22 septembre 2006

Je l'avoue, je suis une indécrottable urbaine. Je n'ai pas d'auto, je roule à vélo toute l'année et je vis dans le Plateau-Mont-Royal.
Deuxième aveu: je ne connais rien à la banlieue. Je suis une incorrigible ignorante, une vraie 514 qui ne jure que par la ville. Pour moi, les mystères du 450 sont impénétrables. Je ne connais pas les joies de la pelouse à tondre ni celles de la piscine hors terre pendant qu'un steak juteux grille sur le barbecue.
Et ne me parlez pas d'autoroutes en me donnant leurs numéros, vous allez me perdre. La 13, la 15, la 20 ou la 40, c'est du chinois.
Je devrais donc me réjouir de la journée sans voiture, moi, l'acharnée du vélo. Aujourd'hui, un quadrilatère complet sera fermé au centre-ville de Montréal, de 9h30 à 15h30. Remarquez les heures: soigneusement choisies afin de permettre aux automobilistes de stationner tranquillement leur voiture le matin avant que le périmètre ne soit bouclé et de la récupérer le soir, une fois la journée de travail terminée.
Je ne veux pas avoir l'air critiqueuse, mais je trouve l'exercice un peu vain. Cette année, l'Agence métropolitaine de transport (AMT), épaulée par la Ville de Montréal, a poussé le raffinement jusqu'à gazonner une partie de la rue Sainte-Catherine. Avec 17000 pieds carrés de vrai gazon, s'il vous plaît.
Pourquoi? Probablement pour mieux enfoncer le clou au cas où le brave citoyen n'aurait pas compris le message: le sensibiliser à la chose environnementale et lui rappeler que l'auto est une vilaine invention lorsqu'elle se multiplie indûment.
Pendant que la Ville et l'AMT "gossent" leur gazon, les pistes cyclables sont laissées en plan et le prix des billets de métro explose.
Montréal est une ville de vélo. C'est vrai et faux. Le gros du réseau a été construit sous l'ex-maire Jean Drapeau. Jean Doré, Pierre Bourque et Gérald Tremblay n'y ont ajouté que quelques tronçons ici et là. À Montréal, seulement 1,6% des déplacements se font en vélo. C'est peu comparé à Vancouver (11%), Amsterdam (20%) et Copenhague (36%), une ville d'hiver.
Si les élus veulent convaincre les Montréalais de laisser leur auto dans leur garage pour venir travailler en vélo ou en métro, ils doivent agir et cesser de pondre des plans de ci et de ça, avec des phrases longues comme ça.
Pourquoi ne pas rouler en vélo l'hiver ? C'est plus facile qu'il n'y paraît. Il s'agit de bien s'habiller et d'équiper une bonne vieille bécane de pneus à crampons et de feux clignotants.
Vous ne pouvez imaginer le plaisir d'enfourcher son vélo un petit matin d'hiver et de rouler doucement sous un pâle soleil et un ciel turquoise, dans un froid sec où la neige crisse sous les pneus. On est loin du wagon de métro transformé en sauna, de l'autobus surpeuplé où s'engouffrent les courants d'air ou de l'auto coincée dans un bouchon.
Mais il faudrait que la Ville ouvre les pistes cyclables l'hiver pour recruter de nouveaux adeptes. Verrai-je ça de mon vivant ?
Dernier aveu : j'en doute.
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