15 novembre 2006

Attaques informatiques contre le laboratoire antidopage

Stéphane Mandard

Le Laboratoire national de dépistage du dopage (LNDD) de Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), qui a retrouvé cet été de la testostérone dans les urines du vainqueur du Tour de France, Floyd Landis, et avait découvert de l'érythropoïétine (EPO) dans celles de Lance Armstrong en 1999, est-il l'objet de manœuvres visant à le discréditer ?

Le président de l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), Pierre Bordry, a déposé plainte, mardi 7 novembre, auprès de l'Office centrale de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC) pour intrusion dans les systèmes informatiques du laboratoire. "Des attaques ont été menées contre les systèmes d'informatique du laboratoire dans le but de récupérer des documents internes, de les falsifier et de les diffuser, a déclaré au Monde Pierre Bordry. Le LNDD est victime d'une campagne de dénigrement."

Depuis fin octobre, des courriers et des courriels censés émaner du LNDD et pointant des erreurs d'analyse du laboratoire ont été envoyés de façon anonyme à l'Agence mondiale antidopage (AMA), au Comité international olympique (CIO) et à certains laboratoires accrédités par l'AMA. C'est l'un d'eux qui a averti l'AFLD.

Au total, cinq fac-similés de documents du LNDD ont été envoyés. Deux courriers datés du 13 septembre adressés aux présidents de la Fédération française et internationale de natation expliquent que l'échantillon 338 439 a été confondu avec le 338 349. Un troisième courrier daté du 6 juillet et adressé au président de la Fédération internationale de basket-ball précise qu'"une réanalyse de l'échantillon no336 186 a infirmé la présence d'un des métabolites de la mestérolone (due à une contamination des blancs urinaires)". Un quatrième courrier daté du 17 novembre 2005 et adressé au président de la Fédération internationale des associations d'athlétisme indique "la date du prélèvement a été notée le 29/11/2005 au lieu du 29/10/2005" et demande de "détruire le rapport d'analyse erroné".

Une cinquième lettre datée du 10 mai 2005 et adressée cette fois au président de la Fédération internationale de squash précise que de "la terbutaline a été attribuée au mauvais échantillon" et requiert également de "détruire les rapports d'analyse erronés". Dans chaque courrier, le LNDD demande de "bien vouloir [l']excuser pour cette erreur".

Ces pièces, souligne Pierre Bordry, ont été volontairement "sorties de leur contexte" ou "falsifiées". L'en-tête du LNDD est une reproduction grossière. Les lettres utilisent un français approximatif. Ainsi du petit texte introductif : "Veuillez trouver ci-joint l'information très intéressante."

Les documents ont aussi été envoyés à plusieurs journalistes français et étrangers ayant couvert l'édition 2006 de la Grande Boucle, ainsi qu'à l'Union cycliste internationale (UCI), à Amaury sport organisation (ASO) – le propriétaire du Tour. La liste des destinataires inclut également l'avocat de Floyd Landis, Howard Jacobs.

Dans un entretien diffusé dimanche 12 novembre, dans l'émission "Stade 2", sur France 2, Floyd Landis a affirmé qu'il avait "couru le Tour de manière propre" et a accusé le LNDD d'avoir fauté. "Même les meilleurs font des erreurs, a déclaré le coureur américain. Je peux dire que dans cette affaire, ils en ont commis."

"Il est clair que c'est le labo la source du problème", avait déjà accusé l'ancien leader de l'équipe Phonak, le 11 septembre. L'avocat du coureur avait évoqué des "erreurs grossières" de procédure et avait notamment affirmé que l'échantillon B – qui a confirmé le contrôle positif à la testostérone du 20 juillet – ne correspondait pas aux urines de son client.

Howard Jacobs est également le conseil de la sprinteuse américaine Marion Jones. Contrôlée positive à l'EPO le 23 juin, elle a finalement été blanchie par la contre-expertise (Le Monde du 8 septembre). L'AMA a ouvert une enquête pour faire la lumière sur cette autre affaire.

L'entourage de Floyd Landis serait impliqué
Selon le quotidien L'Equipe, l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC) aurait d'ores et déjà identifié l'un des complices de ces falsifications comme étant un proche du coureur cycliste américain Floyd Landis, vainqueur du dernier Tour de France, et convaincu de dopage à la testostérone par une analyse effectuée au laboratoire de Châtenay-Malabry, un résultat qu'il a toujours contesté. — (Avec AFP.)


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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