
Linköping, ville rêvée pour le vélo
À Montréal, la plupart des cyclistes rangent leur monture dès que le mercure descend. En Suède, en revanche, de plus en plus de citoyens acceptent de faire le tour complet du calendrier sur deux roues...

LINKÖPING, Suède - Quiconque se rend à la gare de Linkdping en voiture ne peut rester indifférent à la vue qui s'offre à lui. À perte de vue, des milliers et des milliers de vélos attendent sagement leur propriétaire.
Les automobilistes doivent même ressentir une certaine culpabilité lorsqu'ils apprennent que plus de 30% de tous les déplacements se font en vélo dans cette petite ville de 140 000 âmes. A Montréal, le taux ne dépasse pas... 1,3%.
Au cours des dernières années, on a mis le paquet pour que les gens délaissent leur voiture, explique Gösta Gustavsson, vice-maire de la municipalité. On a ainsi réussi à faire passer en quelques années le taux de déplacement de 20 % à 33 %. Même en hiver, le vélo est populaire avec un taux de déplacement de plus de 16%. »
En d'autres termes, à Linkôping, sur une base annuelle, un déplacement sur trois se fait en vélo, et un sur six en hiver. Il n'existe pas de statistiques hivernales à Montréal mais, pour saisir l'ampleur de l'écart, précisons seulement que la moyenne annuelle à Montréal est d'un déplacement sur 77...
La rigueur de la saison froide au Québec explique en partie l'écart, mais pas complètement. Proportionnellement à la population, il y a en effet plus de cyclistes à Linköping en hiver qu'il n'y en a l'été à Montréal.
Le secret de Linköping ? Aucun, sinon une ardeur et une volonté politique hors du commun. C'est ainsi que, en 1998, la municipalité s'était fixé l'objectif d'être reconnue dès 2005 comme l'une des meilleures villes d'Europe pour le vélo.
Et elle y est arrivée grâce à des actions aussi simples que concrètes : de nouvelles pistes cyclables pour quadriller l'ensemble de la ville, beaucoup de sensibilisation, de l'information sous forme de cartes du réseau, des campagnes d'éducation dans les écoles. Même les membres de l'équipe de hockey et ceux de l'orchestre symphonique ont accepté de se faire photographier avec des casques de vélo pour une campagne de pub.
Hiver comme été, les cyclistes demeurent ainsi nombreux à Linköping. Et cela est encore plus vrai depuis que la Ville a modifié une camionnette-balai afin qu'elle enlève la neige... au moment même où elle tombe sur les pistes cyclables. Tout en incitant les citoyens à pédaler, la municipalité diminue les problèmes de congestion qui suivent systématiquement les bordées de neige.
« Notre camionnette-balai est unique au monde, se réjouit M. Nilsson. Quand on a moins de 5 cm de neige, les cyclistes ne s'en rendent même pas compte, car la camionnette rend l'asphalte aussi sec qu'en été. »
Peu importe la saison, la plupart des grandes entreprises de la région offrent également à leurs employés un parc de vélos afin qu'ils puissent se déplacer d'une réunion à l'autre. Bref, tout le monde est dans le coup !
« On a même mis sur pied une compétition entre les entreprises : celle qui est la plus cyclophile gagne chaque mois des prix et voit son nom dans le journal, précise Christer Nilsson, planificateur urbain à la Ville de Linköping. Résultat : 25% des gens ont diminué leur déplacements en auto, 30% ont augmenté leur déplacements en vélo et 80% de la population utilise son vélo au moins à l'occasion. »
Il existe aussi une grande journée de troc où les gens sont invités à échanger leur vélo contre un plus grand, un plus beau. Chaque année, de 200 à 300 vélos changent de main, en partie grâce aux parents qui veulent offrir à leurs enfants un vélo mieux ajusté à leur taille.
Les enfants, d'ailleurs, sont sensibilisés dès leur plus jeune âge à l'importance de la bicyclette. Dans les écoles, un programme aussi original que populaire s'adresse aux 9 à 12 ans : les élèves calculent quotidiennement le kilométrage qu'ils parcourent en vélo et le notent dans un grand cahier. Le professeur additionne chaque semaine la distance parcourue par l'ensemble de la classe. Le résultat est ensuite transposé sur une immense carte du monde. Chaque vendredi, le cours porte sur la destination ainsi atteinte.
Pour nous, le vélo est réellement salutaire, estime le vice-maire. C'est un moyen de déplacement abordable, dont les infrastructures sont peu chères et qui est bon pour la santé de la population. En plus, c'est bon pour l'environnement. Pourquoi donc ne pas agir en sa faveur ? »
| À Laval et Longueuil |
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