28 novembre 2007
Il y a deux Tours de France, selon les chercheurs de l'Institut de recherche biomédicale et d'épidémiologie du sport (IRMES), auteurs d'une étude sur la progression des records : celui sept fois survolé par Lance Armstrong, et toutes les autres présentations, antérieures à 1999 et postérieures à 2005.
Jean-François Toussaint et son équipe ont appliqué à la Grande Boucle la méthode statistique utilisée pour déterminer l'avenir des records du monde, calculant en l'occurence la moyenne aux 1000km pour toutes les présentations du Tour entre 1903 et 2006, sans tenir compte du parcours.
« On constate la même chose qu'avec les records du monde, note le Dr Toussaint, directeur de l'IRMES, un ralentissement de la moyenne horaire après les deux guerres, puis un redémarrage avec une parfaite exponentielle jusqu'en 1999.
« Là, il y a un homme qui change les conditions de course. En 1999 démarre un autre Tour de France, et ce malgré un dopage qui était déjà organisé dans le peloton. Pour Armstrong, on sait au moins une chose, c'est qu'en 1999 il a été positif. »
« Quand on veut mettre les points d'Armstrong sur ceux des vainqueurs précédents, ça ne marche pas. Il faut créer une autre courbe », note Toussaint, précisant que le retour à la «normalité» s'est fait immédiatement après la retraite de l'Américain. « En 2006, Landis a été moins rapide » que son compatriote.
La progression d'Armstrong à l'intérieur de ces sept années est également remarquable : au fil du temps, « il devient de plus en plus fort par rapport à la moyenne des dix suivants. Il crée sa propre discipline », poursuit le patron de l'IRMES, comparant Armstrong à l'Ukrainien Sergueï Bubka qui a placé quasiment hors d'atteinte le record du monde de la perche (6,14 mètres).
28 novembre 2007
Dans 50 ans
Vers 2060, la plupart des records tous sports confondus seront figés, à condition de pratiques légales, selon une étude révélée hier par l'Institut de recherche biomédiale et d'épidémiologie du sport (ITMES) et menée sur 3260 records du monde établis depuis 1896.
Spectaculaire symbole de ce travail effectué sur 3260 records du monde établis depuis 1896, le 100 m en athlétisme a pris beaucoup d'avance, du moins chez les femmes. Jean-François Toussaint, directeur de l'IRMES, l'affirme : les 10"49 de Florence Griffith-Joyner sont à jamais inaccessibles et représentent "une impasse épidémiologique."
Depuis dix ans, la moyenne des chronos des dix meilleures mondiales est même moins bonne, preuve que "les comportements ont changé chez les femmes, sous l'effet conjugué de la lutte antidopage et des limites physiologiques" de l'espèce humaine, selon le Dr Toussaint. Son équipe a analysé l'évolution des courbes depuis les premiers JO modernes (1896) dans les disciplines olympiques à record: athlétisme, natation, cyclisme, haltérophilie, patinage de vitesse.
Le nombre des records baisse
Pour toutes, la conclusion est identique : si l'on excepte l'influence modératrice évidente des deux guerres mondiales sur l'évolution des performances, et en dépit des progrès technologiques (techniques de chronométrage, matériel, tenues vestimentaires, méthodes d'entraînement, etc...), le nombre des records du monde a commencé sensiblement à diminuer à la fin des années 60. "Ce n'est pas dû aux conditions de vie. On peut donc estimer qu'on est au bout de la logique physiologique, biologique, de l'espèce humaine. Ce ralentissement progressif est le début de la fin", explique Jean-François Toussaint.
Pas de 100 m en 9"
Mais tous les records n'ont pas la même destinée. A l'inverse des femmes, les hommes peuvent encore faire évoluer celui du 100 m, dans des limites raisonnables. "Personne n'a tué le 100 m masculin", dit Toussaint, qui estime toutefois biologiquement "impossible" qu'un sprinter courre un jour en 9". Idem pour le 400 m nage libre de Laure Manaudou, qui ne progressera "que de quelques centièmes".
"En 2060, dit-il, si les conditions ne varient pas sensiblement, on aura atteint une valeur plancher et établi la plupart des records du monde au 2000e de leur valeur. On pourra alors toujours changer d'unité et mesurer un 100 m au millième de seconde, un marathon au centièmes ou encore progresser par grammes en haltérophilie... Et attendre 50 ans pour battre le record.»
Encore 50 ans pour battre des records
Les disciplines d'avenir sont de moins en moins nombreuses. La plus évidente reste la perche féminine qui bénéficie clairement de sa jeunesse. Son asymptote (valeur plancher) se situe à 5m50 pour un record actuel à 5m01, soit encore 10% de gain - contre 3% de progression moyenne prévisible pour les autres disciplines.
En natation par exemple, les records des 400 m 4 nages et 100 m papillon semblent devoir progresser de manière notable alors que le 1500 m stagne depuis trente ans. "Il reste une cinquantaine d'années pour établir la plupart des records." Cela pose une question de fond selon Toussaint. Comment envisage-t-on l'avenir de sports qui continuent à vivre de l'amélioration des records ?
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