22 octobre 2007
La première des deux journées de la Rencontre internationale contre le dopage dans le cyclisme, un colloque initié par le ministère de la Santé et des Sports, a réuni, lundi à Paris, les plus hautes instances du cyclisme international. Et si beaucoup pensaient que les querelles tenaces entre l'Union cycliste internationale (UCI), l'Agence mondiale antidopage (AMA) et les organisateurs du Tour de France allaient perturber les débats, force est de constater que tous se sont accordés sur la nécessité de faire de la lutte antidopage la priorité des priorités.
Régis Aumont
"Allons droit au but. Laissons la politique à la porte." Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI) a eu le mérite de planter le décor, lundi après-midi, en préambule de la Rencontre internationale contre le dopage dans le cyclisme, un sommet antidopage qui se tiendra jusqu'à mardi soir au Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et qui résulte d'une initiative de Roselyne Bachelot et de son Ministère de la Santé, des Sports, de la Jeunesse et de la vie associative prise en juillet dernier lors du Tour de France. Par ces mots, l'Irlandais proposait à Christian Prudhomme, directeur de la Grande Boucle, et à David Howman, directeur général de l'Agence mondiale antidopage (AMA), suppléant son directeur Richard Pound, de laisser, un temps, leurs querelles au placard pour ne se consacrer exclusivement durant deux jours qu'à la lutte contre le dopage. Une proposition saluée par ses «adversaires» habituels, qui, comme la grande majorité de l'assistance composée de coureurs, d'éminents chercheurs, d'avocats et de journalistes, s'étaient mis sur leur 31.
Ainsi, c'est dans une ambiance très studieuse que pouvaient se tenir les deux tables rondes du jour, consacrées pour la première à dresser un état des lieux du cyclisme, et pour la seconde aux méthodes de détection indirecte de l'usage de produits dopants. Pour chaque sujet, huit intervenants, spécialistes de la question, échangeaient leurs avis devant l'assistance appelée elle-aussi à participer aux débats. Qu'est-il ressorti de ces longues palabres ? D'abord, que tous les dirigeants présents dans la capitale ce lundi ont semble-t-il tous bien conscience que le fléau du dopage est en train de ravager le sport qu'ils défendent et que les innombrables scandales qui ont émaillé l'année 2007 ont plongé encore un peu plus dans les abymes une discipline gangrénée jusqu'à la moelle par le dopage, et dont la crédibilité auprès des annonceurs, des diffuseurs et des spectateurs a pris un sacré coup sur la tête lors du Tour 2007. Un Tour pourri par les affaires Sinkewitz, Rasmussen, Moreni, Vinokourov, Kashechkin, sans oublier les soupçons qui planent sur son vainqueur Alberto Contador, successeur de Floyd Landis... euh, non, d'Oscar Pereiro au palmarès.
Prudhomme : "Le passeport biologique est essentiel"
"Nous souhaitons repartir de Paris mardi avec un accord, un programme permettant de lutter contre le dopage, poursuivait même avec beaucoup d'optimisme McQuaid. Nous sommes tous conscients du pouvoir destructif du dopage. Je suis prêt à mettre de côté certains différends pour que l'on s'attarde sur la question du dopage. Ou l'on arrive à régler ce problème ou le cyclisme ne sera bientôt plus un sport", concluait-il d'un ton plus grave. Lui, souvent accusé de laxisme quand il s'agit de lutter contre les tricheurs, comme par exemple d'avoir autorisé Rasmussen à prendre le départ du Tour malgré les manquements du Danois à plusieurs contrôles inopinés, se présentait soudainement comme le chantre de la lutte antidopage. Quelque peu surprenant, mais au moins personne ne pourra reprocher à McQuaid de ne pas jouer le jeu. David Howman, et ce malgré les inimitiés qui existent entre les dirigeants de l'UCI et ceux de l'AMA, ne pouvait qu'apprécier. "L'UCI a effectué des avancées essentielles, et nous ne pouvons que les féliciter. Mais la bataille n'est pas gagnée pour autant. Il faut encore progresser dans la lutte. Par exemple, nous voulons qu'un coureur récidiviste ne soit plus suspendu deux mais quatre ans dès que le nouveau code mondial antidopage aura été révisé."
Une suspension plus longue pour les récidivistes, une bonne initiative qui faisait cependant sourire Xavier Jan, ancien coureur de la Française des Jeux et de Big-Mat Auber 93, désormais membre de l'Union Nationale des Cyclistes Professionnels. "En cas de récidive, ce n'est pas 4 ans qu'il faut, mais une suspension à vie, martelait-il. En 1998, lors de l'affaire Festina, on nous avait dit que c'était juste une génération de coureurs. Mais ces coureurs sont passés et les méthodes sont restées. La révolution culturelle ne s'est pas effectuée à tous les niveaux. Quand on voit comment certains directeurs sportifs se battent pour récupérer certains coureurs dès qu'ils reviennent sur le marché après une suspension..." Néanmoins, si certains désaccords sont parfois apparus au cours des quatre heures de dialogue, tous se sont accordés sur les principaux points noirs à régler au plus vite pour sortir le cyclisme de la crise et notamment sur la création impérative en 2008 du passeport biologique individuel censé assurer la «traçabilité éthique» des performances.
"Le passeport biologique est un document individuel qui consignera les résultats de tous les contrôles sanguins et urinaires de chaque coureur, a indiqué Anne Gripper, manager antidopage de l'UCI. Il nous permettra de dresser son profil hématologique et stéroïdien et ainsi de surveiller plus efficacement si un coureur a recours à des manipulations sanguines ou à des stéroïdes, comme la testostérone, dont nous soupçonnons un usage encore important, surtout à faible dose, dans le peloton." Christian Prudhomme, sous le regard de Patrice Clerc, le président d'Amaury Sport Organisation (ASO), résumait ainsi un avis approuvé tour à tour par chacun des intervenants: "Le passeport biologique est essentiel pour 2008." L'ancien journaliste, ferme dans ses propos, ajoutait cependant qu'"il faut aller plus loin. Mais il faut aussi appliquer les mesures qui sont déjà en place. Si on l'avait fait cette année, ni Rasmussen, ni Sinkewitz (dont le contrôle positif avait été effectué au mois de juin, Ndlr) n'auraient pris part au Tour de France". Enfin un pic lancé par le directeur du Tour de France à l'encontre de l'«ennemi» Pat McQuaid et de l'UCI. On en avait presque oublié qu'ils s'étaient déclarés la guerre pendant la dernière Grande Boucle...
page mise en ligne par SVP

vélo
ski de fond
plongeon
Consultez
notre ENCYCLOPÉDIE sportive