24 octobre 2007
André Lafrance
J'aime bien faire du vélo. Mes lecteurs se souviendront de mes chroniques annuelles sur le Tour de l'Ile en vélo. Je continue à le faire, ce Tour, même s'il n'entraîne plus le même enthousiasme de la part des cyclistes, des riverains (qui ont, pour la plupart, perdu l'habitude de fêter les cyclistes par de la musique ou des applaudissements) et des… commanditaires. Ce qui est, un jour, exceptionnel, devient avec la répétition… habituel. Mais, pour moi, cela demeure important comme grande fête citoyenne. Alors…
Mais je ne fais pas du vélo une religion. Je ne suis pas membre de la secte des « pédales heureuses » qui attribuent au vélo des vertus messianiques. Je reste très sceptique, par exemple, devant des opérations comme celle qui consiste à installer, à Montréal, un système de vélos communautaires. Il n'y a pas seulement la question de la période d'utilisation possible de ces vélos (je sais bien que des membres de la secte « sus-mentionnée » gardent la selle au cul même l'hiver… mais cela relève plus du martyr que du héros !).
En fait, ce qui m'embête le plus c'est qu'on justifie cette opération (cela semble parfois une excuse de ne pas investir dans les « vrais » transports publics) par le « grand succès » remporté à Paris.
C'est drôle. Mais, même durant les récentes journées de perturbation dans les transports publics parisiens, je n'ai pas vu tant de vélos que cela dans les rues. Comme le contrat de fournir et gérer le parc de vélos de la ville de Paris a été confié à une très grosse société, JCDecaux, dont l'activité principale est la publicité (entre autres, les panneaux-réclames), je me demande quelle est la vraie utilisation de ces « sujets de conversation » à deux roues.
Et pourtant, il faut constater que cela se répand… du moins dans le discours des politiciens. Le journal JDD de dimanche dernier faisait sa première page avec la nouvelle que 22 villes qui jouxtent la capitale affirment vouloir accepter l'offre de Paris visant l'extension de son système de vélo en libre-service, grâce à une modification du contrat entre la Ville et son fournisseur. Le journal précise que « cette extension, permettra d'installer 4,500 vélos sur trois cents stations en banlieue limitrophe, avec 7500 points d'attache. »
De quoi donner à certains carrefours de Paris des allures d'un Hanoi ou d'un Beijing d'il y a une dizaine d'années. (Ce à quoi, d'ailleurs, ces deux villes ne veulent absolument plus ressembler !)
Un peu plus loin, dans un coin de page, le journal rapporte qu'il y aurait eu, à Paris, 36 blessés en « Vélib' » en deux mois et demi. Un responsable de la Ville de Paris précise : « Les utilisateurs de Vélib' seraient responsables dans 70% des accidents alors que les cyclistes (avec leur propre vélo) sont d'habitude responsables dans 40% des cas. Il faudrait donner une meilleure éducation routière aux premiers. »
Faudrait-il imposer un permis de conduire aux amateurs de vélos communautaires à temps partiel ?
Je n'ai rien contre cette initiative à Montréal. Mais cela m'énerve qu'on en fasse le sujet d'une religion susceptible de provoquer des petits miracles dans nos rues.
Sur la taille des utilisateurs, peut-être. Mais pas sur le volume de la circulation automobile ! Qui va vraiment profiter de cette alternative ?
Demain, je vous parlerai de l'autre secte, celle des adorateurs de tramways. Cela fait trois jours que j'utilise le réseau de Bruxelles.
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