20 décembre 2006

Le vélo français joue l’accord collectif

Les coureurs pros tricolores se dotent d’un statut social. Un gage contre le dopage, espèrent aussi les dirigeants d’un sport malmené par les affaires.

Frédéric Sugnot

Pendant l’intersaison cycliste, on sort les jambières mais aussi les stylos. Hier à Paris, l’association des groupes cyclistes professionnels (AC 2000) et l’Union nationale des cyclistes professionnels (UNCP) paraphaient leur accord collectif. Onze chapitres et une quarantaine de pages qui donnent un statut social aux coureurs professionnels. Car les forçats de la route décrits au début du siècle dernier par Albert Londres ne sont pas bons qu’à pédaler, ils ont aussi des droits et des devoirs. Un peu plus d’un an de discussion a précédé la signature finale avec quelques casse-tête juridiques à la clé et divers aménagements du droit du travail. À la tête de la commission paritaire qui a participé à la rédaction de l’accord, Jean-Claude Cucherat s’est parfois arraché les cheveux : « Comment faire respecter les dispositions d’un article L-220-2 du Code du travail, prévoyant une pause, payée, de vingt minutes au bout de six heures de travail continu, quand des coureurs sont en train de gravir les pentes du Tourmalet ? »

Un document qui a le mérite d’exister
Bref, rien n’est parfait mais dorénavant tout est gravé dans le marbre. Exemple : les congés payés des coureurs se comptent au nombre de trois jours ouvrables par mois pour un total de six semaines dans l’année. Protection sociale, formation professionnelle, reconversion, durée du travail, hygiène et sécurité, prévention et lutte contre le dopage sont également formalisées.

En soi, le document n’a rien de révolutionnaire, mais a le mérite d’exister pour Carlos Da Cruz, le capitaine de route de la Française des Jeux : « Personnellement, j’ai toujours évolué dans des groupes sportifs qui appliquaient les règles. Mais le vélo a connu quelques équipes dans les années quatre-vingt-dix, le Groupement ou Force Sud, qui n’étaient pas très à cheval sur la législation sociale. Et puis, pour les anciens comme moi, il sera plus facile de s’attaquer à la reconversion avec des interlocuteurs bien désignés. Avant, c’était plutôt le flou. »

Avant, c’est une époque que les moins de vingt ans n’ont pas connu où les coureurs étaient payés « à la musette », selon l’expression du peloton. Bref, à la poignée de main et sans contrat. Jean Pitallier, président de la Fédération française de cyclisme, s’en souvient encore : « Combien de fois ai-je signé des attestations à des coureurs pour témoigner qu’ils avaient bien couru telle course sous tel maillot... Il n’était pas question de fiche de paie. »

Des droits aux petits et aux grands
Mais, encore une fois, foin de révolution, tout cela date des années cinquante. Marc Madiot, le manager de la Française des Jeux et membre dirigeant de l’AC 2000, en convient bien et situe l’enjeu ailleurs : « Tout ce qui peut permettre de redonner crédit et respect au cyclisme est aujourd’hui le bienvenu. En donnant des droits aux petits comme aux grands coureurs, en fixant des garanties de prévoyance, en établissant des formations de reconversion, on donne l’exemple au moment où on est le plus ballotté par les affaires de dopage. »

Et Madiot de conclure presque optimiste : « Je ne veux plus entendre ce que j’ai trop de fois entendu : "Je suis obligé de me doper pour vivre..." »


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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