choisi de partir seul, "pour être plus disponible à la rencontre avec les autres", en vélo "c'est un moyen de locomotion lent qui favorise le contact" et en direction de Pékin "pour traverser tous ces pays d'Europe centrale et d'Asie, chargés d'Histoire depuis les premiers voyages de Marco Polo au 13e siècle".

Il a décroché une bourse "défi jeunes" (2000 euros) du ministère de la Jeunesse et des Sports et fait des petits boulots pour financer son périple.

Sur les 12 pays qu'il a traversés - Italie (passage par Venise pour saluer la mémoire de Marco Polo), Slovénie, Croatie, Monténégro, Albanie, Grèce, Turquie, Iran, Turkménistan, Ouzbékistan, Kirghizistan et Chine - Alexandre se souvient avec enthousiasme de "la formidable hospitalité" des Iraniens.

"Les gens venaient naturellement à moi dans les coins les plus reculés du pays. Si j'avais dû répondre favorablement à toutes les invitations qui m'ont été faites, j'y serais encore", dit-il, amusé.

Au gré des rencontres ou de sa solitude, le jeune voyageur a dormi chez l'habitant, sous sa petite tente, dans des salles de prière, de très modestes "hôtels" ou des restaurants.

"En dix mois et plus de 15 000 km, je n'ai eu que deux embrouilles. La première avec des racailles à Lyon et la seconde au Kurdistan turc où on a tenté de me racketter et jeté des pierres. Dans les deux cas, je m'en suis sorti sans bobo, en prenant la fuite à grands coups de pédales".

La Chine profonde, une autre planète
Au registre des mauvais souvenirs, Alexandre Lelièvre cite ses "trois ennemis, le vent, la pluie et les chiens".

"Sept jours non-stop de vent violent, de face, entre la Grèce et la Turquie, je pleurais sur mon vélo; pareil dans le désert de Gobi en Chine; des torrents d'eau en longeant la côte croate, trempé pendant des heures jusqu'aux os. Et puis les hordes de chiens de berger, à moitié sauvages, des molosses très agressifs en Grèce et en Turquie. Je me protégeais avec un gourdin, pied à terre, avec mon vélo pour bouclier".

But de sa destination, la Chine n'est pas le meilleur souvenir d'Alexandre. Non qu'il y fut mal reçu, mais il n'y a pas été "reçu" du tout. "Alors que dans tous les autres pays, le sens de l'hospitalité prend vite le dessus sur la barrière de la langue, ce n'est pas le cas dans le pays de Confucius", souligne-t-il.

"On m'a même refusé dans de petits hôtels à la campagne car j'étais un étranger. Personne n'a tenté d'échanger avec moi. Indifférence complète. J'ai le sentiment que Pékin n'est qu'une vitrine pour l'Occident avant les JO. Mais la Chine profonde, c'est une autre planète..."


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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