27 octobre 2007
Jean-Jacques Bozonnet
Le tribunal de Rimini rendra son jugement à la mi-décembre, mais qui se passionne encore pour le procès de trois petits trafiquants de drogue et d'une prostituée ? Les premiers sont accusés d'avoir fourni les dernières doses de cocaïne à Marco Pantani, quand le coureur s'est réfugié à la Résidence Le Rose de Rimini. La jeune femme, Elena Korovina, qui travaille toujours comme escort girl dans cette station balnéaire de l'Adriatique après avoir été la dernière compagne du champion, avait fait les présentations entre le client et ses fournisseurs.
Les parents de Marco Pantani sont partie civile mais, dès le début du procès, Mamma Tonina s'était écriée : "Condamnez les dealers, mais ce ne sont pas eux qui ont tué mon fils." Le chagrin d'une mère peut-il avoir raison de l'évidence ? Marco Pantani est mort d'une surdose de cocaïne. C'est la conclusion à laquelle les policiers, les magistrats et les légistes sont parvenus, en 2004, après deux mois intenses d'enquête. La quasi-totalité de l'opinion s'est rangée à leur avis, même si les responsabilités sur ce qui a conduit le jeune homme à cette impasse tragique restent à établir.
Zones d'ombre
Tonina Pantani s'accroche à l'idée qu'on a assassiné son fils. Qui ? Elle l'ignore, mais il y a trop de zones d'ombre dans les dernières heures de Marco et trop de pièces manquantes dans le puzzle de l'enquête pour calmer ses tourments. Philippe Brunel partage beaucoup de ces doutes. Les lacunes de l'enquête, les incohérences matérielles et les contradictions de certains témoignages donnent une dimension de thriller au livre que ce spécialiste du cyclisme à L'Equipe consacre au champion italien.
L'ouvrage aurait pu être une contre-enquête journalistique classique, vitaminée aux scoops plus ou moins avérés. Mais au fil d'une quête personnelle et sensible, c'est le roman d'une vie qui émerge.
Il y a quelque chose de pourri dans le cyclisme professionnel, et ce monde tout en noirceur affleure à toutes les pages de ce beau livre sombre. On y voit un Marco Pantani s'y abîmer, aspiré vers le fond par ses propres fêlures autant que par le système.
Amoureux du sport cycliste, Philippe Brunel n'en condamne pas les excès, pas plus qu'il ne juge Pantani pour les siens. Là où le travail du journaliste aurait pu mettre de la distance, le récit est un cheminement de plus en plus intime, un rapproché sentimental. Marco le champion et Philippe le journaliste étaient-ils amis dans la vie ? Visiblement, ils le sont devenus dans la mort.
L'auteur avoue son désarroi : "Depuis le drame, je n'ai pas vu les saisons passer, écrit-il. Mais la tristesse de ce jour d'hiver du mois de février 2004, qui accompagnait son cortège funèbre, jusqu'au petit cimetière marin en lisière de la ville, est là, toujours en moi." Au terme du livre, tout le mystère n'est pas dissipé, la tristesse et le sentiment de gâchis non plus.
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