6 novembre 2006

Il est humain... ou presque

Armstrong : « Je n'ai jamais rien fait d'aussi dur »

À Brooklyn, il jasait, faisait des tatas à la caméra et saluait les spectateurs. Passé la mi-course, à Manhattan, il suçait les gels énergétiques et enfilait les verres d'eau tendus par les copains comme si sa vie en dépendait. À Harlem, ses mollets ont commencé à figer. Dans le dernier droit, le long de Central Park, sa mâchoire s'est crispée et son regard d'aigle s'est un peu déréglé.

À son premier marathon à vie, Lance Armstrong, vainqueur du cancer et de sept Tours de France, est redescendu au niveau du simple mortel, hier, à New York. Enfin presque. Soutenant n'avoir jamais traversé une épreuve sportive aussi rude, l'Américain de 35 ans a néanmoins atteint son objectif, soit briser la barrière des trois heures.

Son chrono : 2h59:36. Son rang : 869e... sur 38 368 partants, un record dans la Grosse Pomme. À titre comparatif, le gagnant chez les hommes, le Brésilien Marilson Gomes dos Santos, a franchi les 42,195 kilomètres en 2h09:58.

« Considérant ma condition physique actuelle, ce fut, sans l'ombre d'un doute, la plus grande épreuve physique que j'ai dû affronter », a affirmé Armstrong, une demi-heure après sa course, devant 150 journalistes réunis au chic New York Athletic Club.

« En 20 ans de sport d'endurance, du triathlon au cyclisme, les Tours de France, même dans les pires journées, je n'ai jamais ressenti une telle fatigue pure et une telle douleur. »

Les premières images retransmises par NBC ne pouvaient être plus explicites. D'un côté de l'écran, il y avait lés cracks de la discipline, la plupart africains, dont le ressort dans la foulée ne souffrirait pas trop la comparaison avec les kangourous. De l'autre, Armstrong, un type d'environ 170 livres, qui martelait le bitume, le haut du corps un peu crispé.

« C'est amusant parce que je me suis avancé vers la ligne de départ en même temps que les coureurs d'élite, et leurs jambes sont à peu près de la grosseur des crayons posés devant vous. Mon corps ne ressemblera jamais à ça. Je ne suis donc pas fait pour être un coureur », a noté le Texan, plutôt impressionné.

Armstrong a néanmoins démarré sur les chapeaux de roue, maintenant une cadence d'environ 4m11 au kilomètre.

« Ce fut très difficile de le retenir », a relaté Alberto Salazar, ancien gagnant à New York, qui a servi de lièvre à Armstrong durant le premier tiers de la course. « Sur le plan cardiovasculaire, c'était très facile pour lui. Il pouvait parler beaucoup mieux que moi durant la course. »

En passant le relais à Joan Benoit-Samuelson, deuxième lièvre, Salazar lui a crié de ralentir le rythme un peu. Mais la gagnante du marathon des Jeux olympiques de Los Angeles a elle aussi peiné à « maintenir les rênes » sur Armstrong.

« Je me sens bien, je me sens bien, qu'il me disait. Je lui ai répondu : well, tu n'as pas encore franchi le 17e mille... », a raconté Benoit-Samuelson, amusée.

La présence dans un proche rayon de nombreux coureurs - dont le Mexicain German Silva, titré à New York en 1994 et 1995 - et de plusieurs curieux, ainsi que d'une voiture de presse et d'une moto-caméra, a forcé Benoit-Samuelson à jouer du coude à quelques reprises.

Malgré tout, aucun incident fâcheux n'est survenu. « Je peux comprendre un tel support pour les meilleurs athlètes au monde, mais j'étais environ 800e, a souligné Armstrong. Et la foule n'encourageait pas que moi, elle encourageait tout le monde. C'est plutôt rare. »

Hicham el-Guerrouj, champion olympique sur 1500 et 5000 mètres, s'est joint au petit groupe vers le 32e kilomètre. Parti un peu rapidement, le Marocain s'est ensuite appliqué à materner Armstrong, l'approvisionnant en eau et en gels et l'incitant à secouer les bras et à détendre le haut de son corps.

Les minutes continuaient à s'égrener et l'objectif des trois heures semblait sur le point de s'évaporer. Avec trois milles à faire, si vous m'aviez dit que je ferais 3h05, honnêtement, je m'en serais foutu ! a affirmé Armstrong, déchaînant l'hilarité générale. J'étais tellement fatigué. »

Puisant dans ses dernières réserves - ce n'est pas comme s'il n'en avait pas l'habitude - l'ancien champion cycliste a quand même accéléré le pas en entrant dans Central Park, tout juste assez pour voir apparaître un beau 2h59 au chronomètre officiel.

« C'est une épreuve très dure. Je ne sais pas comment font ces gars-là. C'est une discipline spéciale », a conclu Armstrong avant de se lever de son siège... en gémissant bruyamment.

Reprise l'an prochain? « En ce moment, la réponse est non, je ne reviendrai jamais ! Mais je me réserve le droit de changer d'idée dans un mois... »

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Note du webmestre :
Dans sa chronique de samedi dernier, Pierre Foglia avait prédit 2h54, ajoutant...

« Armstrong pourrait-il dépasser les trois heures ? C'est fort possible. Et cela resterait une performance respectable. (...) Pourquoi j'avance 2 h 54 ? Parce que c'est un peu moins que 2 h 55. L'an dernier, un autre glorieux retraité du peloton du Tour de France, le Français Laurent Jalabert, a couru ce même marathon de New York en 2 h 55 min 39 s. Et je suis presque sûr que c'est le chrono que Armstrong aura en tête au départ dimanche matin. Il déteste Jalabert et je connais assez le moineau pour savoir que planter Jalabert une fois de plus, lui ferait un beau dimanche.»


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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