12 octobre 2007

Cocotte a plus d'un tour dans son sac
Alors que l'industrie canadienne du vêtement subit encore les contrecoups de l'ouverture des frontières aux importations chinoises, certaines entreprises résistent. C'est le cas de Cocotte équipement, qui conçoit et fabrique ses sacs haute performance à Montréal. Portrait d'un (petit) arbre qui tient tête au vent d'Asie.
Gabriel Béland
Se promenant dans l'étroite rue Fehrbelliner, à Berlin, le touriste québécois peut avoir une surprise. Surtout s'il est cycliste. Là, dans un petit magasin de vélo, se vendent des sacs bien connus des Montréalais : ceux de l'entreprise Cocotte équipement.
L'histoire peut sembler banale. Elle ne l'est pourtant pas. Les produits du textile fabriqués au Québec sont de plus en plus rares - sans parler de ceux qui sont exportés.
Ça fait partie des objectifs de l'entreprise, explique le cofondateur de Cocotte, Patric Meunier. L'idée, c'est que nos sacs soient fabriqués ici, par du monde d'ici, avec des matériaux d'ici, et exportés le plus possible. »
Par «ici», Patric Meunier entend vraiment ici. Les 2000 sacs produits chaque année par l'entreprise sont faits à la main dans un local exigu de l'avenue du Mont-Royal. Sens dessus dessous, l'atelier est rempli de morceaux de cordura, de nylon, de sangles, etc. Des sacs pendent au mur. Sur une table sont posés quelques disques de... Manu Chao.
C'est dans ce même local que l'aventure Cocotte a commencé, il y a presque 15 ans. À l'époque, Patric et sa conjointe, Jasmine Lachance, habitaient une partie des 1800 pieds carrés de l'atelier. Jasmine, ayant plusieurs amis coursiers à vélo, leur avait conçu un sac. Le succès fut instantané. Depuis, Cocotte vend bien au-delà du cercle restreint des messagers.
Au début ceux-ci représentaient 90% des ventes, précise Patric Meunier.
Aujourd'hui, ils représentent tout au plus 5 %. « Tous les messagers en ont déjà un, et ils ne les changent pas souvent », préciset-il. Selon lui, sur les 200 coursiers que compte Montréal, environ 180 ont un sac Cocotte.
I1 a donc fallu chercher d'autres horizons. Et paradoxalement, c'est grâce aux coursiers que Cocotte y est parvenu. « De voir ces gens faire un usage industriel, intensif, de nos sacs nous a donné une bonne crédibilité », dit Patric.
La popularité croissante des ordinateurs portables a aussi propulsé les ventes dans les dernières années. Aujourd'hui, une journée à l'université n'est pas normale sans la vue d'un «Cocotte». Le sac est ainsi devenu un emblème de l'urbanité. L'entreprise s'adresse d'abord aux plus ou moins jeunes, créatifs, instruits, et, parfois sportifs, prêts à payer entre 115 $ et 150$ pour un sac avec le logo à la pomme de pin.

Résultat: depuis 10 ans, la production a été multipliée par 10. Patric et Jasmine ont déménagé sur la Rive-Sud, et n'habitent plus dans l'atelier de l'avenue du Mont-Royal, maintenant entièrement réservé à l'entreprise. Quatre maquettes sont sur les planches à dessin, et deux nouveaux sacs devraient voir le jour bientôt.
L'avantage de la proximité
Mais certaines choses, elles, ne sont pas près de changer. Beaucoup d'entrepreneurs nous approchent pour nous offrir de fabriquer nos sacs en Chine, explique Patric. Mais ça ne nous intéresse pas. Ici, on peut plus facilement contrôler la qualité. Si je suis pris avec 20 mauvais sacs, passe encore. Mais si je sous-traitais en Asie, et que j'étais pris avec 2500 mauvais sacs, là, ce serait un méchant problème ! »
Et Patric Meunier assure que la qualité vient en premier. Il y a quelques années, l'entreprise française Auclair - connue pour ses gants de ski - a produit un sac de coursier étrangement similaire à un des modèles de Cocotte. Fabriqué en Asie, il était vendu 50$ moins cher.
« Mais le sac tombait en morceaux après quelques mois », prétend-il. Le calcul de l'entrepreneur est donc simple : un produit irréprochable vaut son pesant d'or.
Dustin Nordhus, propriétaire de Cicli Berlinetta (le magasin berlinois de la rue Fehrbelliner), croit d'ailleurs qu'aucun sac n'est plus résistant qu'un Cocotte. « C'est fait fort, et c'est même mieux qu'un Chrome, explique-t-il. Et je ne dis pas ça parce que je suis canadien ! » Chrome, le plus prestigieux concurrent de Cocotte, fait fureur auprès des jeunes cyclistes américains.
Pour Patric Meunier, ceci est le résultat d'un travail de proximité. « Lorsqu'on ajoute une caractéristique à un sac, on peut en faire quelques démos, les prêter à des messagers, et on les reprend un ou deux mois plus tard, explique-t-il. Si notre modification ne tient pas la route, on le sait tout de suite. »
Bob Kirke, directeur général de la Fédération canadienne du vêtement, assure cependant qu'Asie peut parfois rimer avec qualité. « Il ne faut pas croire que ce qui est fait en Asie n'est jamais de qualité, dit-il. Mais il est vrai que pour une petite entreprise, c'est plus difficile. Si vous faites faire votre commande dans une usine qui reçoit un contrat urgent de Nike, qui passe en premier, vous croyez ? La grosse entreprise, bien sûr ! »
« En plus, les petites entreprises ont rarement des représentants en Chine, poursuit M. Kirke. C'est donc plus dur de contrôler la qualité que pour une grande entreprise, qui a des gens sur place. »
Pour Cocotte, qui a deux employés, avoir un représentant en Chine n'est donc pas une option. Et même si ce l'était, Patric Meunier n'est tout simplement pas intéressé. « Nos sacs, à ce qu'on me dit, sont très concurrentiels au niveau du prix. Et on a plusieurs concurrents qui produisent en Asie. De toute manière, l'intérêt de l'entreprise, c'est de tout faire ici. »
Mais cela pourrait changer. Patric Meunier envisage de déménager l'atelier dans le Sud. Guatemala, Honduras ? Non, la Rive-Sud... « Je suis pas mal tanné de traverser le pont matin et soir... »
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