23 octobre 2007

Un passeport qui fait l'unanimité

La deuxième journée de la Rencontre internationale contre le dopage dans le cyclisme s'est ponctuée, mardi à Paris, par une grande avancée: le passeport sanguin, approuvé par toutes les parties présentes au CNOSF, sera exigé à tous les coureurs qui prendront le départ du Tour de France 2008. Pat McQuaid et Richard Pound, les présidents respectifs de l'UCI et de l'AMA, et Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, ont ratifié à l'issue du colloque un document actant des nouvelles mesures adoptées pour sortir le cyclisme de la crise.

Et si la révolution dans le cyclisme s'était mise en marche ces 22 et 23 octobre dans les salons du Comité National Olympique et Sportif Français? Avant de crier victoire, l'histoire a souvent démontré que les bonnes paroles n'étaient pas toujours suivies d'actes, il est important de souligner que les deux journées écoulées qui ont réuni à Paris l'ensemble des acteurs du cyclisme international semblent avoir marqué "le point 0" comme le présentait Patrice Clerc, le patron d'Amaury Sport Organisation, celui marquant un nouveau départ pour un sport gangréné depuis de trop nombreuses années par le dopage.

Et si seul l'avenir nous dira si toutes les bonnes intentions prononcées par les plus hauts dirigeants du cyclisme durant ce colloque seront suivies d'effets, reste que Roselyne Bachelot, à l'initiative de cette rencontre, peut jubiler du joli coup réalisé. En effet, en plus d'être parvenue à réunir dans un même lieu des hauts dirigeants d'un sport dont les rapports étaient des plus tendus ces derniers temps, la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, a réussi à ce que Pat McQuaid, président de l'Union cycliste internationale (UCI) et Richard Pound, président de l'Agence mondiale antidopage (AMA), ratifient un document actant de toutes les idées validées par toutes les parties lors de ce sommet antidopage. Si tôt les signatures des deux ennemis jurés apposées sur le papier, Pat McQuaid et Richard Pound se serraient la main sous les flashs crépitant. Roselyne Bachelot pouvait bien afficher un large sourire de circonstance.

Entre 5 000 et 7 000 passeports complets au 1er juillet 2008
La plus importante des avancées apportées par ces deux jours de concertation concerne l'officialisation du fameux passeport sanguin qui sera mis en place dès 2008. Ce passeport biologique consiste en un suivi hématologique fondé sur des paramètres précis qui découleront d'une demi-douzaine de prélèvements sanguins et qui permettront d'établir une valeur moyenne propre à chaque coureur. Ainsi, dès janvier de l'année prochaine, les coureurs professionnels devront se soumettre aux premières prises de sang qui devraient déboucher sur "5 à 7 000 passeports complets au 1er juillet" selon Roselyne Bachelot. Si, grâce à l'avis éclairé de nombreux experts, il a été jugé impossible dans sa réalisation que toutes les courses du calendrier 2008 puissent exiger le passeport biologique, Pat McQuaid et Richard Pound se sont entendus sur le fait qu'il était important que tous les coureurs des équipes Pro-Tour soient soumis à ce nouveau procédé. Lequel sera ensuite normalement étendu à toutes les épreuves.

"Je ne peux pas imaginer qu'en 2008, il y ait des coureurs sans passeport au départ du Tour de France", avait auparavant martelé Patrice Clerc. Qu'il se rassure, la plus grande épreuve du monde, dont on ne sait toujours pas si elle se courra sous l'égide du Pro-Tour l'année prochaine, a reçu la confirmation que tous les coureurs qui prendront le départ de la Grande Boucle seront priés de présenter leurs passeports. Concernant d'éventuelles anomalies constatées dans le suivi d'un coureur, l'UCI et l'AMA ont accepté l'idée que le fautif soit interdit de départ, voire suspendu. Pour ce dernier cas, une commission scientifique indépendante, laquelle devrait être mise en place dans les prochains jours, devra alors se pencher plus minutieusement sur une fluctuation des paramètres sanguins du coureur incriminé.

Clerc : "C'est presque une révolution"
"C'est presque une révolution, ce dont on n'est en train de décider", tenait à souligner Patrice Clerc, visiblement heureux comme beaucoup d'autres par cette future application du passeport biologique. "On est peut-être en train de faire d'un sport jeté en pâture dans les médias un exemple pour tous les autres." Oui, car comme l'a souvent rappelée Roselyne Bachelot, ce sommet antidopage concerne bien tous les sports. En cas de réussite, le passeport biologique a pour vocation à s'étendre à d'autres disciplines, à condition bien sûr que leurs dirigeants l'acceptent.

En ce sens, ceux du cyclisme, certes les moins bien lotis du fait de la perte de crédibilité qui affecte aujourd'hui leur discipline, sont à féliciter, même si ce sommet antidopage marquait surtout pour eux une sorte de dernière tentative pour sortir de la crise. "Notre sport ne survivra pas s'il revit une nouvelle année comme en 2006 et 2007", avait prévenu Pat McQuaid au préalable. "Il me semble que les 22 et 23 octobre resteront comme un tournant pour le cyclisme", prédisait lui Richard Pound. On l'aura compris, les dirigeants du cyclisme se sont donnés pendant deux jours à Paris une dernière chance de sauver ce qui peut encore l'être. Une prochaine sortie de route pouvant s'avérer fatale.

Régis Aumont

"Allons droit au but. Laissons la politique à la porte." Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI) a eu le mérite de planter le décor, lundi après-midi, en préambule de la Rencontre internationale contre le dopage dans le cyclisme, un sommet antidopage qui se tiendra jusqu'à mardi soir au Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et qui résulte d'une initiative de Roselyne Bachelot et de son Ministère de la Santé, des Sports, de la Jeunesse et de la vie associative prise en juillet dernier lors du Tour de France. Par ces mots, l'Irlandais proposait à Christian Prudhomme, directeur de la Grande Boucle, et à David Howman, directeur général de l'Agence mondiale antidopage (AMA), suppléant son directeur Richard Pound, de laisser, un temps, leurs querelles au placard pour ne se consacrer exclusivement durant deux jours qu'à la lutte contre le dopage. Une proposition saluée par ses «adversaires» habituels, qui, comme la grande majorité de l'assistance composée de coureurs, d'éminents chercheurs, d'avocats et de journalistes, s'étaient mis sur leur 31.

Ainsi, c'est dans une ambiance très studieuse que pouvaient se tenir les deux tables rondes du jour, consacrées pour la première à dresser un état des lieux du cyclisme, et pour la seconde aux méthodes de détection indirecte de l'usage de produits dopants. Pour chaque sujet, huit intervenants, spécialistes de la question, échangeaient leurs avis devant l'assistance appelée elle-aussi à participer aux débats. Qu'est-il ressorti de ces longues palabres ? D'abord, que tous les dirigeants présents dans la capitale ce lundi ont semble-t-il tous bien conscience que le fléau du dopage est en train de ravager le sport qu'ils défendent et que les innombrables scandales qui ont émaillé l'année 2007 ont plongé encore un peu plus dans les abymes une discipline gangrénée jusqu'à la moelle par le dopage, et dont la crédibilité auprès des annonceurs, des diffuseurs et des spectateurs a pris un sacré coup sur la tête lors du Tour 2007. Un Tour pourri par les affaires Sinkewitz, Rasmussen, Moreni, Vinokourov, Kashechkin, sans oublier les soupçons qui planent sur son vainqueur Alberto Contador, successeur de Floyd Landis... euh, non, d'Oscar Pereiro au palmarès.

Prudhomme : "Le passeport biologique est essentiel"
"Nous souhaitons repartir de Paris mardi avec un accord, un programme permettant de lutter contre le dopage, poursuivait même avec beaucoup d'optimisme McQuaid. Nous sommes tous conscients du pouvoir destructif du dopage. Je suis prêt à mettre de côté certains différends pour que l'on s'attarde sur la question du dopage. Ou l'on arrive à régler ce problème ou le cyclisme ne sera bientôt plus un sport", concluait-il d'un ton plus grave. Lui, souvent accusé de laxisme quand il s'agit de lutter contre les tricheurs, comme par exemple d'avoir autorisé Rasmussen à prendre le départ du Tour malgré les manquements du Danois à plusieurs contrôles inopinés, se présentait soudainement comme le chantre de la lutte antidopage. Quelque peu surprenant, mais au moins personne ne pourra reprocher à McQuaid de ne pas jouer le jeu. David Howman, et ce malgré les inimitiés qui existent entre les dirigeants de l'UCI et ceux de l'AMA, ne pouvait qu'apprécier. "L'UCI a effectué des avancées essentielles, et nous ne pouvons que les féliciter. Mais la bataille n'est pas gagnée pour autant. Il faut encore progresser dans la lutte. Par exemple, nous voulons qu'un coureur récidiviste ne soit plus suspendu deux mais quatre ans dès que le nouveau code mondial antidopage aura été révisé."

Une suspension plus longue pour les récidivistes, une bonne initiative qui faisait cependant sourire Xavier Jan, ancien coureur de la Française des Jeux et de Big-Mat Auber 93, désormais membre de l'Union Nationale des Cyclistes Professionnels. "En cas de récidive, ce n'est pas 4 ans qu'il faut, mais une suspension à vie, martelait-il. En 1998, lors de l'affaire Festina, on nous avait dit que c'était juste une génération de coureurs. Mais ces coureurs sont passés et les méthodes sont restées. La révolution culturelle ne s'est pas effectuée à tous les niveaux. Quand on voit comment certains directeurs sportifs se battent pour récupérer certains coureurs dès qu'ils reviennent sur le marché après une suspension..." Néanmoins, si certains désaccords sont parfois apparus au cours des quatre heures de dialogue, tous se sont accordés sur les principaux points noirs à régler au plus vite pour sortir le cyclisme de la crise et notamment sur la création impérative en 2008 du passeport biologique individuel censé assurer la «traçabilité éthique» des performances.

"Le passeport biologique est un document individuel qui consignera les résultats de tous les contrôles sanguins et urinaires de chaque coureur, a indiqué Anne Gripper, manager antidopage de l'UCI. Il nous permettra de dresser son profil hématologique et stéroïdien et ainsi de surveiller plus efficacement si un coureur a recours à des manipulations sanguines ou à des stéroïdes, comme la testostérone, dont nous soupçonnons un usage encore important, surtout à faible dose, dans le peloton." Christian Prudhomme, sous le regard de Patrice Clerc, le président d'Amaury Sport Organisation (ASO), résumait ainsi un avis approuvé tour à tour par chacun des intervenants: "Le passeport biologique est essentiel pour 2008." L'ancien journaliste, ferme dans ses propos, ajoutait cependant qu'"il faut aller plus loin. Mais il faut aussi appliquer les mesures qui sont déjà en place. Si on l'avait fait cette année, ni Rasmussen, ni Sinkewitz (dont le contrôle positif avait été effectué au mois de juin, Ndlr) n'auraient pris part au Tour de France". Enfin un pic lancé par le directeur du Tour de France à l'encontre de l'«ennemi» Pat McQuaid et de l'UCI. On en avait presque oublié qu'ils s'étaient déclarés la guerre pendant la dernière Grande Boucle...


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