21 octobre 2007

Les deux fonctionnent à pédale. Le premier file à plus de 40 km/h, la seconde ne dépasse pas 0 km/h, à moins d'être lancée à bout de bras. L'un est en fibre de carbone, l'autre en modeste polypropylène. Celui-ci coûte plus de 4000$, celle-là, à peine une vingtaine.

Le vélo E-114, d'Argon 18, et la poubelle de cuisine Moda, d'Entreprises Hamelin, remplissent chacun parfaitement leur fonction.

Les deux ont été conçus par Morelli Designers, à Montréal.

C'est dire l'étendue de la gamme sur laquelle jouent les firmes de design industriel québécoises.

Argon 18, petit fabricant montréalais de vélos de haute qualité, avait confié à Morelli la tâche de concevoir un vélo de triathlon en fibre de carbone. L'objectif était simple : produire le meilleur engin.

« Le 13 octobre dernier, à l'Ironman d'Hawaii, un de nos collaborateurs a fait le meilleur temps au contre-la-montre avec notre E-114, raconte Bruno Paradis, coordonnateur des communications d'Argon 18. Voilà quel était le mandat donné à Morelli Designers de concevoir un vélo avec nous. »

Cette conception n'était pas une performance en solitaire. « Le travail d'équipe était très important », insiste le designer industriel Michel Morelli, depuis 25 ans à la tête de la firme qui porte son nom. « Gervais Rioux, président d'Argon 18 et ancien coureur lui-même, connaît à fond les vélos et leurs problèmes. »

La nécessité aérodynamique est peut-être le facteur qui dicte le plus directement et élégamment la forme d'un objet. Le cadre du E-114 frappe d'abord par ses larges flancs où les arrondis sont rompus par des arêtes vives. Son aérodynamisme, esquissé au départ de façon intuitive, a été raffiné en soufflerie.

Morelli Designers a conçu au passage un ensemble fourche-guidon révolutionnaire. La fourche en carbone se prolonge en un bouclier qui encapsule le pivot de direction, lui procurant ainsi un carénage aérodynamique. Un guidon intégré et profilé, lui aussi en fibre de carbone - une première -, s'y greffe directement, éliminant la traditionnelle potence. Ce concept a fait l'objet d'une demande de brevet. Les freins avant sont placés derrière la fourche, ce qui réduit encore la traînée.

Le E-114, offert au grand public, doit exsuder la performance. I1 doit séduire, produire « cet effet qui nous fait dire wow! » selon l'expression de Michel Morelli. « Ce wow est une émotion. » Et cette émotion doit jaillir au premier coup d'oeil.

On n'en demande pas tant à une poubelle ? Faux, répond le designer. Dans un étalage de quatre ou cinq poubelles anonymes, vous choisirez celle qui a accroché votre regard, celle qui vous semble le mieux répondre à vos besoins... Celle qui vous aura séduit.

Pour la poubelle Moda, les contraintes de poids étaient - presque - aussi critiques que pour le vélo : il ne fallait pas dépasser 1,5 kg de plastique, car c'est ce qui déterminerait en bonne partie son prix. Les poubelles devaient être empilables, question de réduire leur volume durant le transport.

« Des gens ouvriront la poubelle par son couvercle », mentionne le designer. Son rebord comporte donc une échancrure pour y glisser la main. Un anneau s'insère au sommet du contenant pour fixer le sac poubelle et l'empêcher de glisser.

Une des deux versions de la poubelle Moda se distingue par sa pédale constituée d'un élégant arceau en acier inoxydable, qui s'inscrit - discrètement - dans la tendance des électroménagers de cuisine. «C'est un fabricant de plastique, s'exclame-t-il : on n'allait pas lui proposer une poubelle entièrement en inox ! »


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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