14 novembre 2006

Pour beaucoup d'automobilistes, rouler en vélo l'hiver tient du masochisme dans les meilleurs cas, de la tentative de suicide dans les pires. Or, 50 000 Montréalais enfourchent leur bicyclette malgré la neige et la glace, au point où la Ville songe à ouvrir les pistes cyclables à l'année. En Suède, les deux-roues font souvent le tour du calendrier. Pourquoi pas ici ? Encore faut-il être équipé en conséquence...

L'administration Tremblay étudie la possibilité d'ouvrir les pistes cyclables tout l'hiver. Elle envisage même de les compter parmi les voies à déneiger en priorité.

Selon ce qu'a appris La Presse, les fonctionnaires planchent actuellement sur le futur plan de transport de Montréal, lequel aura un volet consacré entièrement à la pratique cycliste.

C'est dans ce contexte qu'est étudiée l'idée d'ouvrir les voies cyclables toute l'année plutôt que seulement six mois, comme c'est le cas actuellement. Cette mesure, comme toutes celles qui seront comprises dans le plan de transport, sera soumise à la consultation publique au printemps prochain.

« Mon ambition est de proposer des changements assez radicaux, a indiqué en entrevue André Lavallée, responsable du transport au comité exécutif. Je souhaite ainsi contribuer à induire des changements d'habitudes chez les Montréalais. »

Un premier pas a été fait en ce sens cette année: les pistes cyclables ont été ouvertes deux semaines plus tôt, soit le ler avril, et seront fermées deux semaine plus tard, soit le 15 novembre dans quelques arrondissements. L'an prochain, ce sera le 15 novembre partout.

Cela répond à une demande répétée des cyclistes, qui comprennent mal que l'on condamne certaines pistes alors qu'aucun flocon ne s'est encore formé. « Entre le 1er novembre et Noël, les pistes sont fermées alors qu'il n'y a pas du tout de neige, se désole Suzanne Lareau, présidente de Vélo Québec. En plus, la période où il y a de la neige est de plus et plus courte. Il faut s'adapter. »

Mais la prolongation de l'ouverture des pistes ne doit être qu'une mesure temporaire, ajoute Mme Lareau. Puisqu'il y a de plus en plus de gens qui osent enfourcher leur bécane pendant la saison froide, le déneigement des pistes l'hiver pourrait assurément inciter d'autres personnes à faire de même.

« Compte tenu du fait que 50 000 personnes font du vélo dans la neige à Montréal, imaginons une augmentation très modeste de 10% la première année. On arrive au chiffre de 5000 personnes qui n'utiliseraient plus leur voiture ou le transport en commun pour se déplacer. C'est un gain intéressant. »

À l'heure actuelle, seulement quelques arrondissements déneigent les pistes cyclables, comme Ville-Marie (centre-ville) et le Plateau-Mont-Royal. Si l'administration Tremblay est sérieuse dans sa volonté de rendre l'ensemble du réseau accessible l'hiver, elle devra convaincre tous les arrondissements d'emboîter le pas. En effet, la gestion des pistes est centralisée, mais non leur entretien.

Pour l'instant, les cyclistes doivent composer avec un réseau hivernal qui ressemble à un casse-tête. I1 n'est pas rare que, d'un arrondissement à l'autre, le cycliste doive quitter la voie cyclable pour emprunter une rue rendue très étroite par les bancs de neige.

Priorité ?
La réflexion qui a cours actuellement est aussi l'occasion pour la Ville de repenser ses vieilles habitudes de déneigement. Depuis longtemps, les rues principales sont privilégiées, puis le réseau secondaire. Viennent enfin les trottoirs.

« Je souhaite intervertir les priorités pour que les trottoirs soient privilégiés, précise M. Lavallée. Peut-on envisager de donner aussi la priorité aux pistes cyclables ? C'est ce que nous regardons. »

Vélo Québec souhaite que la Ville en profite pour étudier la possibilité de laisser les supports à vélo en place l'année durant. « La chenillette a-t-elle vraiment besoin de huit pieds de large quand elle passe sur les trottoirs ? demande la présidente de l'organisme. À l'heure actuelle, on enlève les supports en prévision d'une bordée de neige le 6 novembre... »

Cela dit, tant Mme Lareau que M. Lavallée se félicitent des nouvelles bandes cyclables, ces voies réservées aux vélos délimitées par des lignes peintes sur le sol. On en voit par exemple rue Saint-Urbain. L'avantage, soulignent-ils, c'est qu'elles sont déneigées en même temps que les rues.

Précisons enfin que, dans le cadre de la mise au point du plan vélo, les fonctionnaires travaillent également à l'implantation d'une voie cyclable qui traverserait le centre-ville d'est en ouest. Le boulevard de Maisonneuve est au coeur des discussions.


Beau temps, mauvais temps, certains cyclistes sont toujours au poste.
photo : André Pichette


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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