24 octobre 2007
Pour sauver le cyclisme professionnel, son instance dirigeante exhume un vieux projet : la mise en place à titre expérimental d’un suivi biologique des cyclistes.
Prouver le rebond
En accélérant la mise en place - à titre expérimental encore - d’un suivi biologique des coureurs cyclistes propre à déceler les anomalies sanguines synonymes de dopage, l’Union cycliste internationale (UCI) a tenté de prouver sa volonté d’éradiquer le dopage, au cours du sommet qui s’est tenu lundi et mardi à Paris, sous les auspices du ministère de la Santé et des Sports.
Après l’été cycliste calamiteux, l’UCI a donc annoncé ce suivi biologique à partir du début de 2008, sanguin d’abord, stéroïdien ensuite. Bon, d’accord, l’idée d’un passeport n’est pas neuve - « on milite pour depuis 1999 », a même rappelé Jean Pitallier, président de la Fédération française cycliste - mais c’est tout ce qu’a trouvé la Fédération internationale pour endiguer le recours au dopage.
Code mondial mais pas avant 2009
Les résultats des six analyses successives nécessaires pour établir un profil sanguin, le fameux « passeport », offriront aux médecins une valeur moyenne propre à chaque coureur, et non plus une norme commune.
On pourra, a expliqué l’hématologue et professeur de pharmacie à Montpellier Michel Audran, affiner la plage normale de variation d’un coureur. « Si l’hématocrite est fixé pour Untel entre 43 % et 47 %, on pourra considérer toute valeur supérieure à 47 comme suspecte… » En cas de dépassement de sa valeur individuelle, un coureur se verra interdit de départ, voire convaincu de dopage, peut-être, lorsque le nouveau Code mondial sera entré en vigueur. Mais pas avant le 1er janvier 2009.
La méthode est censée pouvoir dépister les transfusions autologues (avec son propre sang), pour l’instant indétectables. « Lors d’une transfusion autologue, on a plus d’hémoglobine et moins de réticulocytes (jeunes globules rouges) puisque le corps à qui on en injecte arrête soudain de fabriquer des globules rouges. C’est donc décelable, mais ce n’est pas la panacée… »
« Par comparaison avec le contrôle de vitesse sur la route, il s’agit de passer du contrôle radar fixe à un enregistreur embarqué mesurant la vitesse en permanence », argumente Alain Garnier, directeur médical de l’Agence mondiale antidopage.
Apparaissent pourtant des limites. Cédric Vasseur, jeune retraité du vélo devenu président des Cyclistes professionnels associés (CPA), reste dubitatif : « Si cela doit garantir l’authenticité des exploits des coureurs, pourquoi pas ? », tout en notant que « trop de contrôles s’apparenteraient à du "harcèlement" » : « Comme les responsables d’équipe, les coureurs sont prêts à prouver leur bonne volonté. Il n’y a rien de plus désagréable que de s’entendre traiter de dopé quand on s’entraîne. Mais ce passeport ne doit pas être un outil de médiatisation. Il doit rester l’affaire des médecins. »
15 000 contrôles prévus en 2008
Avec ce passeport, plus d’affaire Rasmussen ni Vinokourov. Sauf si une équipe engage un coureur douteux, en connaissance de cause… On peut aussi multiplier les contrôles - l’UCI a annoncé que ses contrôles passeront de 9 000 en 2007 à 15 000 l’an prochain - sans resserrer les mailles du filet. « Marion Jones en est le parfait exemple, a détaillé David Howman, directeur général de l’Agence mondiale antidopage. Elle a été testée à 160 reprises. Elle n’a jamais été prise la main dans le sac, alors qu’elle a avoué avoir triché pendant sept ans ! »
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