19 octobre 2007

Une étude explore l'usage du vélo la nuit

Une psychosociologue présente ce vendredi matin à Lyon une enquête réalisée sur la pratique nocturne du vélo en ville. Catherine Espinasse a travaillé sur Paris, Lyon et Poitiers, pour le compte du club des villes cyclables, qui tient congrès jusqu’à ce soir à Lyon. Le sujet n’avait pas encore été traité, et comme le dit finement la sociologue, il était temps d’apporter un éclairage sur la pratique nocturne...

Ressenti et imaginaire
Catherine Espinasse travaille depuis longtemps sur les notions de mobilité et de temporalité, et plus précisément sur la nuit depuis dix ans (1). Pour cette étude, elle a réalisé une soixantaine d’entretiens prolongés, dont la moitié à Paris, 20 à Lyon et 10 à Poitiers. Pour connaître un peu mieux le ressenti ou l’imaginaire des jeunes gens sur le vélo la nuit, elle a également proposé à des enseignants en français de faire plancher des élèves de seconde de ces trois villes.

Quand le vélo sécurise
Premier constat : le vélo «contribue à sécuriser la ville». Les femmes, notamment, se sentent moins vulnérables qu’à pied. On croise beaucoup de groupes, et le nombre d’usagers aide également à éloigner la peur. Denis Baupin, adjoint Vert chargé de la circulation à paris, et président du club des villes cyclables, partage ce sentiment : « Des cyclistes en nombre dans les rues, dit-il, c’est une présence qui n’est pas isolée dans sa boîte ».

Un outil d'appropriation
Deuxième constat : à la nuit tombée, le vélo devient outil de «réappropriation de la ville». A Paris notamment, il se fait «mode de déplacement touristique» pour les Parisiens (l’enquête a été réalisée avant la mise en place de Velib’) et la psychosociologue a recueilli de nombreux récits nostalgiques de trajets effectués au bout de la nuit ou au petit matin.

Le vélo permet de rouler bourré
A Lyon, les usagers associent beaucoup, semble-t-il, le Vélo’V et les nuits festives. Gilles Vesco, vice-président UDF-MoDem chargé de ce dossier au Grand Lyon confirme. Au départ, la mise en place des vélos en libre-service a «étendu la distance spatio-temporelle de la ville». 20% du trafic Vélo’V s’écoule entre 21h et 6h du matin et certains Lyonnais ont découvert qu’il y avait une vie après les transports en commun. Les commerçants travaillant de nuit se frottent les mains. Ils ralaient pourtant à la contruction des pistes cyclables, qui réduisent les places de stationnement. « Mais l'un d'eux m’a confié l’autre jour qu'ils étaient ravis car les automobilistes deviennent de très mauvais consommateurs avec les contrôles qui se multiplient », raconte Gilles Vesco. Avec Vélo’V, on peut rentrer deux fois plus tard, et deux fois plus chargé.

Peur et sensualité
Vélo’V et Velib’ révolutionnent surtout la vie nocturne des «primo sortants», selon l’expression de Catherine Espinasse. Ceux qui n’ont pas les moyens de se payer le taxi. « L’usage est beaucoup moins intergénérationnel que de jour, confirme Denis Baupin. Le phénomène est tellement massif qu’il pourrait remettre en cause les initiatives du type covoiturage. »

Dans les 300 rédactions réalisées par des lycéens pour l’enquête, la psychosociologue relève une grande homogénéité entre les trois villes. Les thèmes dominants : la diabolisation de la nuit, avec des récits souvent inspirés du roman noir, évoquant la peur ; la féerie de la ville illuminée, et le sentiment de liberté. « On est même souvent dans le registre de la sensualité qui accompagne la traversée nocturne, précise Catherine Espinasse. De nombreux textes évoquent l’air frais dans les cheveux, la caresse du vent sur la peau. Le rapport au corps est important dans ces histoires de mobilité même si les promoteurs des modes doux ne le mettent jamais en avant. »

Un va-et-vient plus urbain
Enfin, la psychosociologue souligne dans son enquête la convivialité souvent évoquée par les usagers interviewés. «Dans les stations notamment, le fait d’être dans un va-et-vient permet une plus grande urbanité. Les contacts se font plus facilement que dans un arrêt de bus où les usagers sont passifs. Il y a une moindre scansion du temps, moins de stress.» A Paris comme à Lyon, prendre un vélo devient pour certain une activité en soi. « Cela existait peut-être et nous ne le voyions pas, glisse Denis Baupin. Velib’, comme Vélo’V, est un révélateur de l’usage du vélo la nuit. » Dans des lycées plutôt élitistes d’ailleurs. Cela donne plus de 300 rédactions. « J’avais été frappée, dit-elle, par le nombre de promeneurs à vélo lors des Nuits blanches à Paris. J’ai réalisé que les mobilités douces jouaient un rôle important dans la mise en scène de la ville. »


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Guy Maguire, webmestre, info@veloptimum.net
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