27 octobre 2007
Amélia Blanchot
Parc de la Villette, à Paris. Une colonie d’apprentis cyclistes se dirige vers le Zénith. Coiffés de leurs casques bleu électrique, ils avancent à tâtons : les fesses sur la selle et les pieds qui poussent le vélo. Quasiment chaque samedi matin, à 10 heures, des adultes se retrouvent pour apprendre à manier la petite reine. Effet Vélib’oblige, la bicyclette revient à la mode et les cours organisés par l’AICV (Animation insertion et culture vélo) sont en plein boom. N’en déplaise à ceux qui pensent que « tout le monde sait faire du vélo » . Un leitmotiv que Françoise, 48 ans, a trop entendu : « Mon ami me disait tout le temps ça. Petite, je n’arrivais pas à en faire, je n’avais pas la technique. Je me suis donc lancée dans ces cours. J’étais inquiète, quand on est adulte, c’est un peu tabou. Finalement, l’esprit de groupe prend le dessus, et tout se passe bien. »
Solidarité
Au bout de dix séances, elle commence à maîtriser sa monture de fer. Du côté des débutantes, certaines n’ont jamais approché l’engin à deux roues. C’est le cas de Julie, 54 ans, et de Diarra, 27 ans. Simplement parce qu’elles n’ont « jamais eu l’occasion » . Tout comme Martine, 60 ans : « J’ai grandi à Paris, où le vélo n’était pas très développé. Je pars souvent en Bretagne, c’est plat, ça m’a donné envie de m’y mettre. »
Sous le regard avisé de Joël Sick, moniteur fédéral, mesdames s’exercent. Par ce frais matin d’automne, seules des femmes ont fait le déplacement. Il faut d’abord trouver son équilibre. Dalila, 32 ans, s’élance. Tellement qu’elle en oublie de s’arrêter. Sa roue avant percute un muret. Joël, sourire aux lèvres, remarque : « Ah oui, forcément, on n’a pas encore vu le freinage. » Une collision sans heurts qui a fait rire le groupe. Ici, pas de moqueries, juste un peu d’ironie. Et entre néophytes, la honte du débutant s’efface pour laisser place à la solidarité de groupe. Même quand deux d’entre elles se percutent : pas d’insultes, juste des excuses polies. Joël, toujours très sérieux, fait un rappel à l’ordre : « On tourne dans le même sens ! » Hors de question de plaisanter avec la sécurité. « Une chute peut vite arriver, même si c’est souvent sans gravité. Les adultes tombent de tout leur poids, et ce sont souvent les articulations qui prennent » , indique le moniteur. Murielle, 60 ans, a testé. En pleine ligne droite, elle a basculé. Son genou est égratigné. « J’ai fait du vélo plus jeune, et il y a quelques chutes qui m’ont traumatisée. Mais maintenant je suis parée, et puis c’est comme ça qu’on apprend ! » , dit-elle. Au bout des deux heures de cours – « c’est long d’ailleurs », remarque une apprentie cycliste – le groupe est ravi. Les progrès sont flagrants, et personne ne repart désespéré. Au pire, un peu fatigué.
Roulettes
Selon Joël Sick, une dizaine de séances suffisent pour un non-sportif, (contre cinq pour un adepte du sport) à acquérir les fondements du vélo. Des bases qui ne se résument pas au pédalage. « C’est aussi maîtriser le freinage et la trajectoire » , précise Joël. Les leçons de l’AICV ont la cote, même si l’apprentissage familial reste de mise.
À l’image de cet enfant, sur son vélo à roulettes, dans les allées du parc de la Villette. Accompagné de son père, professeur d’un jour. Une scène qui n’a pas manqué de susciter des sourires sur les visages. Mesdames ne sont peut-être plus toutes jeunes, mais fières d’apprendre sans roulettes.
27 octobre 2007
Après un décès à Paris, des mesures sont envisagées.
Avec 181 cyclistes décédés en 2006 en France (pour 4 709 tués en tout sur les routes), autant admettre qu’on meurt peu à vélo. Mais, le service de vélos en libre service Vélib’ayant connu son premier décès la semaine dernière à Paris, le débat sur la sécurité est relancé.
Le maire de Paris annonce une nouvelle campagne via les panneaux d’affichage de la ville, soit une série de conseils qui figurent déjà sur un dépliant offert aux usagers depuis le lancement des Vélib’ dans la capitale. Depuis vendredi, un second dépliant est distribué aux chauffeurs de poids lourds, les alertant sur le danger des «angles morts» : un vrai risque, à l’origine du premier accident mortel à Vélib’.
Côté cyclistes, outre la question des carrefours dangereux, des feux et des trottoirs à respecter, celle du port du casque reste entière. Pour l’instant, se protéger la tête est fortement «recommandé», mais la possibilité de rendre le port du casque obligatoire pourrait bien revenir dans le débat. Ce qui n’emballe pas les cyclistes, vu sa rareté en ville. Les réserves sont avant tout esthétiques, mais pas seulement.
Le casque protège à l’évidence des contusions, traumatismes et fractures du crâne. Mais, selon l’étude de Ian Walker, un chercheur de l’université de Bath (Grande-Bretagne) publiée l’an passé, porter un casque modifierait le comportement des automobilistes, les incitant à prendre moins de précautions. Selon cette étude, le cycliste casqué serait perçu comme «sérieux, expérimenté et prévisible» , et se verrait donc plus souvent frôlé par les voitures… Difficile d’y voir clair. De son côté, la sécurité routière envisage sérieusement de rendre le port du casque obligatoire pour les enfants.
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