1er octobre 2007
Stéphane Mandard
Lorsqu'il a remis le bouquet de vainqueur à Paolo Bettini, le maire de Stuttgart, Wolfgang Schuster, ne s'est pas répandu en félicitations auprès du nouveau champion du monde. Une poignée de main rapide, et l'élu s'est aussitôt éclipsé du podium protocolaire. Le deuxième maillot arc-en-ciel consécutif de l'Italien a en revanche été salué par une bordée de sifflets du public allemand - qui aurait préféré voir triompher l'enfant du pays, Stefan Schumacher, troisième derrière le Russe Alexandr Kolobnev - à laquelle quelques compatriotes du coureur transalpin ont répondu par des bras d'honneur en tribune de presse. Dimanche 30 septembre, à Stuttgart, la victoire de Paolo Bettini a couronné une semaine et une saison noires pour le cyclisme.
La mairie de Stuttgart avait bien tenté d'interdire à l'Italien de participer aux Mondiaux après son refus de signer la charte antidopage de l'Union cyclisme internationale (UCI). En vain. Un tribunal de la ville avait estimé que le document, que les coureurs avaient dû parapher pour disputer le Tour de France, ne possédait pas de caractère obligatoire.
"La question de la participation de Paolo Bettini n'est pas une question juridique mais une question de crédibilité pour le cyclisme. L'UCI doit savoir quel chemin elle montre en garantissant le départ de Bettini, qui continue de ne pas vouloir signer la déclaration sur l'honneur. Ce n'est certainement pas le signal pour un nouveau départ", avait commenté Wolfgang Schuster avant la course. "Veni, Vidi, Vici", a répondu le président de l'UCI, Pat McQuaid, pour saluer Bettini, "un magnifique coureur". Le patron du cyclisme mondial, qui n'a guère goûté le militantisme de la ville hôte de ses championnats, a menacé Stuttgart, capitale européenne du sport en 2007, de demander à ses collègues des autres fédérations internationales de bouder la capitale du Bade-Wurtemberg.
« Toujours aussi fâché »
Dimanche 30 septembre, c'est la télévision publique allemande qui a boudé les Mondiaux. A la place de la course, ZDF a préféré diffuser la finale de la Coupe du monde de football féminin remportée par les Allemandes face aux Brésiliennes (2-0) et Histoires de tous les jours, un téléfilm populaire des années 1980. La chaîne, qui avait interrompu cet été la retransmission de la Grande Boucle après le début des affaires de dopage, n'a diffusé que quelques images après l'arrivée et au début de la course. L'occasion, tout de même, pour les téléspectateurs, d'apercevoir quelques bénévoles de l'organisation tenter de couvrir une inscription à la craie sur le parcours : "Dr Fuentes, je veux un enfant de vous", référence au désormais célèbre médecin soupçonné d'avoir dopé nombre de sportifs parmi lesquels l'ex-idole du sport allemand, Jan Ullrich.
La chaîne publique, comme l'ensemble de la presse allemande, s'est surtout penchée sur le cas Bettini. Quelques jours avant la course, elle assurait être en possession de documents mettant en cause le coureur. Selon ZDF, Patrik Sinkewitz aurait accusé l'Italien de lui avoir procuré un gel à base de testostérone. Exclu du Tour après un contrôle positif, en juin, à la testostérone, l'ex-coureur de T-Mobile a démenti.
Après sa victoire, l'Italien a, lui, crié vengeance. "Je suis toujours aussi fâché qu'avant le départ de la course, a lâché l'Italien. Il y a des déclarations qui ont été faites contre moi que je ne peux pas accepter. Si des gens ont des preuves contre moi, qu'ils les montrent. Sinon, ce sont eux qui devront payer car je ne vais pas rester sans rien faire." En coupant la ligne d'arrivé, le coureur italien a mimé des tirs à la mitraillette. "Les tirs n'étaient pas destinés à Pat McQuaid ou au monde du cyclisme, car on dialogue entre nous quand il y a un problème, mais aux gens qui viennent dans le cyclisme uniquement pour des raisons économiques", a expliqué le champion du monde, sans plus de précision. Le président de l'UCI voulait, dimanche soir, devant la presse, coûte que coûte positiver : "Ça a été une superbe journée dans une superbe atmosphère."
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