
Le plaisir de rouler l'hiver

Oubliez le métro avec ses wagons transformés en bain sauna, l'autobus bondé et l'attente frustrante au coin de la rue, les deux pieds dans la sloche, les autos, les embouteillages et la rage au volant. Cet hiver, sortez votre vélo et osez vous aventurer dans les rues de la ville.
Je dis bien osez, car ce n'est pas évident de rouler l'hiver à Montréal. L'année dernière, j'ai pesté contre les automobilistes qui me frôlaient et j'ai voué la Ville aux gémonies parce que les pistes cyclables étaient enneigées et glacées.
J'ai tout de même aimé l'expérience, une première. En fait, j'ai adooooré. Et je ne me suis pas ennuyée des transports en commun. Lire le journal dans le métro, à deux pouces de mon nez, dégoulinante de sueur dans un manteau trop chaud, l'haleine fétide du voisin sur mon visage, non merci ! La vie de sardine, matin et soir, très peu pour moi.
J'ai fait quelques erreurs de débutante. La première fois que mon cadenas a gelé, j'ai versé de l'eau bouillante dans la serrure. Un peu radical comme méthode, mais je ne voulais pas abandonner mon vélo sur l'avenue du Mont-Royal.
Mon cadenas a de nouveau fonctionné, mais il a développé une allergie au froid. Dès que le thermomètre chutait sous la barre du zéro, il figeait. J'ai appris ma première leçon de cycliste hivernale : acheter un cadenas de qualité et le lubrifier le plus souvent possible. Me procurer aussi un dégivreur de serrure.
I1 faut s'équiper pour rouler l'hiver. Ça prend un vieux vélo, le genre bécane qui a vu neiger, des pneus avec des crampons, des feux clignotants et une sacoche imperméable.
Petit conseil : essayez vos freins avant d'enfourcher votre vélo les jours de grand froid, car il est risqué de dévaler la côte Sherbrooke avec des freins capricieux. Ou n'importe quelle côte au Québec. Laval, Gatineau, Longueuil, Trois-Rivières, peu importe l'endroit, n'importe quel cycliste peut casser la glace et tenter l'expérience du vélo sous la neige. Pourquoi pas ?
Certains croient qu'il est préférable de laisser son vélo à l'extérieur afin d'éviter qu'il passe du chaud au froid, ce qui active la rouille. D'autres pensent qu'il faut plutôt le rentrer tous les soirs pour éviter que le froid ne fige les freins et l'engrenage de la roue arrière.
J'ai opté pour la première solution, par paresse. Je vis dans un troisième étage. Mon vélo a donc passé l'hiver pendu à une clôture. Avec les inconvénients : serrure gelée, roue qui tourne dans le vide parce que le mécanisme arrière ne répond plus, vélo verglacé.
Il faut aussi s'équiper de feux clignotants, rouges à l'arrière, blancs à l'avant. Très important. N'ayez pas peur d'avoir l'air d'un arbre de Noël ambulant. Les automobilistes, qui ne sont pas tous des goujats, sont souvent surpris de voir un cycliste surgir dans la nuit. Mieux vaut s'annoncer quelques dizaines de mètres à l'avance en clignotant furieusement.
Les vêtements? Utilisez votre kit de ski alpin : grosses mitaines, pantalons de neige, bottes et manteau chauds, lunettes de ski, tuque et casque. Cagoule à moins 20. Vous n'aurez pas froid. Vous aurez même chaud, trop chaud, après quelques coups de pédale.
Où rouler ? Dans les rues ? Pas évident. Choisissez bien votre trajet et évitez les rues trop achalandées. Empruntez les trottoirs et les ruelles. Vous pouvez toujours vous rabattre sur les pistes peinturées sur l'asphalte dont la Ville est friande, mais ça ne vaut rien.
Ces simili-pistes procurent un faux sentiment de sécurité et les autobus ne se gênent pas pour vous serrer au coin des rues. Si vous ne me croyez pas, prenez la piste sur Saint-Urbain qui file vers le centre-ville. Bonne chance.
Même s'il y a 50 000 cyclistes l'hiver, la Ville refuse de déblayer les pistes cyclables. Il n'y a pas, non plus, de supports à vélo. Il faut dénicher un poteau ou squatter les arbres assez frêles pour qu'un cadenas en fasse le tour.
Le maire Gérald Tremblay va peut-être finir par comprendre l'importance du vélo, lui qui se pique de diminuer l'emprise de l'auto sur sa ville. Les cyclistes pourraient rouler en toute sécurité, de la mi-novembre au 1er avril, dans des pistes déneigées.
En attendant, essayez les ruelles... quand il n'y a pas trop de neige. Ou prenez les rues d'assaut. En clignotant.
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