31 octobre 2007

Clara vers la lumière

La traversée du désert de Clara Hughes n'est peut-être pas tout à fait terminée. Mais elle a l'air d'achever.

La championne olympique du 5000 m longue piste a connu des lendemains qui déchantent après sa victoire dramatique à Turin, en février 2006. Sa motivation s'est effritée. Sa technique s'est émoussée. Ses expériences avec de nouveaux patins ont échoué. Pour couronner le tout, elle a raté les Championnats du monde 2007 en raison de la mort de son beau-père.

Bref, une de ces années où l'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester couché.

La résidante de Glen Sutton en est venue à se demander si elle avait toujours le goût de continuer. « Je suis une fille compétitive. Je n'aime pas être mauvaise dans ce que je fais, disait-elle au téléphone cette semaine. J'étais entourée d'athlètes extrêmement motivés, alors que moi, je ne l'étais plus du tout. Je me suis demandé si j'étais encore à ma place. »

Le camp d'entraînement printanier de l'équipe nationale avait lieu à Richmond, près de Vancouver, là où seront tenues les épreuves de longue piste lors des Jeux olympiques de 2010. Hughes s'y est présentée la tête pleine d'interrogations. Elle en est repartie régénérée.

« J'ai compris la chance que j'avais et j'ai réalisé qu'il n'y a jamais eu de meilleur moment pour un athlète dans l'histoire de notre pays (en raison des Jeux qui s'en viennent). Je me suis rendu compte que je voulais redevenir comme ces athlètes qui m'entouraient. »

Après avoir consacré beaucoup d'énergie à ses commanditaires et à la fondation Right to Play, elle a sabré dans ses engagements pour se concentrer sur l'entraînement. Au cours de l'été, la double médaillée de bronze des Jeux d'Atlanta est allée faire du vélo sur les routes désertes de la Sierra Nevada californienne. Une promenade de santé : en 10 jours, elle s'est tapé des ascensions totalisant 17000 mètres - deux fois la hauteur de l'Everest !

« Le vélo est un outil merveilleux, car il me procure un sentiment de liberté, dit-elle. À vélo, je ne me sens pas prise au piège par le sport. »

Un gros moteur
Il faut dire que la technique est pas mal moins importante en vélo qu'en patinage de vitesse. Hughes est la première à admettre qu'elle n'est pas la plus fluide des patineuses. Son triomphe de Turin est d'abord et avant tout le triomphe de la volonté. « Ma bonne forme physique, le gros moteur que m'ont légué mes parents et l'entêtement comptent pour beaucoup dans mes bons résultats, dit-elle. Toute amélioration devra venir de ma technique, car je ne peux pas vraiment être plus en forme que je le suis. »

Sa technique, justement, l'avait désertée quand elle a repris l'entraînement sur glace à l'anneau olympique de Calgary, cet automne. Le doute est vite revenu s'insinuer en elle. « Ça allait tellement mal lors des compétitions intra-équipe que j'avais l'impression de ne plus savoir patiner. » Elle s'est même demandé si elle n'était pas affligée par le problème de motricité (perte d'un patron moteur) qui a poussé la patineuse de courte piste Amélie Goulet-Nadon à la retraite, l'année dernière.

Heureusement, à force de décortiquer son coup de patin sur vidéo, elle a fini par trouver le bobo, juste à temps pour les sélections nationales en vue du circuit de la Coupe du monde, qui avaient lieu à Calgary, le week-end dernier. Hughes a fini deuxième du 5000 m, une demi-seconde derrière la Tchèque Martina Sablikova, détentrice du record mondial.

« Avant, c'était comme si j'appuyais sur le frein à chaque enjambée, explique-t-elle. Au lieu de flotter sur la glace, je poussais ma lame dans la glace. Ce n'est pas une bonne idée quand tu fais 34 enjambées par tour pendant 12 tours et demi ! »

Le championnat du monde par distances individuelles, qui aura lieu au Japon, en mars, sera la plus importante compétition de Hughes cette année. D'ici là, il faudra qu'elle retrouve l'esprit du guerrier. « Je dois retrouver l'intensité, la drive, le désir de gagner, dit-elle. Je ne les sens pas encore à l'intérieur de moi. »

Ça viendra sûrement. La quintuple médaillée olympique, qui a eu 35 ans le mois dernier, s'est fait une spécialité de toucher le fond pour mieux rebondir. Avant les Jeux de Turin, elle avait combattu une pneumonie. Son moral était au 36e sous-sol. Personne, pas même Hughes elle-même, ne croyait en ses chances de gagner l'or. On connaît la suite.

« Peut-être que c'est la lutte qui me permet d'atteindre le sommet. Peut-être que je devrais accepter cette réalité, dit Hughes en riant. Pour atteindre la lumière, il faut traverser les ténèbres. »

Son objectif ultime demeure les Jeux de Vancouver. Pour une sixième médaille ? Ce serait mal la connaître. « Je n'ai jamais fait ça pour les médailles et ça ne changera pas. Je veux juste aller aux Olympiques et y connaître la course de ma vie. J'en ai déjà eu quelques-unes, des courses de ma vie. Mais je suis bien prête à en avoir une autre ! »


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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